Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

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manonallemende
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par manonallemende »

Este a écrit : 05 oct. 2020, 13:31 Superbes chapitres !! A quand la fin ??
C'est 2 questions qui sont pas très compatibles XD si tu aimes cette fic vaut mieux qu'elle se termine au plus tard ;)
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Este
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par Este »

Oui j'espère qu'elle ne finira pas !! Continue comme ça Teeger !!
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Saison 2 : 13/20
Saison 3 : 19/20
Saison 4 : 20/20 ?

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TEEGER59
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par TEEGER59 »

Suite.

CHAPITRE 41.

Mendoza n'eut que deux ou trois mètres à remonter pour déboucher au milieu du patio.

84.PNG

Après avoir prudemment ôté la grille et passé le haut du visage pour vérifier qu'il était seul, le mercenaire se hissa dans la cour intérieure.
L'aventure souterraine lui avait pris la nuit.
L'aube se levait. À cette heure, la majorité des habitants du quartier dormait encore. S'il restait prudent, il ne devrait pas être découvert.
L'endroit était bien vide de présence humaine. Le Yeoman se camoufla dans un coin sombre. Il prit quelques bonnes inspirations d'air pur et frais. À cet instant, cela valait pour lui toutes les récompenses. Les souvenirs affluèrent, malgré le temps écoulé. Il avait apprécié ce lieu, pour y avoir passé bien du temps à lire, durant ses périodes de repos. Jusqu'au jour, ou plutôt jusqu'au soir, ce fameux soir de la cérémonie, où Catalina de Cardona l'avait invité à le rejoindre pour s'asseoir sur cette marche du perron, à côté de cette colonne. Après ces dix ans d'exil, Juan se souvenait parfaitement de ce soir-là:

Ils se pourchassaient à travers le patio. Le rire cristallin et envoûtant de Catalina volait dans la nuit pour électriser ses nerfs. Le brouhaha dans la grande salle du Conseil des Cent et la musique leur parvenaient assourdis. Juan était écuyer. Trop âgé pour commencer ses classes comme simple page, il était à présent le varlet de l'archidiacre de Tortosa, Esteve de Garret. Fonctionnaire de l’inquisition coïncidant avec son mandat de président de la Généralité de Catalogne, ce dernier venait de le choisir à son service. Devenir chevalier. Son rêve de toujours!
Et pour que son bonheur soit véritablement parfait, Catalina de Cardona, la sœur de son ami Pedro, lui portait son intérêt. Elle l'avait ravi à son cercle d'admiratrices et l'avait conduit ici, dans la cour intérieure de l'hôtel de ville.
Il l'avait suivie joyeusement dans les méandres du palais. Elle l'attendait à présent sur cette marche, alanguie, le visage délicieusement rougi par la course. Son cœur battait fort, gonflant par à-coups le velours doré de sa robe. Les yeux brillants, elle le dévisageait étrangement.

:Mendoza: : Catalina...
Il prononça simplement son prénom comme il aurait pu dire Amour, Joie, Bonheur. À cet instant, rien ne comptait plus qu'elle, pas même son nouveau rang d'écuyer. Catalina incarnait à ses yeux la plus belle chose qui puisse lui arriver. Elle rit encore et l'appela. Sa voix pure contenait une telle promesse!
"Moustique" s'approcha lentement de la blonde, dévorant du regard sa jeune beauté. Il lui prit la main, la baisa tendrement. La jeune femme rit encore avant de plaquer sa bouche sur la sienne et y plonger sa langue conquérante. L'aspirant était presque saoulé de sensations. C'était la première fois qu'elle l'embrassait...
Ils jaillirent alors de derrière une colonne, l'insulte aux lèvres.
Mendoza eut le temps de reconnaître Diricq et Alfonso, le visage convulsé par quelque chose qui s'apparentait à de la haine. Il n'eut pas le temps de parler à ses compagnons. Et dans sa posture, dans son état, impossible pour lui de se défendre. D'autant que Catalina lui emprisonnait les bras entre les siens.
Un solide coup de matraque asséné par Beyra sur le coin de la tête le jeta au sol, la tête en sang.
À peine à terre, il dut se rouler en boule pour se protéger. Les coups de pieds pleuvaient sur lui. Pero Laxo, Diricq de Melo et Alfonso Beyra s'acharnèrent jusqu'à le conduire à la limite de l'inconscience. À travers une brume rougeâtre traversée par les moqueries de ses tourmenteurs, Juan apercevait l'image déformée de Diego d'Ordongnes qui assistait au supplice, la main sur la bouche, le visage tordu par l'horreur et la pitié. Puis, le jeune comte disparut de son champ de vision et le timbre élégant de Pedro Folc de Cardona résonna dans la cour:

PFC: Parfait, les amis. Bien joué, petite sœur! Tu as fait ce qu'il fallait. Maintenant, laissez-moi seul avec lui quelques instants. Après, vous l'emmènerez. Vous savez où... Catalina, tu restes.
Malgré ses côtes cassées, Mendoza réussit à se retourner sur le dos.
Debout devant lui, Catalina et Pedro le contemplaient. Ce dernier reprit la parole:

PFC: Alors, tu croyais filer le parfait amour avec ma demi-sœur? Toi, le pauvre petit provincial? Tu croyais qu'elle t'aimait? Tu n'es qu'un pauvre naïf, Mendoza. Sache qu'elle t'a attirée ici ce soir, sur mon ordre. Elle n'est nullement intéressée par toi. Elle qui collectionne les amants par dizaines, qui me raconte ses moindres aventures, ses moindres étreintes...
Pedro marqua une pause le temps de plaquer Catalina contre lui et de l'embrasser sauvagement, tout en lui pétrissant les hanches. La jeune femme répondit à ses attentions avec ardeur. Mais l'écœurante démonstration ne dura pas et à nouveau, Pedro se pencha sur l'écuyer.

PFC: Tu vois, c'est moi qui l'ai déflorée lorsqu'elle avait treize ans!
Mendoza n'eut pas le loisir de répondre. Un dernier coup de pied à la tête le plongea dans l'inconscience, bercé qu'il était par le rire cristallin de Catalina.


Le chant scandé d'un coucou fit sursauter l'Espagnol. Il s'extirpa difficilement de ses pensées. Mais ce n'était plus qu'un souvenir, pas un cauchemar, et cela ne fit qu'accroître sa résolution.
Aujourd'hui, Juan-Carlos Mendoza allait inverser la roue du Destin et Pedro Folc de Cardona allait enfin rendre compte. Quant à sa sœur, où qu'elle se trouve désormais, elle avait dû exhaler son dernier souffle.
Le mercenaire ouvrit son sac et en sortit un linge soigneusement plié.
Dénichée dans la cache des voleurs au milieu d'un tas de vêtements divers, la robe noire des bénédictins, avec son ample capuche, le travestirait suffisamment pour qu'il n'éveille pas l'attention. Il devrait juste continuer à se courber un peu pour éviter que sa haute taille ne le trahisse.
Sans plus se laisser gagner par la nostalgie qu'éveillait son retour d'exil, Mendoza sangla son sac et se mit à la recherche d'un point d'eau. À cette heure plus que matinale, il aurait tout le loisir de se débarbouiller et de changer sa tenue souillée de sang. Il tenait à être à son avantage devant le Conseil des Cent. La réussite de ses plans en dépendait.

☼☼☼

Non loin de là, Pedro Folc de Cardona regardait par les fenêtres de ses appartements du troisième étage. Le bâtiment arrière du palais Requesens avait vue sur la basilique des Sants Màrtirs Just i Pastor, qui se trouvait juste à côté de l'hôtel de ville.
Bien que la construction de deux tours sur la façade était initialement prévue, une seule fut édifiée au siècle dernier, de forme semi-octogonale, située sur la partie frontale à droite.
Le député contemplait l'édification du clocher. Il n'avait pas dormi de la nuit. Ses yeux rougis le piquaient et une migraine terrible battait son crâne. Après le départ de Diricq, qui avait triplé les mesures de sécurité et diffusé le signalement de Mendoza aux entrées du palais, Pedro avait cherché consolation dans le vin, beaucoup de vin qu'il but jusqu'à voir le lever du jour. Avant de tout régurgiter.
PFC: Où es-tu, Moustique? (Pensée).
L'ecclésiastique avait peur. Il ne pouvait plus se défiler devant ses responsabilités, mais sans Beyra, il se savait pourtant incapable de les assumer. Son Alfonso, mort! Lui pourtant si fort, si capable, indispensable. Pedro ne savait plus que faire pour affronter la réalité. Il avait besoin d'un appui car la maîtrise des choses lui échappait.
Dans la nuit, plongé dans les brumes de l'alcool, il avait pris une décision.
Ce soir, après le Jugement, il se débrouillerait pour parler à l'Autre. Après tout, ce dernier était concerné au premier chef par le retour de Moustique. Tout ceci, d'une certaine manière, était sa faute à lui.
Pedro décida qu'il avait grand besoin d'un bain. La journée du Jugement serait longue et il devrait y faire bonne figure. Il fit convoquer son masseur personnel et rappeler Diricq. Désormais, il ne se déplaçait plus sans sa garde complète. Et qu'importent les ragots. De toutes manières, la guerre qui se préparait allait très bientôt retenir l'attention générale.

☼☼☼

Mendoza savait vers où diriger ses pas. Déguisé de sa robe de moine bénédictin et imitant la démarche d'un vieillard, il emprunta l'escalier d'honneur pour accéder au premier étage. Dans la galerie gothique composée d'une série d'arcs sur des colonnes à chapiteaux décorés et ornée de différentes gargouilles, il croisa quelques personnes qui ne firent que le saluer distraitement. Sans se presser, il gagna la Chapelle du Bon Conseil*.

85.PNG

Sa toilette faite, ayant nettoyé au mieux ses affaires, Mendoza, après une prière à peine esquissée, sortit de l'oratoire.
:Mendoza: : Loué soit cette tenue miraculeuse! (Pensée).
Le mercenaire ne s'attarda pas. Pas la peine de trop forcer la chance. Il allait devoir se reposer des embûches de la nuit. Le Jugement ne commençait qu'au début de l'après-midi. Il avait donc la matinée pour recouvrer ses forces.
Il approchait de son but... Le dernier acte de sa vengeance. L'avant-dernier de sa mission.
Singeant toujours le train hésitant d'un vieil homme, il redescendit au rez-de-chaussée et gagna la salle du trentenaire, au fond du patio. C’est là que les membres se réunissaient pour délibérer sur les propositions qui devaient aboutir à la session plénière du Conseil des Cent.
Le Yeoman redécouvrit l'endroit avec un pincement au cœur. La porte d’entrée extérieure représentait une arche semi-circulaire, encadrée par des colonnes salomon ornées d'une décoration florale et héraldique. Dans son linteau, il pouvait voir un bouclier dans le centre et, de chaque côté, deux représentations de prudence et de justice. Tout au long de la salle, des arches de pierre creusée à quatre mètres de haut abritaient les statues de marbres à l'effigie des Grands du passé. Plus jeune, l'aspirant Juan-Carlos Mendoza avait passé beaucoup de temps à les contempler, à les admirer, brûlant d'intégrer cette remarquable fraternité.
Sans hésitation, il se dirigea vers celle d'Esteve de Garrett, son ancien maître. Il observa l'immense statue du quarante-huitième président de la Généralité de Catalogne qu'il était accusé d'avoir assassiné.
:Mendoza: : Toi aussi, Esteve, tu vas obtenir justice...
S'aidant des reliefs du mur, il se mit à escalader celui-ci. Parvenu jusqu'à la niche de Garrett, il posa la main sur la statue grandeur nature de celui qui aurait dû devenir son mentor. Il jura à voix basse:
:Mendoza: : Nous serons vengés, Esteve. Sur mon honneur.
Après quoi, il se glissa derrière le socle de bois qui soutenait la sculpture. Le renfoncement lui offrait une indétectable cachette. Personne ne penserait à chercher dans un tel lieu. La poussière accumulée dans la niche indiquait qu'on ne devait même jamais y monter.
Le capitaine s'allongea et se servit de son sac comme d'un oreiller. Il réfléchit à l'heure où il devait se réveiller et s'endormit aussitôt, confiant.
L'ange qu'était devenu le fonctionnaire de l'inquisition allait protéger Moustique.

À suivre.

*
*Chapelle du Bon Conseil: construite entre 1379 et 1408, elle se trouve à l'intérieur de l'hôtel de ville. De petites dimensions, elle se situe à côté de la salle des Chroniques.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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yupanqui
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par yupanqui »

L’échéance se rapproche.
Et le répulsif anti moustique n’a pas fonctionné !
La cachette fait penser à celle d’Esteban dans la taverne de Riko.
Un bon petit chapitre en forme de veillée d’arme...
J’aime bien aussi tes 2 montages.
Dignes de figurer dans la Cap’Saoule
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:
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TEEGER59
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par TEEGER59 »

Suite.

CHAPITRE 42.

Mendoza s'éveilla à l'heure prévue, frais et dispos. Excité même par ce qui l'attendait. Le dernier chapitre de ce qui serait soit son triomphe, soit sa déchéance.
Il redescendit de sa cachette, abandonnant derrière lui son sac. Il n'en avait plus besoin. Capuche sur sa tête inclinée, veillant à se tasser comme un vieillard, il sortit de la salle du trentenaire, traversa le patio et l'hôtel jusqu'à retrouver le flux de visiteurs venus assister au Jugement.
Le palais était bien réveillé, à présent. Telle une ruche bourdonnante, il débordait même d'activités. Pages, valets, servantes, adjoints, messagers, et une foule d'autres couraient d'une pièce à l'autre. Le mercenaire se servait toujours du flot des pèlerins pour masquer sa présence. Il y avait beaucoup trop de gardes à son goût. Mais comme il l'avait escompté, il y avait trop d'affluence, trop d'allers et retours, sans compter le manège tourbillonnant des serviteurs et celui plus posé des ambassadeurs et leurs escortes, invités et leurs suites. Malgré leurs instructions et leur vigilance, diacres et questeurs s'avouèrent vite dépassés. Comment retrouver un seul homme au sein de cette presse incessante, mouvante et bruyante? C'était là une tâche impossible.
Au premier étage, Mendoza pénétra donc sans mal dans le salon des Cent, niché au centre du bâtiment.

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Au milieu de la populace, il se tenait toujours penché, le visage camouflé sous son capuchon. Jouant des coudes, il parvint à se placer au deuxième rang, sur le côté gauche, de manière à voir tant le conseil que les voies d'accès.
Le mercenaire avait toujours comparé la salle du Jugement à la cathédrale Santa Maria del Mar. De même apparence, mais aux proportions plus modestes, elle possédait des propriétés similaires sur l'âme des contemplatifs. Réalisée par le maître des travaux Pere Llobet en 1369, la pièce était rectangulaire avec un toit plat et composée de trois sections séparées par deux grandes arches d’un demi-point. Des tentures rouges et or recouvraient les murs jusqu'à mi-hauteur. La décoration du plafond caité fut commandée par Jaime Canalies, Francesc Jordi et Berenguer Lleonart en 1372.
Pour l'éclairage de la salle, quatre rosettes avaient été ouvertes, la plus grande construite sur l’entrée principale, tandis que les trois autres, plus petites, furent placées sur le mur face au patio de los Naranjos*.
Composé de délicates tesselles, le sol était pavé de symboles représentant toutes les corporations des métiers de la ville. Le plus fier bastion du pouvoir des citoyens. Le capitaine aperçut, non sans mal, la dalle des marins, celle des boulangers, des poissonniers, des charpentiers...
Aux quatre coins de l'immense pièce, on avait disposé de grands trépieds de cuivre forgé où brûlaient des coupelles d'encens, diffusant une douce fragrance de jasmin. L'acoustique, minutieusement étudiée, faisait enfler et résonner les sons qui se mélangeaient pour le moment dans un ballet de tonalités diffuses. Cette marée sonore ajoutait au caractère impressionnant de l'endroit. Conforme à son souvenir, le salon avait donc bien conservé sa beauté majestueuse et impressionnante.
:Mendoza: : Tant mieux! (Pensée).
Sans trop savoir pourquoi, Juan s'était fait cette réflexion. Autour de lui, les gens s'installaient dans un brouhaha bon enfant. La salle se remplissait. Des gradins laqués garnis de coussins sur tout un mur attendaient les riches spectateurs. Une aire avait été dégagée et marquée par des cordes de velours rouge écarlate pour accueillir le tout-venant, dont le Yeoman.
C'est qu'en ce jour saint, par respect des traditions, le public se massait pour voir officier le fameux conseil. Comble, la salle d'audience recevait un large éventail de visiteurs de tous bords, pour la plupart de modeste condition. Des croyants venus, comme chaque année, assister au Jugement comme à une messe, des curieux désireux de découvrir l'événement, des promeneurs ayant tout simplement suivi la foule. Parmi elle, nombre de femmes, jeunes ou non, ne venaient que pour contempler l'archevêque de Tarragone, l'éblouissant Pedro Folc de Cardona. Toujours célibataire, selon les commérages en vigueur au sein de la gente féminine, ce qui n'avait rien de surprenant pour un homme d'église...
En face du public, l'estrade officielle sur laquelle se tenaient les membres du Conseil, impeccables et dignes dans leurs costumes chamarrés. À leurs pieds, au centre de la pièce, on avait placé pour l'occasion un pupitre en cèdre clair pour les plaignants, défendeurs et témoins des affaires à juger. Au mur, derrière les pairs, resplendissaient les étendards géants de Sant Jordi et de la ville, aux couleurs avivées par la lumière, et ceux des seigneurs de l'Empire.

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Mendoza examina les drapeaux. Le Lion d'or couronné sur fond rouge représentant l'Ordre saint de l'archevêque de Saragosse, Fadrique de Portugal. Les cinq Lions d'or couronnés sur fond bleu du marquis de Camarasa, Francisco de Los Cobos y Molina. La croix fleur-de-lysée de sinople pour Don Luis de Ávila y Zúñiga et l'Ordre d'Alcántara. La Tour blanche sur fond rouge du cartel des Marchands pour le canon et prieur de Tortosa, Francesc Oliver et Boteller. L'écartelé d'argent à la croix de gueules et d'or à quatre pals de gueules pour le cardinal de Barcelone, Juan de Cardona. Enfin, le blason Ora et labora (Prie et travaille) de l'Ordre de Saint-Benoît pour Pedro Folc de Cardona.
En voyant ce dernier arborer le surcot blanc à liseré azur dévolu à son ancien rang de vice-roi de Catalogne, surcot que Mendoza aurait dû porter un jour, le mercenaire serra les poings et les mâchoires. Pour cela aussi, cet imposteur de Pedro allait payer!
L'Espagnol, cependant, se morigéna. L'heure n'était pas à de tels égarements et il contint sa colère. Durant son exil, il avait maintes fois passé la scène à venir en esprit. Imaginant cent variantes. Il ne devait absolument pas perdre son sang-froid. Aujourd'hui, il allait enfin connaître le véritable dénouement.
Il ne lui restait qu'un dernier barrage à franchir pour atteindre la petite estrade, barrage formé par deux diacres revêtus de leur robe mauve. Une fois cet obstacle, il verrait alors la valeur de son plan.
:Mendoza: : Allez, il ne te reste plus qu'un pas, Juan. Le dernier! (Pensée).
C'est alors que trompettes et cors retentirent, annonçant le début de la séance. Tout d'abord, la prière. Chacun s'agenouilla pour écouter l'évêque Fadrique entamer la litanie familière. Nombre de gens la murmurèrent avec une dévotion marquée. Puis l'officier intercesseur du conseil, vêtu d'une tunique pourpre à liserés d'or, ordonna le début de séance.
Mendoza se contraignit à une patience nécessaire. Il devait encore attendre. Son dessein requérait l'effet de surprise. Et cet effet serait renforcé s'il survenait lors de la toute dernière session du conseil. Lors du rite du droit de Justice. Tout reposait là-dessus...

☼☼☼

Bercé par les voix des officiants, Pedro réprima un bâillement. Ce genre de cérémonie l'ennuyait terriblement. Il ne siégeait aujourd'hui que par souci du décorum. Sa nomination provisoire au conseil ne comptait que pour la question de la conquête à venir. Aucune affaire ne demanderait d'arbitrage de sa part. Le député se replongea dans ses pensées.
Il avait suffisamment ressassé la mort d'Alfonso. Il n'était que trop temps de se ressaisir. Aussi, il préféra se concentrer sur ce qu'il réservait à l'assassin de son meilleur ami. Lorsqu'il tiendrait Moustique entre ses mains. Moustique ou son usurpateur. Il songea qu'il devait également rencontrer l'Autre et définir d'une ligne de conduite générale. Pour la guerre et pour le reste. L'Autre lui devait bien ça. Qui s'était sali les mains, cette nuit fatidique, sinon Pedro? Qui l'avait couvert et détourné les soupçons? L'Autre. En vérité, c'était l'Autre l'instigateur de tout ce qui s'était produit ce soir-là. Pedro n'avait fait qu'exécuter ses suggestions.
PFC: Allez, dépêchez-vous! (Pensée).
Pedro n'en pouvait plus de rester assis. Sa migraine l'avait harcelé toute la matinée et lorsqu'elle disparut, elle fut aussitôt remplacée par le souffle rance et moite de la peur. Le député gardait ses gants pour cacher ses ongles, rongés jusqu'au sang depuis son réveil.

☼☼☼

L'après-midi s'achevait. Après avoir jugé les affaires communes, le conseil abordait la dernière partie de la séance. Pour la forme, le héraut demanda clairement si quelqu'un voulait réclamer le droit de Justice.
La tradition, toujours la tradition, en cette période particulière. Elle requérait que chacun, quelle que soit son extraction, puisse en ce jour précis demander réparation. Même si, depuis plusieurs années déjà, le droit de Justice n'était plus invoqué.
Le silence se fit. Personne ne répondait. Au moment où l'officier allait clore la séance, un début de désordre à l'entrée suspendit son geste.
Deux diacres voulaient empêcher un individu de monter sur l'estrade. Vêtu d'une robe de missionnaire, ce dernier ne s'en laissa pas conter. Quelques mouvements rapide de sa part et les deux clercs s'écrasèrent à terre, sous les rires de la populace, toujours prête à se divertir.
L'inconnu rejeta sa capuche pour se dévoiler: un homme élancé aux cheveux bruns, au port de guerrier, au visage dur. Son profond regard noir balaya l'estrade des pairs du conseil. Il s'avança vers l'assemblée, les mains grandes ouvertes selon l'habitude consacrée pour signifier que ses intentions étaient pacifiques.
Juan-Carlos Mendoza rentrait d'exil. Un exil long de dix années.

☼☼☼

L'intervention du mercenaire prit tout le monde au dépourvu. Et la surprise provoquée lui octroya le temps nécessaire pour lancer d'une voix claire et décidée:
:Mendoza: : Messeigneurs, je suis Juan-Carlos Mendoza et je réclame mon droit de justice! Injustement accusé d'être un assassin, j'ai été spolié de mes droits, de mes biens et laissé pour mort. Comme me l'autorise la loi, je demande réparation par le Jugement des armes. Que Dieu soutienne ma demande!
Sans attendre la réponse du conseil, il s'agenouilla et, bras écarté, prit la posture du suppliant, respectant à la lettre la formule originelle.
Dans sa condition, il disposait d'une immunité temporaire, certes, mais bien réelle.
Un silence général, épaissi par la stupéfaction, s'établit dans la grande salle.
Mendoza maintenait la position consacrée. Interloqués par cette demande passée de mode, les membres du conseil, le public, la garde, personne ne bougeait. L'ébahissement était total. Le Yeoman avait tout misé sur cet état de fait. À présent, il devait attendre, espérer une réaction favorable des nobles seigneurs Espagnols. Lui, plus à l'aise avec les armes qu'avec les mots, devait absolument les convaincre. La vengeance, la mission, sa survie, tout en dépendait.
La voix chargée d'indignation, crevant le silence et la stupeur, Pedro Folc de Cardona clama:
PFC: Impossible, ce ne sont que des mensonges! Juan-Carlos de Mendoza est mort!
Un brouhaha enfiévré suivit sa déclaration. La foule n'y comprenait rien. Qui aurait pu se souvenir de faits survenus si longtemps auparavant et dont l'ampleur avait été étouffée par décision du conseil? La grosse voix de Don Luis de Ávila y Zúñiga dut s'élever pour ramener un semblant de calme. Des diacres furent convoqués pour contenir le public derrière le cordon. Le secrétaire d'État Francisco de los Cobos y Molina intervint:
Cobos: Que savons-nous de cette prétendue mort? Le cadavre de Juan-Carlos Mendoza n'a jamais été retrouvé.
Parlant du capitaine, le cardinal de Barcelone siffla:
Juan: Je pense pour ma part que cet homme ment. Ce n'est qu'un misérable usurpateur! Envoyé par nos ennemis, sans aucun doute. Je propose d'organiser un autodafé pour s'assurer de lui.
Cobos tempéra:
Cobos: Du calme. Il m'apparaît à moi que cet homme semble tout prêt à s'expliquer. Il ne sera donc nul besoin de faire appel aux inquisiteurs, mon cher Juan. Et puis, l'Inquisition ne dépend pas de notre ville, pas même du roi. Elle n'obéit pas aux ordres du Conseil des Cent, ni au viguier, ni au bailli. Elle ne nomme pas ses membres. C'est le pape qui les désigne, un pape étranger intéressé seulement par l'argent. Enfin, les réponses qu'ils obtiennent sont parfois indéchiffrables, dirais-je.
Un rire moqueur parcourut la foule. Juan de Cardona contint son énervement. L'affront était trop mineur pour qu'il le relève. Décidé à soutenir le secrétaire, le président de la Généralité renchérit avec l'accent du bon sens:
Francesc: Écoutons-le au moins! Nous n'y perdrons rien. Si les propos de cet homme ne nous satisfont pas, il sera toujours temps de s'occuper de lui. Mais au contraire, s'il est bien Juan-Carlos Mendoza, il serait particulièrement intéressant d'apprendre sa version des faits, ne croyez-vous pas?
Le canon et prieur de Tortosa marqua une pause avant d'ajouter:
Francesc: Curieuse attitude pour un traître, je trouve, venir de lui-même se mettre à notre merci!
Dressé sur l'estrade, le député ecclésiastique cracha encore:
PFC: Traître! Tu viens à nouveau manigancer un de tes tours! Messeigneurs, comment pouvons-nous écouter ce félon? Il est tout de même responsable de l'assassinat du président de la Généralité, Esteve de Garrett!
Juan: Il se pourrait qu'il prépare une vilenie. Je suis d'accord avec mon oncle. Méfions-nous! Laissez-moi m'en charger. Je connais un alguazil*. Il saura lui faire cracher la vérité!
Fadrique de Portugal prit la parole:
Fadrique: J'avoue être troublé par l'intervention de cet homme. Peut-être devrions-nous ajourner la séance et nous concerner à huis clos sur cette affaire, mes amis...
À nouveau, le tumulte prit possession de l'assistance. Certains soutenaient l'idée du cardinal, mais la plupart, dévorés par la curiosité, brûlaient d'entendre le demandeur. À la surprise de ses confrères, Don Luis tonna:
Luis: Du calme, les Cardona!
Zúñiga intervenait rarement pour prendre position en dehors des questions militaires.
Luis: J'ai fort bien connu Esteve de Garrett. C'était un ami de mon père. Cette affaire m'intéresse donc au plus haut point. Les circonstances entourant sa mort sont restées partiellement inexpliquées et j'aimerais écouter ce que cet homme a à dire.
Francesc: Tout à fait! Le moins que nous puissions faire est de peser les faits, en tout état de cause, sans nous emporter. Nous avons pour responsabilité de démêler cette délicate situation. N'est-ce pas pour mener à bien cette tâche que nous sommes réunis en ce jour saint de Justice?
Les traits secs du cardinal de Barcelone étaient clairement réprobateurs, mais il n'argumenta pas plus avant. Le vice-roi pour sa part semblait indécis.
La voix sereine de Cobos s'éleva une nouvelle fois:
Cobos: Je suis tout à fait d'accord avec Don Luis et Francesc. De plus, à présent que j'ai eu le temps de l'examiner, je le reconnais. Cet homme est bien Juan-Carlos Mendoza. Bien que son apparence se soit quelque peu modifiée au fil des ans. Comme tout le monde, je le croyais mort...
Adressant un sourire franc au capitaine, presque paternel, le petit homme termina:
Cobos: Relève-toi, Mendoza. Par ma voix et mon honneur, que tout le monde te reconnaisse!
Sans s'émouvoir du désordre qu'il avait provoqué, le mercenaire se redressa. Il trouvait bien là le soutien qu'il espérait. Il n'avait pas oublié l'amitié qui liait Cobos à son oncle, le cardinal Íñigo López de Mendoza y Zúñiga.
Toujours hésitant, le vice-roi contempla le visage de ses pairs. Le secrétaire, le militaire et le président de la Généralité voulaient entendre cet homme. Seul Juan de Cardona semblait lui dénier le droit de s'expliquer. L'opinion de son oncle Pedro ne comptait pas, puisqu'il n'était que membre honoraire du conseil. Fadrique s'inclina et dit gravement:
Fadrique: Soit! La majorité l'emporte. Le demandeur sera écouté! Que la clairvoyance de l'Empereur nous inonde de son pouvoir infini.
Reprenant son office, le héraut reprit:
:?: : Le Conseil va juger! Que l'on fasse silence! Dieu nous assiste!
La salle reprit en chœur la dernière phrase. Pedro le fit du bout des lèvres. Il s'était rassis et dévisageait Mendoza sans retenir sa haine, serrant les bras de son fauteuil de toutes ses forces. Moustique était là, à quelques pas! Il n'avait plus rien de ses airs de jouvenceau, mais c'était bien lui. Le député ne comprenait toujours pas comment l'ancien écuyer pouvait être vivant.
Il l'avait pourtant bien éventré cette fameuse nuit, sur les conseils de l'Autre...
Cobos demanda:
Cobos: Où étais-tu passé depuis cette regrettable affaire, Mendoza?
:Mendoza: : Je reviens de la cour d'Angleterre où, durant toutes ces années, j'ai servi la maison Tudor en tant que capitaine de la garde.
:shock: : Quoi?
:? : Vous avez entendu?
:o : L'Angleterre?
Dans le public, les questions fusèrent. Plusieurs cris également. Don Luis intima sévèrement:
Luis: Silence, ou je fais évacuer la salle!
Le cardinal ricana:
Juan: Vous voyez, cet homme avoue de lui-même travailler pour l'ennemi!
Cobos: Ennemi, ennemi... C'est vite dit. Je vous rappelle tout de même que jusqu'à présent, le roi Henri VIII est toujours l'oncle de notre Empereur.
:Mendoza: : Vous pouvez constater que je ne cache rien. Et j'ai beaucoup à dire. Mais il me faut tout d'abord retracer le contexte. Plaise au Conseil d'être patient et d'écouter mon histoire jusqu'au bout... Tout débute avec l'histoire d'un jeune homme de Navarcles... Un jeune marin pétri d'idéaux, plutôt naïf, qui rêvait depuis sa plus tendre enfance d'un héroïque destin: devenir chevalier! Grâce aux quelques relations de son oncle Íñigo, un homme respecté, le jeune provincial, après avoir bouclé le premier tour du monde de l'histoire, fut admis à entrer au service du seigneur Esteve de Garrett. Notre jeune aspirant ne tarda pas à faire ses preuves. Malgré sa jeunesse, il excellait dans bien des domaines. Toujours humble, toujours respectueux des usages et de ses camarades, il étudiait les arts militaires avec acharnement. Jamais il ne fit montre d'orgueil ou de paresse si bien qu'on le surnomma Moustique. À l'époque, il y a dix ans, ce Moustique fréquentait une bande d'amis, surnommée les Compagnons, aspirants tout comme lui. Une saine concurrence l'opposait à l'un d'eux, son meilleur ami, Pedro Folc de Cardona. Du moins le pensait-il.
À l'évocation de son nom, le député tenta vainement de masquer sa nervosité. Le rappel de cette période enfouie par le temps n'annonçait rien de bon. Le passé le rattrapait et Pedro ne savait que trop bien où les menait ce récit. Impuissant devant ce déballage, il ne voyait pas comment intervenir sans s'attirer la suspicion des membres du conseil.
L'Autre, quant à lui, laissait faire les choses. Il semblait aussi surpris que le reste de l'assistance.
Pedro se rassura. Quoi que Mendoza dévoile, ce serait sa parole contre la sienne. Il n'existait aucune preuve tangible. D'une voix pleine de gravité, le Catalan poursuivit:
:Mendoza: : ... À la fin de son apprentissage, ce jeune homme- moi-même, vous l'aurez compris- termina favori parmi les varlets du seigneur Garrett. Juste derrière lui venait Pedro Folc de Cardona... Je me souviens de cette époque. Le monde me tendait les bras. Ivre de bonheur, j'allais pouvoir réaliser mon rêve: devenir chevalier car Esteve de Garrett m'avait choisi! Le soir des nominations, il y eut une grande cérémonie suivie d'un bal, ici-même, pour célébrer les affectations. Lors de ce bal, Catalina de Cardona, la propre demi-sœur de Pedro, m'aborda pour me féliciter et, à ma grande surprise, me donna rendez-vous dans le patio. Je dois préciser que j'étais follement amoureux d'elle, mais que je n'avais jamais eu l'occasion de lui déclarer ma flamme. Toujours est-il que je la suivis jusqu'au patio. Alors apparurent les Compagnons, Pedro à leur tête. Sans raison, ils m'insultèrent, me frappèrent jusqu'à me plonger dans l'inconscience.
Pointant un doigt furieux sur son accusateur, le député vibra:
PFC: Calomnies! Allons-nous laisser ce suppôt de Satan débiter ses mensonges?
D'un ton sans réplique, Don Luis intervint:
Luis: Taisez-vous, Pedro! Le Conseil juge. Et je dois avouer que ce récit me paraît tout à fait passionnant... Continue, Juan-Carlos.
Ce dernier se retenait à grand-peine de sauter à la gorge du député ecclésiastique. Il se tempéra:
:Mendoza: : Encore un peu de patience... Un tout petit peu... (Pensée).
Il poursuivit:
:Mendoza: : Je me suis réveillé dans une geôle. Un sinistre endroit, digne du pire cauchemar. Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait. Les Compagnons ne tardèrent pas à me rendre visite, et sans répondre à mes questions, se mirent à me frapper tout en m'injuriant. Je m'évanouis une nouvelle fois... Je repris conscience baignant dans mon sang. Pedro était là, seul, assis à mes côtés. Il m'annonça que durant ma période d'inconscience, Garrett avait été assassiné avec ma propre épée. Que j'étais le coupable présumé. Depuis toujours au service de l'Angleterre, comme en attestait des lettres trouvées dans ma chambre. On me refusait le droit de me défendre devant le conseil, et on avait décidé ma mort. Et Pedro se chargea d'appliquer la sentence en m'éventrant...

À suivre...

*
*Patio de los Naranjos: Patio des orangers.
*Alguazil: Fonctionnaire subalterne de justice ou de police.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par yupanqui »

Eh bien, j’ai hâte d’entendre la suite...
Le calme avant la tempête ?
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par TEEGER59 »

Suite.

CHAPITRE 43.

:D : Via fora pour Mendoza!
:evil: : À mort, le traître!
La foule ne put se contenir plus longtemps. Une implosion de voix agitées de sentiments contradictoires s'épanouit jusqu'au plafond. Le militaire tonna:
Luis: Silence! Silence ou je fais évacuer la salle et le Jugement se fera à huis clos!
Les spectateurs reprirent contenance, tant bien que mal. Pedro, lui, en fut incapable. Il hurla:
PFC: Calomnies! Que cessent ces mensonges! Dois-je supporter de voir mon honneur souillé par ces accusations ridicules? Cet homme est un dément! Il n'a aucune preuve!
Le député se dressa face aux autres seigneurs, toujours plein de superbe. Cependant, quelque chose d'indéfinissable déparait sa mine. Le président de la Généralité lui répondit:
Francesc: Contenez-vous, messire Cardona. Cet homme me semble tout à fait maître de ses propos, au contraire. Et il n'a pas terminé. Poursuivez, Mendoza, poursuivez.
Les membres du conseil dévisageaient Pedro avec sévérité. Douché, ce dernier se rassit de mauvaise grâce.
Le Yeoman, dont l'attitude paisible contrastait avec celle du député, ôta sa robe de missionnaire et reprit:
:Mendoza: : J'étais donc abandonné en train de mourir. Je sentais la vie s'échapper de moi et recommandais mon âme à Dieu. Alors que je priais, une clarté aveuglante m'interrompit. La porte de ma cellule s'ouvrit et un être indistinct entra... Dans mon agonie, je ne pouvais le détailler. J'imaginais que la lumière divine venait à mon aide, en réponse à mes prières. Je me trompais! Un homme s'approcha de moi, me saisit dans ses bras et m'emporta avec lui. Cet homme, c'était mon oncle Íñigo. Il me fit soigner avant de m'envoyer en Angleterre où il me rejoignit trois ans plus tard en tant qu'ambassadeur de l’Empereur à la cour du roi Henri VIII, afin de négocier une paix universelle.
Une nouvelle fois, Mendoza fut interrompu par le vacarme issu de l'assistance.
Le héraut du conseil eut fort à faire pour rétablir le calme. Un petit groupe de spectateurs trop bruyants fut évacué sans ménagement par les gardes qui s'étaient à présent déployés sur toute la longueur de la salle.

☼☼☼

Profitant du retour au calme, Cobos proposa au mercenaire de quoi se rafraîchir. Les membres du conseil, Pedro excepté, se montraient captivés par ses propos, et même le soupçonneux cardinal Juan Cardona se taisait. La gorge desséchée, Mendoza but goulûment un grand verre d'eau fraîche. Il n'avait pas l'habitude de s'exprimer si longuement et devant une telle assistance. Sa vie était en jeu et ce genre de combat n'était pas pour lui. Il préférait ô combien laisser ses lames parler à sa place.
D'un bref signe de tête, il remercia le page qui lui avait apporté sa boisson et reprit:
:Mendoza: : Je me suis réveillé chez mon oncle. Soigné efficacement, je n'ai pas tardé à guérir... Du moins, les blessures infligées à mon corps se sont-elles cicatrisées. Lorsque je fus remis sur pied, on m'envoya en Angleterre, comme je vous l'ai déjà dit. Là-bas, Charles Brandon, un proche conseiller du roi m'a convoqué. Sans faire de manières, il m'a proposé d'entrer au service de son souverain. J'ai accepté.
Une exclamation retentit dans le public, vivement réprimée d'elle-même. L'assistance voulait entendre la suite.
:Mendoza: : Que faire d'autre? Un roi sur ses propres terres est réputé indestructible. Et même si j'avais pu vaincre le monarque et sa garde, ce que je savais impossible, je ne suis pas un surhomme. Comment aurais-je pu m'échapper de cette île dont je ne savais rien?
Ses questions restèrent sans réponse. Le capitaine s'empressa de poursuivre:
:Mendoza: : Mon oncle m'avait sauvé la vie et je dois avouer que Henri Tudor fut un maître compréhensif car jamais il ne m'a demandé d'agir contre ma patrie. Ces années à son service, je les ai surtout passées à combattre les Écossais. Le plus souvent sur les champs de bataille. Je n'ai jamais remis les pieds sur le vieux continent, encore moins en Espagne. Henri VIII y veillait.
Juan-Carlos marqua une pause.
:Mendoza: : Je vous ai promis la vérité, Seigneurs, je ne cacherai donc rien. Deux choses m'avaient décidé à accepter cette offre. Le désir de vengeance, tout d'abord, je dois l'avouer. Mais également la possibilité d'étudier mon nouvel environnement de plus près. Quelle opportunité j'avais à saisir! Je me disais qu'un jour, je pourrais rentrer chez moi et rapporter mes connaissances nouvellement acquises. Qui peut prétendre connaître les voies mystérieuses de l'Angleterre? J'ai donc feint d'avoir changé d'allégeance et j'en ai profité pour engranger un savoir important, tant sur les manœuvres de mes soi-disant maîtres que sur celles des Écossais, que j'affrontais. Écossais qui, je le rappelle, sont toujours de mèche avec vos ennemis, les Français... Vous devez bien comprendre que ce savoir accumulé pourrait se relever inestimable pour l'Empereur. De quoi lui conférer un avantage décisif dans la lutte des Puissances, je vous l'affirme.
Lancés en pleine campagne de conquête, les membres du conseil saisirent immédiatement l'intérêt que présentaient les propos de Mendoza. Tant en matière de stratégie que de politique. Leurs regards étaient rivés sur l'homme aux cheveux bruns. Ce dernier souffla:
:Mendoza: : J'ai attendu, espérant l'occasion... L'occasion de revenir ici. Mais cette opportunité ne s'est jamais présentée. Pas avant aujourd'hui. Par Dieu, si vous saviez comme j'ai prié pour qu'enfin arrive ce jour: mon retour!
Le Catalan se signa et se tut.
Le président de la Généralité s'exclama:
Francesc: Quelles stupéfiantes révélations! Qu'allons-nous décider?
Cobos intervint:
Cobos: Avant d'entreprendre quoi que ce soit, il faut tout d'abord en finir avec le passé et régler le problème de cette ancienne accusation. Qu'en est-il de cette prétendue culpabilité de Juan-Carlos Mendoza dans le meurtre de Garrett? Ne l'avons-nous pas jugé à tort?
Le capitaine produisit alors la lettre de Diego d'Ordongnes. Il la donna au héraut qui la transmit à son tour aux membres du conseil.
:Mendoza: : Ce n'est qu'une preuve indirecte, Messeigneurs, j'en suis fort conscient. Mais il est néanmoins possible de saisir certains faits. Cette lettre confirme mes propos. Le comte d'Ordongnes avoue tout à mots couverts. Il faisait partie d'un groupe de conspirateurs menés par Pedro Folc de Cardona, ici présent!
La voix de Mendoza prit de la force, soutenue par une fureur glacée. Il se tourna vers le député et plongea son regard noir, aussi acéré qu'une flèche, dans les yeux de celui qui se proclamait naguère son meilleur ami.
:Mendoza: : Pedro Folc de Cardona, je t'accuse d'être coupable du meurtre d'Esteve de Garrett! Coupable de m'avoir incriminé à ta place! Coupable d'avoir tenté de m'assassiner! Coupable d'avoir ruiné ma vie et d'avoir entraîné la perte de ma famille!
Implacable, il pointait son doigt sur la personne du député.

88.PNG

Ce dernier cria:
PFC: Faites-le taire! Vous ne voyez pas qu'il essaye de vous monter contre moi? Il est le jouet des Anglais, leur fieffé serviteur!
Mais les membres du conseil le toisèrent froidement. Était-ce les propos du mercenaire, était-ce la lettre ou encore l'attitude tourmentée de Pedro? Toujours est-il qu'ils le regardaient à présent avec une certaine suspicion.
Mendoza poussa son avantage. Il se redressa de toute sa taille. L'éclat de ses prunelles s'alluma d'un feu exalté lorsqu'il s'exprima d'une voix claire, sans laquelle on pouvait percevoir une pointe de défi sauvage:
:Mendoza: : Qui que je sois, d'où que je vienne, je reste un natif de ce pays. Comme quiconque ici, j'ai le droit aujourd'hui, en ce jour saint de Justice, de réclamer le combat du Juste. J'invoque les Préceptes sacrés: je demande à affronter cet homme! Que la bienveillante lumière de Dieu soit notre juge, je n'ai pas peur de son Regard...
Ainsi s'acheva le récit du capitaine Mendoza. Tout était dit. Le moment qu'il attendait tant serait décrété ou non dans les secondes à venir.
Pedro s'égosilla:
PFC: C'est intolérable! Cessons cette mascarade! Je suis député ecclésiastique du Conseil provincial du général de Catalogne, archevêque de Tarragone et nul ne peut remettre en cause mon immunité. Je refuse de me prêter à cette ridicule requête.
Le vice-roi déclara:
Fadrique: Personne ne peut aller à l'encontre des Préceptes de l'Empire, dont je suis ici le dépositaire. Je suis désolé, mon cher Pedro, mais, en ce jour saint de Justice, l'ecclésiastique est un homme comme les autres. Votre immunité s'avère nulle.
Les traits déformés, Pedro postillonna:
PFC: Je proteste!
Inébranlable d'autorité, Zúñiga annonça:
Luis: Dans cette affaire, vous n'avez pas droit au chapitre! Alors, mes amis, que décidons-nous? Je propose que le Conseil accepte la demande de Juan-Carlos Mendoza. Le combat du Juste! Dieu sera juge et garant de la Vérité, selon la tradition.
Fadrique scruta l'attitude des autres seigneurs. Leur avis s'affichait franchement sur leurs visages. Même le neveu de Pedro donna son accord, d'un hochement de tête, à la demande du Catalan. Le vice-roi réfléchit quelques instants avant de s'exclamer:
Fadrique: En ce jour de Jugement, le demandeur sera entendu!
Les seigneurs et les membres de l'assistance psalmodièrent en cœur:
Qu'il en soit ainsi!
Fadrique de Portugal fit un signe au héraut. Celui-ci fit résonner son bâton de commandement. Trois fois puis encore trois.
:?: : Que le combat du Juste ait lieu. Il opposera Pedro Folc de Cardona à Juan-Carlos Mendoza. Dieu nous contemple!
Il ordonna à ses subordonnés:
:?: : Commencez les préparatifs!
Dans le public, les conversations allaient bon train. Des paris s'entamèrent. On débattit avec ardeur des duellistes. On soupesa leurs chances respectives. On détailla leur allure, leur humeur.
L'Autre assista aux préparatifs du combat sans manifester plus d'émoi que ses pairs. Les choses avaient pris un tour qu'il n'avait pu maîtriser. Mais il n'y avait aucune inquiétude à avoir. De toute manière, quelle que soit l'issue du combat, il en ressortirait gagnant.
Pedro était sans nul doute le favori. Le moine-soldat savait se battre. Chaque année, il remportait les joutes organisées tant à Barcelone qu'à Tarragone. Il était aussi singulier qu'étonnant de voir comment il savait se montrer en même temps, plus doux qu'un agneau et plus terrible qu'un lion. Sa maîtrise était légendaire et la manière dont il saisit son arme dénotait une aisance peu commune.
Quant à Mendoza, c'était un inconnu pour la presque totalité de l'assistance. Mais son maintien et son air rude traduisaient un homme expérimenté.
Pedro était favori, certes. Mais, en tous les cas, les observateurs estimèrent que ça allait être un formidable spectacle!

☼☼☼

Ainsi que le voulaient les usages du duel de Justice, le mercenaire ôta sa cape et sa tunique tandis que le député entreprit de descendre de l'estrade. En même temps que ses vêtements, Mendoza dut se défaire de ses lames. L'officier de la garde chargé de les conserver poussa un sifflement d'étonnement et d'admiration devant leur nombre. Sa dague, le Yeoman ne s'en dessaisit qu'avec répugnance. Sans elle, il se sentait dépouillé. Cependant, il allait devoir faire sans.
À son tour, Pedro se mit torse nu. Ne lui restaient qu'un pantalon blanc à parements azur et or et des sandales épiscopales. Mendoza avait son pantalon bleu gris et ses bottes de cuir. Un assistant fut désigné pour chacun d'eux. Le pupitre fut enlevé. Tradition oblige, le combat se déroulerait devant l'estrade.
Face à face, séparés de dix pas, Pedro et Juan-Carlos se dévisageaient. Le premier disposait d'une musculature plus puissante, et Mendoza en comparaison paraissait maigre.
Puis, les épées de duel furent apportées. Elles étaient conservées dans un étui de bois précieux. C'étaient deux lames jumelles, bâtardes à double tranchant. On pouvait les manier d'une ou des deux mains. L'acier des armes brillait dans la lumière. Le héraut leur présenta le coffret. Au mercenaire tout d'abord, puisque c'était le plaignant, à l'ecclésiastique ensuite. Chacun des belligérants saisit son arme et l'officier recula. Il frappa six fois de son bâton de commandement.
:?: : La lumière de Dieu jugera vos cœurs et, par vos épées, rendra sa sentence. Le Juste vaincra! Vous êtes prêts?... Combattez!

À suivre...
Dernière modification par TEEGER59 le 20 oct. 2020, 14:26, modifié 1 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par yupanqui »

Pauvre Pedro... sa fin est proche.
Il ne sait pas encore ce qui l’attend.
Espérons qu’il n’y ait pas de traîtrise...
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par TEEGER59 »

Suite.

CHAPITRE 44.

Les deux duellistes ne se lancèrent pas tout de suite à l'assaut. Ils entreprirent tout d'abord de tourner à l'intérieur du cercle tracé devant l'estrade pour la circonstance, se jaugeant mutuellement. Pedro avait retrouvé sa confiance et son attitude conquérante. De son épée, il salua la foule à plusieurs reprises, tentant de s'attirer ses grâces. La mine indéchiffrable, Mendoza ne quittait pas son adversaire des yeux.

89.PNG

Lorsqu'ils étaient jeunes aspirants, Pedro était sans conteste le meilleur épéiste des deux. Le meilleur des Compagnons. À présent que sa vie et son honneur se trouvaient en balance, il entendait démontrer que c'était toujours le cas. Souriant de toute la blancheur de ses dents, le député lança différentes bottes, essayant différents styles. Lentement tout d'abord, puis de plus en plus vite.
Cependant, quelles que furent ses tentatives, Moustique les para ou les esquiva toutes. Sans répliquer. Sur la défensive.
Fin des préliminaires. Son arme empoignée à deux main, Pedro se mit à accabler Mendoza d'assauts fougueux, mais également maîtrisés. Il voulait clôturer cette farce au plus vite et se défaire une bonne fois pour toute de cet homme qu'il haïssait et enviait tout à la fois. D'ailleurs, sa puissance lui permit immédiatement de prendre l'avantage. Son corps musculeux produisait son effort et son concurrent ne pouvait que parer les attaques, sans pouvoir placer la moindre riposte.
Les formidables coups d'épée résonnaient dans la salle, repoussant sans cesse le mercenaire sur les bords du cercle. Sans toutefois parvenir en l'en faire sortir, ce qui aurait signifié sa défaite. Totalement concentré sur la défensive, le Yeoman réussissait néanmoins à se replacer de justesse, avant de reculer à nouveau.
La foule ne s'y trompait pas, elle assistait à un formidable spectacle. Haletante, respectueuse, elle dévorait les mouvements des adversaires de ses yeux multiples.
Mais si Pedro avait beau mener le combat, si Juan-Carlos pliait, certes, il ne rompait jamais. Le visage impassible, le corps souple, il se défendait inlassablement. Sans montrer le moindre signe de contrariété, de peur ou d'impuissance.

☼☼☼

Patakon était confortablement installé dans les gradins avec Lupercio. Il ne leur avait pas été trop difficile de convaincre amicalement les occupants légitimes d'aller se choisir un autre point de vue. Le vieux voleur suivait le duel avec passion. Un combat de titans dans lequel le "gamin" se débrouillait fort bien. Décidément, mieux valait l'avoir à ses côtés, ce Mendoza. Manuel se demanda un instant ce qu'il donnerait comme gendre.
Latrás avait engagé des paris avec un groupe qui profitait du spectacle pour se partager, avec plus ou moins de discrétion, un cruchon d'alcool de leur fabrication. Lupercio avait attendu que le député prenne le dessus pour miser sur le mercenaire. L'ancien capitaine du Tercio avait vu l'ami de Madariaga à l'œuvre contre les valientes Nyerros et estimait qu'il ne pouvait perdre ce duel.
Le son clair du métal qui s'entrechoquait ponctuait l'affrontement tandis que les deux bretteurs recréaient la sempiternelle symphonie du combattant avec ce qu'elle pouvait avoir de plus passionné. Captivée, hypnotisée, l'assistance retenait son souffle à chaque attaque.
Diagonales hautes et basses, tentatives d'estocs, assauts retournés, feintes, parades, revers, contres. Un enchaînement complexe, brillant de maîtrise. Danse hypnotique et meurtrière, renforcée d'une soif irrépressible de vaincre, de tuer. Arabesque en fusion, traits d'acier argentés, étoiles filantes au touché assassin, les longues lames se paraient de vif-argent lorsqu'elles accrochaient la lumière vive engendrée par les rosaces de la salle.
Portés par la transe guerrière, les deux hommes s'acharnaient l'un contre l'autre. Déterminés à se découper, à se pourfendre, ils luttaient sans aucun répit. Un soldat de moindre force aurait depuis longtemps succombé à la fatigue. Eux parvenaient encore à s'agiter sans faiblir.
Un cri d'encouragement crevait par instant le silence qui régnait parmi l'assemblée. Le nom des deux opposants était parfois scandé avec espoir. Celui du député, presque exclusivement. Il était plus connu, plus charismatique, et sa renommée d'épéiste déjà réputée.
La mort planait au-dessus des débats, avide, préparant ses rets impitoyables. Une tension incroyable s'installa, et seuls les éminents membres du Conseil parvenaient à conserver une impassibilité de façade.
Le visage de Mendoza ne montrait rien sinon une inhumaine dureté. Cependant, ses yeux noirs flamboyaient, rayonnaient telle une force magmatique proche d'exploser. Dix années à attendre ce moment précis. Ce tête-à-tête meurtrier, cette intimité sauvage. Maintes fois, il s'était préparé pour cet instant où il croiserait le fer avec Pedro. De longues heures répétées inlassablement à l'entraînement, étirées, avec l'image fantomatique du député devant lui pour le stimuler, le motiver à parfaire ses capacités, à se surpasser. Ce qu'il avait fait jusqu'à devenir Yeoman. Et une fois ce rang atteint, le réfugié s'était encore longuement entraîné pour affiner son talent. Avec toujours le même cauchemar pour l'aiguillonner...

Enchaîné, Moustique reprit connaissance dans une cellule humide. La puanteur du lieu le heurta de plein fouet. Il ne put réprimer une moue de dégoût. Son corps lui faisait mal à en hurler. Tandis qu'il était assis par terre, sur un matelas de paille moisie, il entendit les gouttes d'eau qui filtraient des murs et les rats courir autour de lui. Il sentit l'un d'eux lui frôler la cheville. Il frissonna.

90.PNG

Puis, la porte du cachot s'ouvrit et ils entrèrent dans la pièce obscure et malodorante. Les Compagnons. Sur les ordres de Pedro, les autres se mirent à le corriger... à nouveau. Hormis Diego en retrait, qui assistait au supplice, tétanisé.
La correction terminée, Pedro congédia les autres et se pencha sur Juan-Carlos. Il le crocha par la chevelure pour lui relever la tête et lui annoncer:

PFC: Laisse-moi t'apprendre certaines choses, mon petit Moustique... Ce soir, pendant que l'on te transportait ici, j'ai assassiné l'inquisiteur Esteve de Garrett. Avec ta propre épée. De plus, des lettres compromettantes seront sous peu retrouvées parmi tes affaires. Ainsi, il ne fait nul doute que tu seras déclaré coupable. Mais comme il est hors de question que l'on puisse entendre ta défense, j'ai été chargé de m'assurer de ton silence, ce que je vais faire avec un grand plaisir!
Le jeune varlet eut juste la force de demander:

:Mendoza: : Pourquoi?... Pourquoi, Pedro, me hais-tu à ce point?
Celui-ci colla son visage contre le sien. Il postillonna:

PFC: Pourquoi? Tu oses demander pourquoi? Toi qui avais l'outrecuidance de te croire mon ami? Mais comment un pauvre petit rustaud dans ton genre, à peine décrotté de sa minable province, en serait-il digne? Tu n'étais en réalité que mon bouffon, et je ne te côtoyais que pour mieux me moquer de toi avec les autres Compagnons! Et puis, tu t'es mis en tête de devenir chevalier, le vassal du seigneur Garrett. De me déposséder de cet honneur qui me revient de droit. J'avoue que je ne t'en pensais pas capable, mais tu as réussi à me surclasser dans toutes les disciplines, sauf à l'épée. Je n'ai jamais laissé personne entraver mes projets et ce n'est pas toi qui vas commencer. Toi, tu n'es plus rien!
Pedro termina sa diatribe en lui crachant au visage. Enfin, la face altérée d'un sourire sardonique, il dégaina sa dague et sans merci, enfonça sa lame dans le ventre du jeune varlet.
Avant de quitter la geôle, il s'esclaffa:

PFC: Adieu, pauvre naïf!
Mendoza fut laissé misérable et agonisant, le sang formant peu à peu une mare qui poissait ses vêtements. De toute son âme, il pria Dieu d'accorder son aide à l'un de ses enfants les plus méritants. En dépit de sa sincérité, rien ne vint pour le sauver. Privé de tout espoir, de toute énergie, le jeune homme sombra dans la léthargie qui précédait la fin, jusqu'à ce qu'une étrange lumière naisse dans la cellule, et apparaisse la silhouette de son oncle, le cardinal-prêtre Íñigo López de Mendoza y Zúñiga.


Oh oui, par la malepeste, Mendoza était fin prêt pour ce combat!
Soutenant ses efforts, l'adrénaline chantait pour lui. Une musique si forte et si douce à la fois. Si chargée de sens. Le mercenaire se sentait tour à tour brûlant, glacé mais ô combien vivant! Oui, vivant, alors que jusqu'alors il n'avait fait que survivre. Sans rêve d'avenir, sans but particulier même avec ce médaillon du soleil. La haine était mauvaise conseillère, prédisait le dicton. Chez lui, au contraire, elle se révélait un puits incandescent dans lequel Juan puisait l'énergie dont il avait besoin. Il tiendrait, jusqu'au bout. Par contre, Pedro allait faiblir, il le sentait.

Du haut de la tribune, l'Autre se rendait compte de ce retournement de situation. Et pour lui peu importait la défaite de son compère. Pedro Folc de Cardona avait fait son temps. Il ne lui servait plus à grand-chose depuis déjà quelques années. Et en toute objectivité, l'Autre n'aurait rien pu faire pour empêcher ce duel, sans risquer d'éveiller la méfiance de ses pairs. Que Pedro se débrouille! L'acolyte du député n'interviendrait en aucune façon. Il aurait plus à perdre qu'à gagner en agissant ainsi. L'ecclésiastique ne pourrait le trahir sans avouer, se compromettre, et il n'avait aucune preuve pour l'impliquer. Si besoin était, l'Autre se faisait fort de démonter ses accusations qu'il tournerait aisément en ridicule. Aucune preuve. En fait, ce combat allait lui permettre d'en finir avec un complice de plus en plus encombrant. Par contre, l'homme de l'ombre allait devoir décider du sort à venir de Mendoza, l'aspirant revenu de très loin. Il avait eu du mal à cacher sa surprise, tout à l'heure, lorsque Juan-Carlos s'était démasqué. Il ne comprenait pas. Il avait parfaitement orchestré sa mort. Du moins, c'est ce qu'il avait cru, cette fameuse nuit, selon les affirmations de ce pitoyable Pedro.
Non, l'Autre se sentait serein. D'autant que Mendoza, lors de son discours, n'avait nullement parlé de lui. C'est donc qu'il ignorait son existence, et la part qu'il avait jouée dans le complot d'antan.


☼☼☼

Ledit Pedro Folc de Cardona n'était plus confiant, plus du tout. Jamais le député n'avait eu à combattre aussi intensément, aussi longuement, lors d'un duel. Aucun de ses adversaires, si talentueux soient-ils, ne l'avaient forcé à puiser autant dans ses réserves d'endurance. Il regretta ses récents écarts. Vins, femmes et drogues réclamaient leur dû au plus mauvais moment. Le sourire charmeur qu'il affichait depuis le début des hostilités céda la place à un net dépit, puis, pour les plus attentifs, à une certaine détresse. Sournoise, l'ombre de la peur le saisit. À force de voir contrarier ses attaques, ses efforts se révéler inefficaces, une grosse veine se mit à palpiter en travers du front de l'héritier des Cardona. S'y ajouta un tressaillement de paupière, puis un rictus haineux qui dépara sa mâle beauté.
Comme le Yeoman l'avait escompté, le combat changeait de physionomie. L'austérité d'une existence âpre, gouvernée par le danger, l'avait doté d'une endurance qui commençait à porter ses fruits. L'Espagnol trouvait son second souffle et conservait toute sa vitesse d'exécution, alors que Pedro, ruisselant de sueur malodorante, perdait de sa fluidité.
Bien cruelle pouvait s'avérer l'âme du peuple et bien illusoire le statut qu'elle pouvait accorder à ses élus. À mesure que le duel prenait un autre visage, voyant le challenger prendre le dessus, la foule changea de favori. Le nom de Pedro fut hué par ceux-là même qui l'avaient acclamé quelques instants plus tôt. Le capitaine en aurait goûté l'ironie s'il en avait eu le loisir. Mais il restait tout entier concentré sur les mouvements de son adversaire.
Son corps en phase avec son esprit, Juan ne pouvait être plus dangereux. Combattre était pour lui plus qu'une nécessité, ou même un talent. C'était comme respirer.
Et ce n'était pas n'importe quel combat. Vraiment pas. Une partie de la conscience du Catalan, détachée, revoyait sa vie passée et présente. Son passé flétri, foulé au pied par Pedro, Catalina et les Compagnons.
Toute la rancune, toute l'amertume, toute la haine accumulées trouvaient libre cours aujourd'hui dans ce duel. Mais le bretteur avait trop d'expérience pour se laisser emporter par ses sentiments passionnés. Cette haine glacée, forgée, canalisée par le tamis de la transe guerrière qui le soutenait, il prenait appui dessus. Il la jugulait pour y puiser une détermination supplémentaire et affiner la précision de ses gestes. La vengeance, quel puissant levier!
Apparut alors sur son visage rude le grand sourire avide de combat. Celui qui transfigurait sa face d'une joie purement guerrière. Le regard de ses prunelles noires fendait l'air devant lui pour se caler dans celle de l'ecclésiastique. Il avait tant voulu ce duel!
L'épée de justice, entre ses mains, paraissait vivante. Surexcité, il laissait ses membres décider des gestes à effectuer pour se concentrer sur les traits de Pedro.
Sous le malaise grandissant de ceux-ci.
Le député haletait comme un poisson chassé hors de l'eau. Son style parfait s'en ressentit. Jamais il n'aurait pensé avoir à combattre aussi longtemps et avec une telle débauche d'énergie. Juan-Carlos Mendoza se battait comme un démon. Il avait bien changé, l'honorable Moustique, et perdu sa douceur d'antan. Il était bon, trop bon. Cardona se mit à respirer les affres de la défaite. Il rassembla son énergie pour tenter d'en finir. Il effectua un large arc de cercle avec sa lame pour faire reculer son opposant, réalisa une boucle en l'air pour changer l'orientation de son arme et s'élança d'un bond en avant.
Le mercenaire accueillit sa tentative de son sourire si froid, si dur, et d'un barrage d'acier. Ses yeux étincelaient d'une joie sauvage. Elle était là, la vengeance, à pointer son mufle sanguinaire.
Tout en contrant les tentatives de son ancien camarade, Juan s'exclama:
:Mendoza: : Alors, Pedro, qu'en dis-tu? La lumière de Dieu ne semble plus t'accorder ses faveurs!
PFC: Je crache sur la lumière et toi, Moustique, je vais te découper... tu vas mourir une bonne fois pour toutes!
Mendoza lui répondit de son généreux rictus de tueur.
Rassemblant toutes les forces qui lui restaient, Pedro hurla de rage et s'élança dans un ultime assaut, lame haute. Le mercenaire attendit le dernier moment pour réagir. Et pour ce faire, il choisit le "Salut Gaélique". Quelle meilleure occasion que celle-ci?

Le Salut... Une botte secrète apprise d'un ennemi, lors de la bataille de Linlithgow Bridge, en septembre 1526. Margaret Tudor, la sœur aînée du roi, l'avait persuadé, ainsi que le comte de Lennox et le cardinal Beaton de soutenir sa cause. Les trois soldats devaient libérer son fils Jacques V des griffes de son beau-père, le comte d'Angus, Archibald Douglas.
Les hasards du combat avaient éloigné Juan-Carlos de son groupe et confronté à un maître épéiste. Un homme sans armure, tout de tartan vêtu. Un homme maigre, émacié même, dont les bras semblaient démesurés tellement ils étaient longs. L'Écossais le salua élégamment avant de se mettre en garde. Le duel s'engagea, sans qu'il fût besoin de mots. Le Gaélique se battait le visage exempt de toute émotion. Sa longue épée fendait l'air avec une maîtrise et une vitesse effrayantes.
Dès le début de l'affrontement, Mendoza avait compris qu'il n'avait aucune chance. Son rival était trop rapide et bien supérieur en talent. D'ailleurs, au bout d'à peine cinq minutes, l'épée ennemie lia la sienne. Une force supérieure imprima un mouvement de torsion et l'arme de Mendoza lui fut arrachée des mains. Elle s'envola avant de retomber dans un fossé, hors d'atteinte. Déjà, la lame adverse enchaînait une surprenante volte pour revenir vers lui, dans un coup de taille oblique. D'un sursaut désespéré, le jeune guerrier se rejeta sur le côté pour éviter cette mortelle riposte. Il réussit... de très peu. La pointe effleura son thorax et il constata que sa cotte de maille en acier avait été sectionnée sur toute sa hauteur. Tranchée aussi facilement qu'une feuille. Il s'en défit et la jeta au sol.
L'Écossais salua une nouvelle fois. Faisant preuve d'un sens de l'honneur surprenant, il alla lui-même récupérer l'arme de Mendoza, dans le but de la lui rendre afin de lui offrir une seconde chance. "Braveheart" sauta donc dans le fossé et se baissa pour la ramasser. En quelques bonds, il fit demi-tour. À peine avait-il remonté à la hauteur de l'Espagnol qu'un sifflement aigu l'accueillait. Un objet sombre, mortellement effilé, traversa l'espace en produisant un gémissement affamé. Suivit d'un bruit spongieux, écœurant. Celui d'une lame qui se plante dans la chair.
À cette époque, Juan n'était pas encore un Yeoman. Toutefois, il avait déjà sa dague. Faisant fi de l'honneur, il l'avait dégainée tandis que le Gaélique lui tournait le dos et l'avait lancée au moment précis où son adversaire serait le plus surpris. Son geste ne lui causa aucun remords. Sa survie en dépendait. Et cette survie, Le Catalan en faisait bien plus grand cas que l'honneur.
Incrédule, "Braveheart" toucha le pommeau de l'arme en train de faire couler son sang. Il jeta un regard réprobateur à son opposant, jugeant sa manœuvre bien peu respectable. Il esquissa néanmoins un salut à son encontre, contempla pendant quelques secondes les reflets du ciel enflammé par la guerre, s'affaissa sur lui-même et mourut.
Juan n'avait pas oublié cette surprenante botte secrète qu'il avait nommée le "Salut Gaélique" et qu'il avait répété inlassablement jusqu'à la maîtriser parfaitement.


☼☼☼

La tentative de Mendoza fut couronnée de succès. Son épée se dressa pour intercepter celle de Pedro qu'elle lia et rejeta avant de l'envoyer résonner sur le sol. Hors du cercle. Il poursuivit son assaut pour délivrer sa première attaque depuis le début de l'affrontement. La première et la seule. Sa lame remonta vers le plafond caité pour capter un dernier éclat de lumière et plongea d'un mouvement fluide vers sa cible. Deux options s'offraient au bretteur. Il pouvait passer sa bâtarde au-dessus des bras encore tendu de son adversaire et frapper au visage. Ou bien passer par en dessous et ainsi atteindre le ventre.
Il opta pour la deuxième alternative. Le résultat serait bien plus douloureux et Pedro, qui autrefois avait fait le même choix, mettrait plus de temps à expirer.
Le mercenaire orienta donc le mouvement continu de son arme d'un léger coup de poignet vers le bas. La lame obliqua et mordit l'abdomen du député sur toute sa longueur. Éventré debout, ce dernier eut un sursaut de surprise. Il avait soudain si froid à l'estomac!
Il délaissa Moustique pour se tourner vers l'estrade. Il étendit une main suppliante vers les membres du conseil. De l'autre, il tenta vainement de refermer sa blessure.
La main pointée devant lui, Pedro grimaça:
PFC: Vous m'aviez promis...
L'ecclésiastique essaya de poursuivre mais ses paroles s'étranglèrent entre ses lèvres, submergées par un flot de sang.
Enfin, il s'effondra lourdement sur le sol. Son agonie prit plusieurs minutes. Elle fut infiniment douloureuse, comme put en attester son visage ravagé par des spasmes. Le Yeoman en savoura chaque seconde.
Non, il n'avait décidément pas frappé au hasard.

☼☼☼

Un mutisme général accueillit la fin du duel et le trépas de Pedro. Le neveu de Cardona et le public n'osaient s'exprimer. Un "bravo fiston, t'es le meilleur!" s'éleva pourtant de l'assistance, avant que Don Luis ne réagisse.
Il se leva de son siège et ordonna aussitôt la clôture de la séance, et l'évacuation immédiate de la salle. Ce qui allait se décider à présent devait l'être à huis clos.
Le vice-roi Fadrique adoucit cette annonce en promettant aux spectateurs une déclaration officielle pour le lendemain. Ceux-ci manifestèrent bien une ébauche de dépit mais le président de la Généralité éleva la voix, menaçant de faire intervenir la garde pour calmer les mécontents. La menace s'avéra suffisamment dissuasive et, tandis que le salon se vidait, le corps du député fut emporté, le sol lavé et l'air parfumé.
Patakon et Lupercio quittèrent les lieux comme les autres. Ils partirent rejoindre Diego et Javier à la Mouette Rieuse. Leur soirée fut consacrée au récit du duel, au partage du bénéfice réalisé par le pari de Latrás, à boire en l'honneur de Miguel Barber, de Mendoza, à fumer et à chanter.

À suivre...
Dernière modification par TEEGER59 le 22 oct. 2020, 13:44, modifié 1 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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yupanqui
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Re: Fanfic: Le monde est dans sa jeunesse.

Message par yupanqui »

La vengeance est un plat qui se mange froid...
Réparation a été faite.
Il reste encore le cas du mystérieux Autre à régler...
J’espère que ce ne sera pas dans une nouvelle fanfiction, que je ne pourrai pas lire.
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:
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