FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

TEEGER59 a écrit : 20 avr. 2022, 21:12 C'est génial!
Dis, j'ai envie d'encastrer Hava contre un mur, c'est normal?
Merci! Oui, c'est normal! :x-):
J'écris encore le chapitre 23, sois patiente, comme d'habitude il y a des développements inattendus qui surgissent mais je suis enfin arrivée au moment où Mendoza va avoir des nouvelles de sa femme, je suis sûre que tu voudrais en avoir aussi. En attendant, fais fonctionner ton imagination, c'est bon pour le moral. ;)
Et la partie 8 arrive incessamment sous peu...
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Le chapitre 22 se termine donc enfin, merci de votre patience et bonne lecture.

Partie 8.

L’enfant se tient droit, comme on le lui a demandé, malgré la main qui pèse sur son épaule et le maintient à bonne distance du lit où git son père, celui qu’il a toujours pensé être son père. L’homme a pourtant dit qu’il ne l’était pas. Cet homme, il a envie de le croire, surtout quand il prétend être son vrai père. Il est venu le chercher, il va l’emmener loin d’ici, loin de ce père trop âgé, méchant et colérique, ce père qui les regarde d’un air menaçant, qui croit les impressionner. L’enfant sait qu’il est capable de bondir soudain, dans un accès de rage, et même si la boisson le fait tituber, il frappe toujours aussi fort. L’enfant a peur mais il sent que cette fois, quelqu’un le protège. La voix redoutée gronde, il sursaute. La pression sur son épaule s’accentue.
P : Tu reviens quand tu sais que je ne peux pas me défendre…toujours aussi lâche, à agir dans mon dos…tu veux le bâtard ? La dernière fois, tu l’as pourtant abandonné !
G : Ce n’est pas un bâtard, c’est mon fils ! Et vous savez très bien que je ne l’ai pas abandonné, vous l’avez pris en espérant encore que c’était le vôtre…jusqu’à ce que la couleur définitive de ses yeux se fixe, je suppose…Mais cela ne m’étonne pas que vous l’insultiez ainsi, vous n’avez jamais eu l’intention de l’élever comme votre fils.
P : C’est ce que tu crois…pour lui, je suis son père, hein, Horatio ?
L’enfant ne répond pas. Il ne sait pas ce qu’est un bâtard, mais il a compris que son père le rejetait, violemment, au ton qu’il a employé pour prononcer ce mot. Il n’est pas surpris. Au fond de lui, il a toujours su que cet homme ne l’aimait pas, même s’il voulait croire que la façon dont il le traitait était celle dont tous les pères traitaient leurs enfants.
P : Horatio ! Réponds !
G : Il ne s’appelle pas Horatio. Ce n’est pas le nom que sa mère et moi avions choisi.
P : Sa mère ! Cette trainée, cette catin !
G : Décidément, vous n’êtes capable de vous exprimer que par insultes.
P : Et toi, tu n’es capable que d’insulter ton père par tes actes, tu es comme ta mère, vous n’êtes que des fourbes, des hypocrites..
G : Mère ne vous a jamais manqué de respect, elle n’a jamais rien fait de mal, c’est vous qui l’avez trahie !
P : Jamais rien fait de mal ?! Elle aurait pu nous faire tous condamner ! En la répudiant, je t’ai sauvé, j’ai prouvé ma loyauté envers la couronne !
G : Comme si pratiquer les rites hérités de ses ancêtres était un crime…
P : C’est ainsi ! Tu sais très bien tout ce que j’ai enduré, tout ce à quoi j’ai renoncé pour me faire une place ici ! Elle allait tout ruiner !
G : Bien sûr….Vous l’avez chassée, vous l’avez maudite, comme vous nous avez maudits, Anahi et moi. Je suis heureux toutefois qu’elle soit morte avant d’endurer plus de votre part. Elle n’aurait pas eu la force de se remettre aussi facilement que moi de ses blessures physiques et morales.
P : J’aurais mieux fait de te tuer ! La correction que je t’ai infligée ne t’a pas suffi, mais cela ne m’étonne pas, je pensais bien que tu reviendrais…Prends-le, prends-le, c’est un incapable, une chiffe molle, je n’ai rien pu en faire ! Il paraît que te voilà capitaine, alors fais-lui briquer le pont, fais-en un homme si tu peux ! J’ai jeté l’argent par les fenêtres à essayer de l’élever !
G : Vous disiez cela de moi déjà…
P : Eh ! Reconnais que mon éducation a du bon ! Te voilà en train de tenir tête à ton père !
G : C’est donc cela qui fait la valeur d’un homme ? Je veux que mon fils m’admire, comme je veux être fier de lui.
P : Foutaises sentimentales ! On croirait entendre ta mère…
G : Je sais que vous ne pouvez pas comprendre…encore moins dans votre état. Vos facultés diminuent de jour en jour.
P : Puisque tu es aussi médecin, qu’attends-tu pour soigner ton pauvre père ?
G : J’ai peur de ne pas être assez compétent. Votre maladie ne semble pas commune…
P : Tu parles comme les autres, mais qu’en sais-tu ? Tu ne m’as même pas examiné !
G : Je vois d’ici les rougeurs dans le blanc de votre œil, les taches laissées par les humeurs que vous avez expectorées, celles qui maculent aussi votre peau, le tremblement qui vous agite, les spasmes de vos paupières…mais il est vrai que pour le reste, je me suis contenté d’interroger les médecins qui sont venus ici. Par simple curiosité.
P : Tu veux savoir si je vais crever bientôt, hein ? que t’ont-ils dit, eux ? Ils ne veulent rien me dire, à moi, mais je sens que je vais déjà mieux, je ne suis pas comme ces loques d’Espagnols, je suis Africain, et rien ne peut m’abattre ! tu te souviens, dans le Nouveau Monde ? Jamais malade, ni moi, ni toi !
G : Vous n’avez donc pas besoin de mes soins. Je vous souhaite un prompt rétablissement. Yuma, nous partons. C’est la dernière fois que tu vois ton grand-père. N’oublie jamais qu’il a maudit ta grand-mère, ton père et ta mère, mais pardonne-lui.
P : Yuma ?!
G : Cela signifie fils de chef. Un chef sait pardonner. Il déteste l’hypocrisie. Anahi et moi nous vous avions ouvert notre cœur, nous ne voulions pas vous cacher notre amour. Vous n’avez pas pardonné.
P : Tu parles comme un faible ! Et tu restes un hypocrite ! N’essaie pas de déguiser la vérité !
G : Adieu, père.
P : Va au diable, toi et ton bâtard !
G : J’oubliais : c’est ma mère qui vous a infligé la blessure qui a provoqué votre mal.
P : Ta mère ? C’est ridicule ! comment cette femme…
G : Une femme peut manier les armes et se battre aussi bien qu’un homme, si on lui apprend. Voyez père, vous n’avez pas détruit votre femme, vous lui avez offert la liberté, et bien plus encore. Que cela soit votre consolation, en faisant le mal, vous avez donné une nouvelle vie à quelqu’un qui ne vivait que dans votre ombre, qui se dévouait à vous, qui ne le méritiez pas.
P : Ce n’était pas une femme, ce n’était pas Hava !
G : Comme vous me l’avez répété cent fois, les épreuves forgent un homme…ou une femme. Adieu.
Yuma sent une pression sur son épaule, qui l’invite à se retourner. Alors c’est bien vrai, il part, il ne reverra jamais cet homme, son grand-père. Il le regarde le plus longtemps possible avant d’être poussé vers la porte. Quand il l’a franchie, la main quitte son épaule et cherche la main du petit garçon. Ce contact inédit lui parait étrange. C’est la première fois qu’il sent la chaleur d’une peau contre la sienne, sans que cela soit pour lui infliger une correction. Il lève la tête. Son père le regarde, de ses yeux jaunes qui lui ont paru d’abord si effrayants, mais qui lui paraissent maintenant magnifiques. Lui aussi, il a des yeux à l’éclat singulier, mais son grand-père disait toujours que c’étaient des yeux maudits, quand il était en colère, il le forçait à baisser la tête. Son père lui sourit, d’un sourire sincère qu’il n’a jamais vu sur les lèvres de son grand-père. Il lui rend son sourire sans hésiter.
G : Tu ressembles tant à ta mère…
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Message par TEEGER59 »

Le petit carré de choco de 23H50.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Un peu de lecture pour le weekend, le chapitre 23 a été approuvé et validé par mon Lecteur en Chef alias Seb! Chapitre en 6 parties.
La période de rédaction a été un peu compliquée pour moi, d'où le délai entre les deux chapitres...et maintenant je vais m'atteler au 24, délais à rallonge en vue!

Chapitre 23 : Retrouvailles.

Partie 1.

G : Voilà, nous sommes arrivés. Regarde bien cette maison.
Le garçon se mit à scruter la façade avec attention. Il ne fallait pas risquer de déplaire à son père.
G : C’est la maison natale de ta grand-mère. Malheureusement, elle a dû la quitter quand elle était un peu plus âgée que toi, et n’a jamais pu y revenir. Toi, tu pourras peut-être revenir dans la maison que tu viens de quitter, si tu le souhaites, un jour. Tu le souhaites ?
L’enfant secoua la tête avec énergie. Gonzales rit.
G : Bien sûr, quand il ne sera plus là. Il va sûrement te déshériter comme moi, mais tu pourras aisément la racheter, plus tard. Ta grand-mère, elle, n’a jamais pu, même si elle souhaitait plus que tout reprendre possession de la maison de sa famille, de ses ancêtres. Tu comprends, sa famille a été chassée de cette maison. Des inconnus en ont pris possession.
Y : Mais, elle n’a pas pu racheter la maison, parce qu’elle est morte ?
G : Non, tu ne te souviens pas de ce que j’ai dit à ton grand-père ? Ta grand-mère, Hava, est une femme libre à présent.
Y : Alors, elle n’a pas assez d’argent ?
G : Elle en aura assez, elle en aura assez, et le jour viendra, peut-être, où elle pourra revenir ici, si elle le souhaite encore…quand tous ceux qui habitent ici seront morts.
Yuma se demanda pourquoi il fallait attendre qu’ils soient morts, mais n’osa pas le dire. Sa grand-mère était partie de sa maison sans mourir pourtant. Peut-être que les nouveaux propriétaires ne voulaient pas partir ? Mais sa grand-mère ne le voulait pas non plus. Tout cela le dépassait, et il se sentait mal à l’aise. Pourquoi son père lui racontait-il des histoires pareilles ?
G : Allons, en route, n’oublie pas ta mission.
Il l’entraîna à travers les rues de Barcelone, où Yuma ne s’était jamais aventuré auparavant, pas plus qu’il n’avait eu l’occasion d’y suivre celui qu’il croyait être son père, et qui n’était que son grand-père. Tout était nouveau pour lui, et l’agitation de la ville l’effrayait ; il s’efforçait de marcher aussi vite que son père et n’osait regarder autour de lui pour ne pas risquer de heurter quelqu’un par inattention et lâcher la main qui le tenait. Ils s’arrêtèrent soudain au bout d’une rue qui débouchait sur un vaste espace. Au loin, on apercevait une forêt de voiles et des mâts.
G : Regarde, c’est le port ! Tu sais, je suis capitaine.
Y : Oui, tu m’emmènes sur ton bateau ?
G : Non, nous ne partirons pas en bateau d’ici. Mais je t’ai dit que tu avais une mission à accomplir, et c’est le moment. Tu crois que tu vas pouvoir y aller ? Jusqu’à ce bateau ? Seul ?
Il pointait un navire, en face d’eux. Loin. L’agitation régnait, et Yuma ne voyait même pas le pont tant il y avait d’hommes et de marchandises sur le quai. Il hésita, mais il sentit qu’il n’avait pas le droit de décevoir son père. Cela ne faisait qu’un jour qu’il était avec lui, et il lui avait déjà tant donné, il avait déjà fait tant pour lui ! Il l’avait mené dans une maison où on l’avait servi comme un roi, où il avait dormi dans un vrai lit et non pas sur une paillasse, où on lui avait donné de nouveaux vêtements. Alors, s’il avait tant reçu, il était juste qu’il rende service à son tour. Cela avait l’air très important. Il devait être courageux, et ne pas se laisser effrayer par la foule. Il acquiesça.
G : Très bien. Prends ceci.
Il lui tendit un rouleau.
G : C’est une lettre. Tu dois la remettre au capitaine de ce navire. Tu le reconnaitras facilement, il porte une cape bleue. Je le vois d’ici, attends.
Il le souleva et le jucha sur ses épaules. Pour son âge, il était frêle et petit. De ce poste, Yuma voyait effectivement bien mieux.
G : Alors ? Tu le vois aussi ?
Y : Oui !
G : Remets lui la lettre, mais ne t’attarde surtout pas, tu files dès que c’est fait, compris ? Faufile-toi au milieu des marchandises et attends le bon moment, quand il ne sera pas occupé à donner un ordre. Tu cours vers lui, tu cries pour attirer son attention s’il ne t’a pas vu, tu tends la lettre, tu la jettes à ses pieds s’il ne la prend pas, et tu files, tu cours de toutes tes forces.
Y : Comment il s’appelle ?
G : Mendoza.
Yuma répéta le nom dans sa tête. Il n’avait plus peur, il avait hâte d’accomplir sa mission. Ce serait sûrement plus facile que d’échapper à son grand-père, avec cette foule, et les derniers temps il réussissait presque une fois sur deux à courir assez vite pour se cacher et éviter de se faire battre. Le capitaine était peut-être moins vieux que son grand-père, mais il n’avait probablement aucun intérêt à vouloir l’attraper.
Y : Je dois courir vite, c’est comme un jeu ? Il ne veut pas m’attraper comme grand-père ?
G : C’est comme un jeu, oui, ne t’inquiète pas, même s’il t’attrape, il ne te fera aucun mal.
Y : C’est ton ami ? Tu veux lui faire une surprise ?
G : Oui. Je compte sur toi pour que ça soit réussi.
Il le fit redescendre de ses épaules.
G : Tu es prêt ?
Une seconde plus tard, le garçon filait vers la Santa Catalina. Gonzales le suivait attentivement des yeux, le perdant parfois de vue parmi la foule. C’était risqué, mais si Yuma se faisait prendre, il était incapable de retrouver seul la maison où il avait passé sa première journée de liberté, et Mendoza le garderait très probablement avec lui en pensant que son père voudrait le récupérer et qu’il ferait un bel appât, ou un otage. Il serait bien temps de le récupérer, d’une façon ou d’une autre. Gonzales était décidé à mettre en pratique les leçons du Maître, et à jouer avec le destin. La seule chose qui l’ennuyait était le risque que son fils lui en veuille, ou que Mendoza réussisse à le dresser contre son père. De toute façon, le risque était quasiment nul. Son fils réussirait sa mission. Il était à présent au pied du navire.
Y : Senor ? Senor? Mendoza !
En entendant son nom crié par une voix fluette, le marin tourna la tête, surpris. Il vit à deux pas de lui un jeune garçon qui lui tendait quelque chose. Il ne comprit pas de quoi il s’agissait, car son attention fut immédiatement attirée par les yeux de l’enfant. Il remarqua ensuite son teint sombre, ses légères boucles noires qui encadraient son visage fin à l’air franc. Soudain, l’enfant sourit et jeta quelque chose à terre. Mendoza sursauta malgré lui. Le garçon tourna les talons et s’enfuit à toute allure. Mais personne ne le poursuivit. A la fin de sa course, il se jeta dans les bras de son père, qui le reçut en riant.
G : Bravo ! J’étais sûr que tu réussirais ! Je suis fier de toi !
Rien n’aurait pu faire plus plaisir à l’enfant. Il en était certain, désormais : il avait gagné le cœur de son père, et ce dernier ne l’abandonnerait jamais plus.
Mendoza avait rapidement perdu l’enfant de vue, mais il resta de longs instants à regarder dans la direction où il avait disparu, avant de se décider à jeter un œil sur ce qu’il avait jeté à terre et à le ramasser. Il eut la sensation que la lettre lui brûlait les mains ; pourtant, il désirait ardemment découvrir son contenu ; il se retint de l’ouvrir malgré son désir tant il appréhendait ce qu’elle pouvait contenir. Laissant derrière lui l’agitation du débarquement, il regagna à la hâte sa cabine. A l’abri des regards, il put reprendre ses esprits. Il ouvrit la lettre et lut.
Quand vous rendrez visite à votre patron, ce fameux Roberto, ne manquez pas de l’assurer que son état résulte du soin que j’ai pris à me rappeler à son bon souvenir. Je suis certaine qu’il n’a pas abandonné les plaisirs que lui procure le traitement qu’il aime infliger à des malheureuses sans défense. Ce qui lui arrive aujourd’hui n’est que justice.
Sincèrement vôtre, Hava.

Il ne s’était pas trompé, et cet enfant…ses yeux semblaient si plein d’innocence…La cruauté de cette femme ne connaissait aucune limite. Sa cruauté…et celle de Roberto. La lettre lui laissait cependant la désagréable certitude que celle de ce dernier l’emportait sur celle d’Hava. Il ne voulait pas y penser. C’était Isabella la victime, pas Hava. Il s’efforçait de garder son sang-froid, mais des images lui revenaient en mémoire. Les cicatrices, sur le corps d’Hava. Traces de ses combats, ou marques des méfaits de Roberto ? Comment l’avait-elle connu, où ? La lettre ne prouvait rien, Hava pouvait agir pour venger d’autres. Seul Roberto pourrait apporter des réponses. Mendoza trouvait cependant étrange que le sort de quatre êtres soient ainsi liés. N’était-ce pas une nouvelle façon d’Hava pour le tourmenter ? Que cherchait-elle ? Pourquoi faire de lui son intermédiaire dans sa vengeance ? Elle aurait très bien pu se manifester en personne à Roberto. Mendoza se demanda dans quel état il pouvait justement se trouver. Si Hava n’en avait pas été responsable, il se serait réjoui sans retenue. On toqua à la porte. Alvarez s’inquiétait, les hommes avaient terminé sans lui le débarquement et attendaient ses ordres. Mendoza prit la lettre et ouvrit la porte de la cabine.
M : Quartier libre. Vous venez avec moi.
Alvarez n’eut pas d’autre réponse à ses questions et se résolut à organiser lui-même à la hâte la surveillance du navire avant de rejoindre son capitaine. Il se contenta de le suivre sans un mot, devinant qu’ils se rendaient chez Roberto pour rendre compte de leur dernière course en mer, ce qui devait sans doute être la cause de l’humeur sombre de son compagnon. A moins que ce dernier n’ait reçu de mauvaises nouvelles de sa femme. Quelle que soit la vérité, cela n’enchantait pas du tout Alvarez d’être mêlé aux histoires de Mendoza, il avait eu plus que sa part de contrariétés en restant à ses côtés, et il avait songé plus d’une fois depuis ces derniers mois à quitter son poste. Naviguer avec ce capitaine taciturne qui n’en faisait qu’à sa tête et attirait les ennuis n’avait rien de plaisant. Cela n’était pas le cas, autrefois, mais ce temps-là semblait révolu. Il réalisa peu à peu qu’ils se dirigeaient vers la taverne de Rico. Après tout, Mendoza semblait vouloir se détendre un peu avant la corvée, et s’il n’était pas pressé, Alvarez ne l’était pas non plus. Quand ils pénétrèrent dans la taverne, il fut surpris du peu de clients. C’était pourtant l’heure où d’habitude on se pressait pour venir chercher un peu de réconfort. Ils s’installèrent sans un mot. Mendoza n’était même pas allé saluer Rico. Alvarez commençait à déchanter, ce n’était pas la partie de plaisir qu’il imaginait. Il avait remarqué que Rico s’était apprêté à les saluer avec entrain à leur arrivée, mais n’en avait rien fait. Mendoza ne lui avait pas accordé un regard. Il ne desserra les lèvres que pour commander en deux mots et pour boire quand ils furent servis. Alvarez prit son parti d’attendre que son compagnon se décide à parler, et se laissa aller à observer la salle et écouter les conversations. A d’eux tables d’eux, trois marins déjà bien éméchés parlaient fort.
M1 : Tu vas plus y aller, alors ?
M2 : T’as tort, faut continuer à se faire du bien tant qu’on peut.
M3 : Pour finir à la fosse ? T’es complètement fou.
M2 : Finir à la fosse, tout de suite, moi j’ai une santé de fer !
M3 : Il paraît que ça ressemble au mal français…
M1 : Peut-être, mais on dit que ça s’attrape pas en couchant, alors, pas besoin de se priver !
M2 : Ouais, faut profiter tant qu’on peut ! Et puis, pour l’instant c’est ceux qui sont revenus de chez les Infidèles qui sont touchés, c’est ce que j’ai entendu dire….
Ri : Des racontars de saoulards….
Rico s’était approché de la table où Mendoza vidait verre sur verre d’un air concentré. Il se tint un instant debout, indécis, puis s’assit sans qu’on l’invite.
Ri : C’est comme ça tous les jours depuis que la rumeur est apparue, je n’en peux plus, j’avais espéré que vous m’apporteriez quelques nouvelles plus distrayantes…
A : De quoi parlent-ils exactement ? Il y a une épidémie de ce nouveau mal, la syphallus, non la saphyllo..
Ri : La syphilis ? Aucune idée, on n’a pas vraiment d’informations à vrai dire. Mais les clients se font de plus en plus rares, à croire qu’ils ont peur d’attraper quelque chose en venant boire un verre !
A : Cela n’a pas l’air d’inquiéter ces trois-là…
Ri : Vous savez comme je fais attention à la propreté ! Et puis, la syphilis, ça s’attrape au lit, non ?
A : Ils ont l’air de dire que cette fois c’est différent.
Ri : Il parait que ceux qui sont touchés ont des pustules qui rongent la chair.
A : Comme la lèpre ?
Ri : Ce n’est pas la lèpre, enfin, je ne crois pas…On avait encore bien besoin de ça….La seule bonne chose, c’est que ça nous débarrassera peut-être de vermines comme ce Roberto. Du moment que ce n’est pas la peste…
Mendoza posa son verre. Rico en profita.
Ri : Il parait qu’on ne l’a pas vu depuis un moment dans le quartier chaud. D’ici à ce qu’il soit malade…
M : Si tu sais quelque chose, dis-le au lieu de tourner autour du pot.
Ri : Je ne sais que ce que j’ai entendu dire…
Mendoza le fixa avec un regard noir.
A : Justement, on doit se rendre chez lui, alors…
Ri : Je m’en doute, c’est pour ça que je voulais vous avertir.
M : Quelqu’un d’autre s’en est chargé.
Ri : Ah ? Qui ? Tu as rencontré quelqu’un sur le port ?
Il semblait déçu d’avoir perdu l’exclusivité.
M : C’est ça. Mais il n’a pas dit grand-chose. Et toi, qu’est-ce qui te fait croire que Roberto a contracté ce mystérieux mal ?
Ri : C’est juste des rumeurs, l’autre jour un marin a raconté qu’un médecin qui sortait de chez Roberto lui avait dit de faire attention s’il allait voir ces dames et…
M : Tu n’as rien de mieux ? Autant aller nous rendre compte nous-mêmes.
Il se leva, prêt à partir. Alvarez hésita.
A : Attendez, on ferait peut-être mieux de se renseigner davantage.
M : Si vous avez peur, je peux y aller seul. Restez tenir compagnie à Rico, ça lui fera plaisir. Attendez-moi ici et buvez autant que vous voulez. C’est un ordre.
"On savoure mieux ce qu'on a désiré plus longtemps, n'est-ce pas Mendoza?"
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par TEEGER59 »

Le retour du marin à la cape bleue... Enfin!
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

TEEGER59 a écrit : 07 mai 2022, 21:34 Le retour du marin à la cape bleue... Enfin!
Il y a au moins quelqu'un qui s'en réjouit, ça fait plaisir ! :D Mais à toi de juger s'il a bien fait de revenir....
Bonne lecture!

Partie 2.

Il jeta sa bourse sur la table et quitta la taverne sans se retourner ni écouter les molles protestations d’Alvarez. Il faisait presque nuit quand il arriva à destination, sous une pluie fine. Le domestique le fit entrer sans un mot, et le conduisit immédiatement dans le salon où il l’invita à s’asseoir. La pièce était vide, ce qui mit Mendoza en alerte. Après de longues minutes d’attente, il perçut le bruit de pas traînants et de halètements ; la porte s’ouvrit ; appuyé sur une canne, Roberto entra et se traîna péniblement jusqu’au fauteuil en face de son visiteur, où il s’écroula plus qu’il ne s’assit. Le silence qui suivit, ponctué de souffles pénibles, sembla durer une éternité à Mendoza. Enfin son hôte fut en mesure de parler.
R : Je suis ravi de vous savoir de retour, mon cher beau-frère. J’ai tenu à vous accueillir en personne, même si vous constatez que cela me coûte. Comment allez-vous ? avez-vous des nouvelles de ma chère sœur ?
Mendoza se leva et pour toute réponse lui tendit la lettre. Les deux hommes restèrent un moment face à face ; Mendoza put observer à loisir les marques sur le visage de Roberto ; son œil gauche était boursouflé ; son cuir chevelu était creusé de plaques blanches ; quand il tendit la main pour prendre la lettre, le marin remarqua son léger tremblement et les excroissances purulentes qui déformaient ses doigts. Roberto sourit.
R : Vous êtes d’un flegme, cher ami. Impassible comme un roc face à votre pauvre hôte qui fait tant d’efforts pour vous recevoir le plus aimablement possible, vu les circonstances.
Mendoza retourna s’asseoir et attendit que Roberto se décide à lire, ce qu’il fit sans se départir de son calme.
R : Eh bien ? J’avais demandé des nouvelles de ma sœur, pas de cette intrigante. Vous êtes de mèche à présent ? Je me souviens fort bien que vous m’aviez prévenu qu’elle chercherait à se venger de moi pour avoir blessé son fils. Et à présent vous m’apportez cette lettre. Vous avez l’air d’en savoir plus que moi…
M : J’avais pensé que vous seriez en mesure de me fournir des explications sur les causes de votre état, et vos liens avec cette femme.
R : Tiens donc ? Qu’est-ce qui vous fait croire que je la connais ?
M : La lettre le laisse entendre.
R : Je ne comprends guère à quoi vous faites allusion. Cette lettre n’a pas de sens.
M : Que vous est-il arrivé ?
R : Ah, enfin vous vous souciez de moi ! N’oubliez pas que si je meurs…
M : Je ne suis pour rien dans votre état, pas plus que Pedro et Sancho.
R : Ah oui ? Et vous m’apportez cette lettre ridicule pour vous disculper ? Vous savez que vous avez tout intérêt à me voir disparaître…mais que si cela arrive…
M : Inutile de me le rappeler, ni de me menacer. Je ne suis pas responsable de votre maladie . Toute la ville ne parle que d’une nouvelle épidémie de syphilis…
R : Ah, les rumeurs…
M : Je me suis renseigné avant de venir.
R : Mais vous êtes mal renseigné. Mon mal a commencé à partir d’une blessure. Oh, trois fois rien. Une rixe à la sortie du bordel. J’ai l’habitude, en général je fais œuvre de salut public en débarrassant les rues de ces vermines avinées, mais cette fois l’un d’eux était plus agile et s’est échappé après m’avoir laissé un petit souvenir. Cela arrive très rarement, et je suis capable de me soigner moi-même, c’est indispensable dans mon métier. Aussi ai-je été passablement contrarié de constater que cela s’infectait étrangement, et que je me sentais plutôt mal. Peu de temps après, les autres symptômes sont apparus. Les médecins sont impuissants.
M : La lame était empoisonnée ?
R : C’est vous qui me le demandez ? N’est-ce pas vous qui avez provoqué cette attaque, avec une arme empoisonnée, contaminée, plus probablement, mais par quoi? Pour ma part je n’ai jamais vu un poison agir comme cela, et vous savez si je m’y connais…
M : Je m’y connaitrais mieux que vous ?
R : Vous avez été dans le Nouveau Monde, vous avez pu en rapporter quelque substance inconnue…
M : Je suis un marin, pas un scientifique, encore moins un empoisonneur.
R : Mais cette femme….
M : C’est une ennemie !
R : Je ne dirais pas ça au vu de sa lettre…en tout cas, elle est sans doute mon ennemie, si elle est votre complice…
Mendoza bondit. Il fut pris d’un vertige. Il n’aurait pas dû boire autant. Hava…Hava avait-elle écrit cette lettre uniquement pour le piéger ? Non, elle ne pouvait pas savoir ce qui le liait à Roberto, le chantage de ce dernier…Mais la lettre pouvait le faire accuser, si Roberto mettait ses menaces à exécution. Il était certain qu’il n’accepterait pas de mourir sachant que cela rendrait à Mendoza sa liberté. Jamais il n’aurait dû montrer cette lettre, pourquoi avait-il fait une telle erreur ? Etait-ce si important de savoir si Roberto avait connu Hava, s’il lui avait fait du mal ? Le tueur à gages le fixait d’un air mauvais, le sourire en coin, comme s’il jouissait du trouble de son visiteur. Mendoza se rassit.
R : Allons, gardez votre sang froid, je vous taquine…vous n’avez jamais eu l’intention de m’éliminer, vous savez que vous n’en êtes pas capable. Quant à cette femme…c’est une adversaire à ma mesure, elle, si j’en crois cette lettre. J’avoue ne pas me souvenir d’elle, mais je lui ai apparemment fait forte impression. Si elle est passée entre mes mains et qu’elle n’a pas été brisée, alors elle se distingue des ses semblables. Je croyais que seule ma sœur faisait exception parmi ces femelles….si maintenant elles s’y mettent toutes, que deviendrons-nous, pauvres hommes ? Je suis déjà bien diminué par la maladie, comme vous avez pu le constater. Mais je ne m’avoue pas vaincu.
M : La nature sera peut-être la plus forte, cette fois.
R : C’est une éventualité à ne pas négliger. Cela vous arrangerait.
M : Mais vous vous arrangerez pour me faire accuser d’empoisonnement. Moi ou mes amis.
R : Cela va sans dire. J’aime avoir le dernier mot.
M : Qu’espérez-vous encore ?
R : Avant votre venue, je n’espérais plus grand’chose, à part que vous continuiez à faire fructifier mes affaires, les médecins sont de vrais sangsues, et dans mon état, je perds une partie de mes revenus.
M : Vous avez largement de quoi subvenir à vos dépenses.
R : Et si je veux un enterrement en grande pompe ?
M : Je ne vais pas vous payer votre enterrement, sachant qu’il signifierait ma mise sous les verrous.
R : Exactement. Aussi je vous propose un marché : vous retrouvez cette femme, vous lui soutirez le remède…
M : Qui vous assure qu’il y en a un ? Ou qu’il n’est pas trop tard ?
R : Tout poison a son contre-poison.
M : Ce n’est pas un empoisonnement.
R : Cessez de me saper le moral ! S’il n’y en a pas, alors tuez-la pour moi ! et même s’il y en a un, tuez-la !
Roberto commençait à s’emporter ; ses mains se mirent à trembler fortement. Il s’en aperçut et s’efforça de se calmer.
M : Vous ne voulez pas attendre d’être remis pour vous en charger ?
Mendoza vit le malade blêmir de rage.
R : Il faut empêcher cette criminelle de nuire le plus rapidement possible !
M : Cette criminelle…que vous avez créée.
Il se mit à rire doucement en secouant la tête. Roberto cria, et manqua d’étouffer après cet effort.
R : Arrêtez avec ça ! Je vous dis que je ne la connais pas !
M : Je vous crois. Mais elle sait ce qu’elle vous doit.
Roberto respirait avec peine. Les deux hommes se turent un moment, dans un face à face pesant. Enfin, Roberto put s’exprimer à nouveau, d’une voix plus faible, mais ferme.
R : Vous ne voulez pas m’aider ? Même contre votre liberté ?
M : Si je vous rapporte le remède, ou si je la tue, avant que vous mourriez, bien sûr, vous résiliez notre contrat ? Mais si vous mourez avant ? J’ai tout intérêt à partir et à ne jamais revenir en Espagne, cela me va tout autant.
R : Et vous croyez que vos amis sont prêts à tout laisser derrière eux ? Leur vignoble dont ils s’occupent avec passion, leurs affaires qui marchent de mieux en mieux…Je vous tiens, Mendoza, ne rêvez pas.
M : Si je reviens trop tard, vous n’aurez pas levé vos menaces. C’est un marché de dupes. Je peux aussi très bien prétendre que j’ai tué Hava…
R : Je vous fais confiance sur ce point. Vous en avez envie tout autant que moi. A moins que vous n’ayez pitié d’elle à cause de la lettre ?
Mendoza frémit. Se pouvait-il que Roberto ait deviné…Non, il savait qu’il y avait bien d’autres raisons d’en vouloir à Hava et à son fils.
M : Je veux une garantie écrite qu’au cas où vous mourriez, ni moi ni mes amis n’en seraient tenus pour responsables. Je m’engage à vous aider et à vous servir si vous survivez. Si vous n’acceptez pas, je n’ai absolument aucun intérêt à vous aider.
R : Je pourrais vous faire accuser immédiatement…
M : Vous ne le ferez pas.
R : Pourquoi donc ?
M : Vous avez encore un espoir…je suis votre seul espoir.
R : Ne soyez pas si présomptueux. Je me suis préparé à l’idée de mourir depuis bien longtemps. Mais je ne voudrais pas plonger ma pauvre sœur dans l’affliction….perdre un frère aimé, puis un mari chéri…
M : Quand signons nous notre nouveau contrat ? C’est moi qui amène le notaire.
R : Vous profitez de ma magnanimité…Eh bien, revenez dès que vous en aurez trouvé un.
M : Dès demain.
Mendoza se leva pour prendre congé.
R : Voulez-vous votre lettre ? Elle ne m’était pas destinée…
Il lui tendait la lettre de sa main déformée.
M : Je n’en ai pas besoin.
R : Je vois…vous craignez peut-être la contagion…
M : Non. Je n’ai que faire de cette lettre, brûlez-la. Ou gardez-la comme preuve contre moi, si vous y tenez, je m’en moque.
R : Elle vous contrarie…vous avez le cœur trop tendre, Mendoza. Mais je dois reconnaître que vous n’avez pas froid aux yeux. Prendre le risque de venir ici, de parler avec un pauvre malade comme moi…Gomez n’a pas eu ce courage. Il s’est même enfui comme un lâche dès qu’il a su ma mésaventure. Se doutait-il que cette fameuse Hava était derrière tout ça ? il n’a pas daigné me faire part de ses soupçons. Ce n’est pas un partenaire fiable comme vous.
M : Et vous, vous n’avez eu aucun soupçon ?
R : Si, bien sûr, cela fait des semaines que j’essaie de trouver où elle se cache.
M : Elle nous nargue…
R : Quand vous la tiendrez à votre merci, ne vous laissez pas attendrir, surtout !
M : On dirait que votre conscience vous tourmente. Vous avez peur qu’elle me rappelle vos crimes ?
R : Non. Je ne regrette jamais aucun de mes actes. Comment allez-vous procéder pour la trouver ?
M : Je suppose que c’est elle qui viendra à moi.
R : Elle a l’air de bien vous aimer en effet…Soyez sur vos gardes. Je compte sur vous.
M : Ne soyez pas trop pressé. Je dois me rendre à un mariage avant toute chose. Votre sœur serait très contrariée que nous n’y assistions pas ensemble.
R : Ce que femme veut…Le mal progresse lentement, mais sûrement…
M : Vous avez une santé de fer.
R : Au fait, les affaires ont été bonnes ?
M : Tout est consigné, vous pourrez vous distraire en lisant cela ce soir.
R : Parfait, vous êtes un homme sur qui on peut compter. Vous ne me décevez jamais.
Quand il fut sorti, Mendoza aspira une large goulée d’air frais et laissa la pluie couler sur son visage avant de courir vers la taverne. Alvarez et Rico ne remarquèrent pas son retour ; ils vidaient verre sur verre avec entrain en compagnie du seul client qui restait, le marin qui n’avait pas voulu suivre ses compagnons par peur de la maladie. Mendoza s’assit à une table libre et plongea la tête dans ses mains pour tenter de clarifier ses idées. Il aurait voulu ne jamais débarquer, rester en mer pour toujours. Il lui fallait maintenant trouver un notaire, prévenir Pedro et Sancho de son arrivée. Ils repartiraient ensemble pour Porto Conte où Esteban devait les rejoindre. Ils récupéreraient ensuite Isabella à Bruxelles…Pourquoi avait-il accepté le chantage de Roberto ? Pour être libre, enfin ? Non, ce qui l’avait fait céder était le seul intérêt de Sancho et Pedro. Ils avaient le droit, eux, de réussir leur vie. Pour lui, croupir en prison ou s’exiler ne changeait rien. La prison était même préférable, si elle pouvait abréger son existence. Il avait promis d’aider Roberto, alors qu’il haïssait les êtres tels que lui. Il l’avait fait pour se donner une raison de retrouver Hava, parce que son mystère l’insupportait, parce qu’il voulait connaître la vérité, parce qu’il ne pouvait la haïr complètement. Les mots de la lettre le hantaient. Quand il l’aurait retrouvée…il n’obtiendrait jamais d’elle aucun remède, surtout pour Roberto, à moins qu’elle soit forcée de lui céder. Pas pour Roberto, mais pour quelqu’un d’autre…Qui accepterait-elle de soigner, à part son fils ? Se souciait-elle seulement des victimes que risquait de causer l’épidémie, si le mal se répandait comme cela semblait être déjà le cas ? Zia…Zia serait peut-être capable de faire quelque chose. Non, il n’allait pas mêler Zia à ça, une fois de plus. Roberto n’en valait pas la peine. Mendoza ricana. Si Roberto connaissait l’étendue des savoirs de Zia, s’il connaissait tous ses talents…comment pouvait-il mépriser à ce point les femmes ? Au point de les maltraiter…Les cicatrices d’Hava ressurgirent dans les pensées de Mendoza. Un tel homme devait mourir. Hava devait mourir. Il la tuerait de ses mains, non pour venger Roberto, mais pour la délivrer, et se délivrer, lui. Puis il mourrait.
A: Mendoza ? Mendoza ?
Il réalisa que son second le secouait. Il s’était perdu dans ses pensées au point de ne plus prêter attention à ce qui l’entourait.
A : Tout va bien ? Comment se porte Roberto ? Est-il aux portes de la mort ?
Ri : Puisse-t-il brûler en Enfer !
Le tavernier leva son verre avec enthousiasme. Il était aussi éméché qu’Alvarez. Mendoza les fixa d’abord sans comprendre, puis répondit que tout allait bien et que Roberto n’allait pas mourir tout de suite.
Ri : Oh ? Dommage !
A : En tout cas, moi, je reprends la mer dès que possible, je ne vais pas moisir ici !
M : C’est aussi mon intention. Dans deux jours au plus, nous serons partis.
Ri : En me laissant tout seul, sans clients ?
M : Je te conseille de t’éloigner de cette ville. Je ne te souhaite pas d’agoniser tout seul le corps couvert de pustules.
Rico se figea. Derrière lui, le marin hurla.
M3 : Je le savais, je l’avais bien dit ! On va tous finir à la fosse !
Il s’enfuit vers la porte en titubant.
M : Alvarez, rentre au navire et évite d’en bouger. On devrait charger la cargaison de Sancho et Pedro demain. Je me rends chez eux dès ce soir.
A : Par ce temps ? On n’y voit pas à deux pas avec cette pluie !
M : Je connais le chemin. Rico, tu connais un bon notaire ?
Ri : Euh…celui qui a géré la succession de ma pauvre maman ?
M : Parfait. Fais-le venir demain après-midi, dis-lui que c’est une affaire urgente, qui lui rapportera gros, qui doit se régler immédiatement, insiste.
Ri : Et s’il n’est libre ? S’il refuse ? S’il est mort ?
M : Trouve quelqu’un d’autre. N’importe qui fera l’affaire.

Mendoza émergea avec peine du sommeil. Dehors, le soleil était déjà haut, il pouvait s’en rendre compte par la luminosité qui frappait impitoyablement ses yeux à chaque fois qu’il les tournait vers la fenêtre. Il resta de longues minutes allongé, tentant de comprendre où il se trouvait. Hava et Roberto s’étaient disputés le premier rôle dans ses cauchemars. Il explora du regard la pièce dont la pénombre contrastait avec l’étroite colonne de lumière provenant de l’unique fenêtre. Il ne vit aucune trace de ses vêtements, de ses bottes ou de son épée. Il se souvint avoir pris un bain chaud contre son gré. Une idée de femme…Il devait s’être endormi peu après. Il devait être près de 11h du matin à présent. Soudain, la porte s’ouvrit sans qu’il ait entendu qu’on frappait et il vit entrer sa cape au-dessus d’une pile de vêtements. Il crut un instant qu’Hava lui rapportait ses biens et se redressa vivement, le regrettant presque aussitôt tant il s’attendait à sentir la morsure des chaînes. Il reprit pourtant rapidement ses esprits en reconnaissant Maria. Elle déposa son paquet en lâchant un soupir de soulagement et se tourna vers lui.
Ma : Eh bien, te voilà enfin réveillé ! tes vêtements ont eu largement le temps de sécher, après une bonne lessive ! Mais j’aurais bien voulu dormir aussi longtemps que toi !
M : Je te remercie, Maria.
Ma : Tu peux ! Sans moi, cette maison et ses habitants ne tiendraient pas un jour !
M : Tu vas être tranquille un petit moment…
Ma : Oui, ils ont déjà tout préparé en attendant ta venue, heureusement ! Mais quelle idée de se présenter au milieu de la nuit !
M : Nous te soulagerons donc de notre présence dès aujourd’hui, s’ils ne dorment pas encore eux aussi.
Ma : Je les ai levés aux aurores, ils avaient assez cuvé leur vin !
M : Et pas moi ?
Ma : Toi, c’est différent…tu n’as pas passé la journée au coin du feu…Mais je te retarde, habille-toi, le déjeuner est bientôt prêt !
Sancho et Pedro somnolaient pendant que Maria s’affairait en cuisine quand Mendoza descendit. Le marin sourit en contemplant la scène familière. Il lui semblait que ses soucis s’envolaient. Leur trio se reformait, comme avant, quand tout était plus simple. Une pensée furtive lui traversa l’esprit, celle de les laisser dormir et de repartir seul, au-devant de probables ennuis, puis il réalisa que le danger était désormais partout. Si le mal se répandait, il pouvait emporter les habitants de cette maison, Maria y compris. S’ils partaient tous les trois, elle resterait cependant relativement à l’écart de la contagion, n’ayant pas besoin de se rendre en ville régulièrement comme eux. Mendoza décida de savourer le repas comme s’il s’agissait du dernier qu’ils prendraient ensemble, à cette table, dans cette maison.
Le reste de la journée se déroula comme prévu. Le notaire, appâté par la perspective d’une bonne affaire, car les urgences se monnayaient chèrement, se présenta à la taverne et ne rechigna pas à se rendre chez Roberto. Les rumeurs ne l’avaient pas encore atteint. Ce dernier avait tout de même fait un effort pour être plus présentable et ne pas effrayer outre mesure l’homme de loi, qui ne manqua pas de remarquer l’état de santé fragile de son client. Comme cela justifiait l’urgence de l’affaire, il négocia impitoyablement. Roberto s’en moquait, il réclama que le coût de l’acte soit entièrement à la charge de Mendoza, arguant de sa maladie. Mendoza ne s’y opposa pas. Tout ce qui lui importait, c’était la signature du nouveau contrat, qu’importe le prix à payer. Pedro et Sancho avaient envoyé leur cargaison au port de Barcelone dès l’aube, et le chargement se déroula sans encombres. Le lendemain, la Santa Catalina appareillait pour Porto Conte. Les compagnons de Mendoza retrouvaient avec plaisir les sensations du large, et le capitaine quittait Barcelone avec soulagement. Il décida de profiter de la parenthèse en mer sans plus songer qu’Hava se trouvait peut-être à Barcelone, et qu’Isabella les attendait à Bruxelles.
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par pedro »

je lis votre fanfiction collective et moi aussi j'aime tout ses chapitres
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par TEEGER59 »

Bientôt les retrouvailles des deux têtes de mule...
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

TEEGER59 a écrit : 08 mai 2022, 16:15 Bientôt les retrouvailles des deux têtes de mule...
Bientôt, bientôt, tout est relatif!
pedro a écrit : 08 mai 2022, 13:03 je lis votre fanfiction collective et moi aussi j'aime tout ses chapitres
Tu m'en vois ravie! Et tu m'impressionnes, si tu arrives à suivre cette histoire tortueuse. :D
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par TEEGER59 »

nonoko a écrit : 08 mai 2022, 18:56 Bientôt, bientôt, tout est relatif!
:cry: OUIN !!!
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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