Chroniques Catalanes II. La reconquista.

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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IsaGuerra
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par IsaGuerra »

Parfait petit moment tranquille ;)
J'aime tellement Pablo qui reprend les mêmes petites attitudes de son papa ^^
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TEEGER59
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 »

La suite un peu plus tard dans la soirée ou alors demain.
Tout dépend du montage que je suis en train d'effectuer.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par IsaGuerra »

Prends tout ton temps ^^
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par yupanqui »

Bon ben du coup c’est pour demain... donc pour aujourd’hui ! :x-):
On attend avec impatience. :tongue:
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par Akaroizis »

Espèce de yupanqui, va! Laissez-la finir ses montages, Nomdidiou !
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

Saison 1 : 18.5/20
Saison 2 : 09/20
Saison 3 : 13.5/20


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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par Aurélien »

Oui prend surtout ton temps ! Avec la grève de demain tu pourras te défouler sur le montage !
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 »

Suite.

Sur les buttes reverdies, Paloma cueillait des primevères et des violettes parmi les pâquerettes et les petites pervenches.

36.PNG

Elle les plaçait dans un petit panier pour s'en confectionner des couronnes et des guirlandes qu'elle entremêlerait à ses cheveux plus tard. Elle s'était dépêchée de dîner et s'était sauvée pendant que certains se disposaient à aller faire la sieste avant d'aller commémorer la Passion et la crucifixion du Christ. Après la récolte, la petite fille décida de regagner sa cachette du petit bois.
Tracé à mi-pente, le chemin que l'enfant suivait pour revenir chez elle doublait la route de Barcelone à Montserrat. Il passait au sommet de la colline devant les bâtiments d'un couvent de moines Bénédictins où Ignace de Loyola avait effectué un pèlerinage. Les tours, les nombreux clochers et les murailles, de par leur masse imposante, l'impressionnaient.
De l'endroit où elle se trouvait, elle voyait, à travers les branches d'arbres, les hauts murs silencieux à sa droite et, à sa gauche, au creux du vallon boisé, dans la gaieté verte et chaude de ce début de printemps, le village de Sant Joan Despí de l'autre côté du fleuve. Entre les deux, des vignes, des prés, des champs cultivés, des demeures accueillantes comme celle de ses parents.
Paloma: J'aime bien ce pays. (Pensée).
Les arbres bordant le chemin suivi par Paloma s'interrompaient brusquement. Hors de leur protection, le flamboiement du ciel écrasait la poussière de la chaussée, les pierres qui la bordaient et l'herbe des talus. Les cigales folles, sensibles aux températures estivales, étaient sorties de terre avec un bon mois d'avance et craquetaient jusqu'à l'étourdissement.
Pas un souffle de vent.
Droit au-dessus des têtes, le soleil, à son zénith, supprimait les ombres, les buvait. L'air brûlant et immobile semblait agiter l'horizon d'un invisible rideau d'ondes vibrantes, lumineuses, argentées. Les oiseaux, suffoqués, se taisaient.
Paloma: J'aurais dû prendre mon voile pour me protéger. Je vais me faire gronder!
Comme pour répondre à son souhait implicite, elle aperçut alors un colporteur, caisse sur le dos, tablette suspendue au cou, qui, en dépit de la chaleur, venait à sa rencontre. Paloma connaissait la mauvaise réputation de ces petits marchands ambulants qu'on rencontrait un peu partout. Ses parents lui avaient toujours conseillé de se méfier d'eux.
:?: : Dieu vous garde, pequeña chica!
Paloma: Qu'il vous protège aussi!
:?: : Tenez, arrêtez-vous donc un instant pour voir ce que j'ai de beau à vous fournir.
Paloma: Je ne peux pas rester tête nue au soleil. Maman me le défend.
L'homme partit d'un rire complice.
:?: : Vous ne lui obéissez guère, à ce que je vois!
Paloma: J'ai oublié de mettre un voile.
:?: : Qu'à cela ne tienne! J'en ai de très jolis à vendre.
Paloma: Je m'en doute, mais je n'ai pas de quoi vous payer.
:?: : Pas la moindre petite pièce?
Paloma: Une ou deux, peut-être, dans mon aumônière.
:?: : Je m'en contenterai.
Il fit glisser par-dessus son épaule la boîte retenue sur son dos par deux courroies de cuir, la posait sur le talus, l'ouvrait. De menus trésors s'y entassaient.
:?: : Les voici. Ne sont-ils pas beaux?
Paloma abandonna sa corbeille de fleurs sur le sol.
Paloma: Si. Je prendrais bien celui-là.
:?: : Le brun?
Paloma: J'aime bien cette couleur.
:?: : À cause de vos yeux?
L'homme les pointait du doigt en se penchant vers elle. Il avait un sourire effroyable, un rictus de crocodile ayant quelque idée.

37..PNG

Paloma, d'instinct, se méfia. Elle remarqua, malgré ses longs cheveux, qu'il portait une boucle d'oreille en argent à l'oreille gauche, rien à l'autre.
Paloma: Voilà mes deux pièces. Je n'en ai pas davantage.
En s'emparant de la monnaie, le colporteur saisit la main enfantine, la retint dans la sienne.
:?: : Quel âge as-tu?
Paloma: Que vous importe?
Elle avait répondu d'une voix si farouche qu'il la dévisagea avec curiosité.
:?: : Tu es mignonne, tu sais...
Paloma: Laissez-moi partir!
:?: : Tu as peur?
Paloma: Je n'ai peur de personne.
Le trot d'un cheval retentit au loin sur le chemin. L'homme lâcha les doigts minces qu'il tenait serrés, referma sa boîte, la remit en place d'un mouvement d'épaule.
:?: : À te revoir!
Il la dévisageait d'un air si goguenard que l'enfant, recula avec précipitation vers son panier, posa le voile sur sa tête où résonnaient les marteaux du soleil, et se prit à courir, sans se retourner, vers le logis de ses parents.
Les poings aux hanches, le colporteur la regardait, gibier qui a flairé le chasseur, se sauver loin de lui.
Dès qu'elle se fut réfugiée à l'ombre de la haie bordant la pâture, Paloma s'arrêta. La sueur coulait le long de son dos, sur son front, piquait ses yeux. Un goût de sang dans la bouche, la poitrine devenue soudain trop étroite, elle suffoquait.
Sans trop savoir pourquoi, elle se mit à pleurer et le sel de ses larmes se mélangea sur ses joues qu'il cuisait à la morsure de la sueur.
Le temps qu'elle reprenne son souffle et le trot qu'elle avait entendu un moment auparavant se rapprocha. Levant la tête avec appréhension, elle aperçut Estéban qui venait dans sa direction. Monté à cru sur un des chevaux de l'écurie, il conduisait une charrette remplie de merrains.
Paloma: Seigneur, soyez béni de m'avoir sauvée du colporteur et de ses manigances, et soyez remercié de faire passer Estéban justement par ici... (Pensée).
Le fils du soleil salua la petite fille en souriant et continua son chemin.
Sous sa tignasse brune, les yeux et les dents du jeune homme ressortaient avec éclat dans sa peau couleur de pain bien cuit. Paloma trouva qu'il était beau et fort, comme son papa. Il avait un nez court, une forte mâchoire qui le faisaient ressembler à un bon chien de garde. Il était son gardien! Un sentiment dont elle ne savait pas quoi penser la soulevait à présent. Mêlée à la peur qui venait de la secouer, cette nouvelle émotion lui mit derechef les larmes aux yeux. Elle se redressa. Moitié pleurant, moitié rêvant, elle se dirigea vers la petite porte qui ouvrait, de ce côté-là, sur le bois où se trouvait sa cachette.
Comme elle en poussait le battant, elle vit sa mère, assise à l'ombre, sur un banc de pierre, en compagnie de son père.
:Laguerra: : Eh bien, ma petite fille, te voilà donc! Je me demandais ce que tu étais devenue!
L'enfant s'approcha.
:Laguerra: : Mais, tu pleures!
Isabella attira Paloma contre elle, prenait entre ses mains le mince visage embué.
:Laguerra: : Qu'y a-t-il, ma douce?
De nouvelles larmes débordèrent, mais la bouche tremblante ne laissa passer aucun son. Enlaçant le corps dont la frêle ossature, visible sous la peau, lui paraissait émouvante à force de fragilité, la jeune mère berça sans s'y attarder une peine qu'elle ne prenait pas au sérieux.
Écartant d'une main les frisons bruns que la sueur collait sur les tempes de sa fille, l'aventurière dégagea le haut front bombé, tout moite, et y posa ses lèvres. Elle chuchota:
:Laguerra: : Ma petite colombe...
La magie de cette incantation familière consola Paloma, qui se reprit à sourire.
Interrompu durant ce moment d'intimité, Mendoza, d'abord irrité, considérait à présent avec émoi le groupe que sa femme et sa fille formaient aux bras l'une de l'autre. Il ne put s'empêcher de dire:
:Mendoza: : Quelle adorable mère tu fais!
:Laguerra: : Tu sais que nos enfants sont ma vie.
Pour adoucir une affirmation qui pouvait paraître exclure Juan de ses préoccupations essentielles, elle s'était aussitôt retournée vers lui avec un sourire dont l'enfant intercepta le message. Afin de rétablir un équilibre délicat, elle embrassa de nouveau sa fille et lui fit:
:Laguerra: : Dis-moi à présent pourquoi tu pleurais, mon petit ange.
La question vint un instant trop tard. Paloma eut un mouvement de repli, glissa hors des bras qui la tenaient encore.
Paloma: Pour rien. Pour rien du tout. J'ai déjà oublié.
Preste comme une musaraigne qui se faufile entre les racines des arbres, elle pirouetta et s'éloigna en courant.
:Mendoza: : Les chagrins d'enfants sont presque toujours insignifiants.
:Laguerra: : N'en crois rien, mon chéri, ne crois pas cela! Les peines de ses petits cœurs sont à leur mesure et tout aussi cruelles que les nôtres. Les adultes ont beau jeu de soutenir le contraire quand ils ne veulent pas en être importunés!
Le capitaine saisit au vol la main levée dans un geste de protestation et la porta à ses lèvres.
:Mendoza: : Tu as raison. Excuse-moi. Mais nous avons si peu de temps rien que pour nous.
Elle dégagea ses doigts de la grande main chaude qui les tenait et glissa vers son homme. Proche à sentir son poids, sa chaleur, elle renversa la nuque en arrière, sur le dossier. Il la retint contre lui, d'un bras passé sur ses épaules. Sa main largement ouverte s'enfonça dans les mèches brunes, appuya la tête d'Isabella sous son menton.
Elle écarta la tunique qui la gênait, sentit sa peau, se lova. Il la tenait contre lui et, du pouce, lui caressa l'oreille. Elle lui sourit en retour.
:Mendoza: : Ne me regarde pas de cet œil-là, mon amour. Tu vas me rendre fou!
:Laguerra: : Garde-t'en bien, Juan! Nous sommes encore en Carême.
Elle se leva, défroissa les plis de son pantalon et écarta de sa joue échauffée la mèche de cheveux rebelle, puis la remit en place.
:Laguerra: : Rejoignons Carmina et Luis. Leur sieste terminée, ils doivent s'être attelés à une partie d'échecs. J'en profiterai pour te soumettre des esquisses que je viens d'exécuter afin d'illustrer un récit que j'aime beaucoup: Flamenca. L'as-tu lu?
:Mendoza: : Pas encore.
Mendoza se leva à son tour et s'approcha de sa femme. Il la saisit brusquement par la taille, l'attira contre sa poitrine et pressa ses lèvres contre les siennes.
De sa voix la plus grave, en lui parlant à l'oreille, il fit:
:Mendoza: : Sache que c'est bien à regret que j'accepte de te laisser jouer jusqu'à Pâques ce rôle d'épouse très sage auquel tu tiens tellement. Mais ensuite... ensuite, mon amour, lundi soir, tu seras tout à moi!
Entre ses bras, il ne pensait plus qu'à la félicité qu'il lui serait donné de boire à flots abondants. Isabella, elle, retrouvait l'odeur nocturne de son corps tout en muscles, le goût délicieux de sa bouche. Un acquiescement heureux l'envahit.
Dans l'orangerie, le couple découvrit les six garçons et filles en train de piller un arbuste fruitier. Leur repas champêtre terminé, ils avaient sans doute souhaité le compléter en s'amusant. Grimpé sur un escabeau, Pablo jetait des oranges aux autres, qui, le nez en l'air, entouraient le tronc à l'écorce grise et à peine rêche.

38.PNG

:Mendoza: : Ne casse pas trop de petites branches, Pablo, je t'en prie. La cueillette de l'an prochain en serait appauvrie d'autant.
Araceli s'approchait. Ses bras, joints comme pour bercer un enfant, portaient une dizaine d'agrumes.
Ara: Vous en voulez une?
Ses cheveux moussaient autour d'un visage qui n'était qu'offrande ensorceleuse et coquetterie. Après s'être éloignée avec son époux, Isabella remarqua:
:Laguerra: : Cette petite diablesse possède un charme dont elle use et abuse auprès des garçons de notre entourage avant de jouer à la jeune fille prude. C'est une véritable Mélusine!
:Mendoza: : C'est vrai qu'elle ressemble à un elfe.
:Laguerra: : Si on voulait croire aux récits légendaires, on pourrait en effet imaginer qu'une fée s'est arrangée pour la placer à leur portée afin de les forcer à s'y intéresser. Était-ce une bonne ou une mauvaise fée? Tout est là.
:Mendoza: : Tu ne semble pas l'aimer beaucoup.
:Laguerra: : Elle a beau être la meilleure amie d'Elena, je ne la connais pas suffisamment. Les rares moments que j'ai passé auprès d'elle n'ont jamais été assez longs pour me permettre de la juger sur autre chose que des apparences.
Dans le jardin, le parfum des magnolias s'exhalait au soleil comme un encens enivrant. Mêlées aux fèves, choux et passeroses, leurs hautes branches à la chair de neige maculée de rose dominaient incontestablement le décor.
:Laguerra: : J'en avais mis une brassée dans la chambre des enfants, mais j'ai dû les retirer. Leur senteur trop forte aux accents vanillés et citronnés les incommodait.
:Mendoza: : Toujours les enfants. Je vais finir par être jaloux d'eux!
À son air amusé se mêlait une nuance d'impatience qui lui allait bien. Juan exerçait sur sa moitié un puissant attrait, fait d'équilibre, de bonne humeur revenue et d'esprit.
Joaquim: Maman! Maman, tu viens de faire envoler le geai que je voulais tuer.
L'air dépité, le petit garçon surgissait du bûcher où l'on remisait le bois pour l'hiver. Il tenait encore à la main l'arc où une flèche inemployée demeurait engagée.
:Laguerra: : Tu m'en vois navrée, mon petit prince!
Isabella attira dans ses bras l'enfant, d'abord boudeur, mais qui cessa très vite de se faire prier, pour se jeter contre elle avec une sorte d'emportement, familier à sa nature spontanée. Il ressemblait à un chevreau joueur et affamé.
:Laguerra: : Tu es un fils de marin, non? Ne perds pas courage et fait honneur à ton père!
:Mendoza: : Et puis il y a certainement d'autres oiseaux que tu pourras abattre, Joaquim.
Joaquim: J'y renonce! Je préfère à présent aller voir Guillem.
Il embrassa ses parents et se sauva avec sa vivacité coutumière.
:Mendoza: : Guillem? Qui est cet homme?
:Laguerra: : Le nouveau bourrelier du village. Très habile. Il fascine Joaquim, qui passe des heures à le regarder travailler. Je n'ai jamais très bien compris les raisons de cet engouement. Ils sont si différents! Notre petit bonhomme, nerveux, agité, moqueur et ce vieux garçon paisible, rempli d'humilité, parlant peu, timide au-delà de ce qui est concevable. On raconte qu'il a été fiancé et que sa promise s'en est allée avec un autre parce qu'il n'avait pas osé l'embrasser!
:Mendoza: : C'est un doux... Heureux les doux...
:Laguerra: : Veux-tu bien te taire!
Ils riaient de bonheur, avec une sorte d'innocence recouvrée.
:Laguerra: : Pour être tout à fait sincère, je dois avouer que je suis un peu jalouse de ce bourrelier qui occupe une telle place dans les préoccupations de mon Joaquim.
:Mendoza: : Que tu es possessive, mon amour! J'espère que tu le resteras autant à mon égard qu'à celui de nos enfants.


À suivre...
Dernière modification par TEEGER59 le 04 déc. 2019, 23:37, modifié 1 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par Aurélien »

J'ai vraiment adoré l'histoire mais j'ai un vrai coup de coeur pour la dernière image ! Mendoza et Isabella tout deux le regard attentif pointant vers l'arbre ou est accroché Pablo, rend la scène exquis à souhait ! J'adore elle est parfait !
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par IsaGuerra »

:?: : Tu es mignonne, tu sais...
Paloma: Laissez-moi partir!
:?: : Tu as peur?
Paloma: Je n'ai peur de personne.
> Je ne sais pas pourquoi mais de celui là elle devrait en avoir peur
:Mendoza: : Que tu es possessive, mon amour! J'espère que tu le resteras autant à mon égard qu'à celui de nos enfants.
> Ca c'est même sûr ! :x-):

Encore un joli passage en tout cas ^^
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 »

Suite.

La Passion du Christ.

:?: : Saint Crépin et Saint Crépinien sont les patrons de tous ceux qui travaillent le cuir.
Noircis par la poix dont Guillem enduisait son fil, ses doigts s'affairaient à recoudre une pièce sur un collier de poitrail, usé par le frottement. Le bourrelier continua:
Guillem: Ces deux martyrs sont donc miens. C'est pourquoi, à l'heure de none, je me dois d'aller avec vous à la procession pour commémorer l'instant où le Christ est mort sur la Croix, bien que j'ai fort peu de goût pour la cohue.
Autour de lui, flottait une odeur de cuir, de cheval, de colle chaude, de graisse de mouton.
Assis sur un billot de bois, Joaquim regardait, écoutait, demeurait enfin en repos. Longue et étroite, l'échoppe avait des murs tapissés de colliers d'épaule, de dossiers de selle, de rênes, de harnachements complets pour bêtes de trait et de somme. Les planches alignées tout autour supportaient une profusion de clous, de pelotes de fil, de cordes, de peaux de bœufs tannées, teintes, assouplies, roulées, qui s'empilaient, comme des rouleaux de parchemin, en tas que la plus légère secousse pouvait faire crouler. Seul Guillem se retrouvait dans ce fouillis.
Il avait coutume de dire à son jeune auditeur:
Guillem: Le cuir est une matière noble, Joaquim. Il convient de le traiter avec respect.
Tout aussi bien que son vieil ami, le petit garçon aurait été capable de réciter les différentes étapes que les tanneurs avaient fait subir aux dépouilles des animaux avant leur arrivée chez lui.
Cependant, par déférence, il s'en gardait bien et écoutait toujours avec le même intérêt la description minutieuse qui débutait par un préambule inquiétant:
Guillem: Tout cuir mal corroyé est brûlé devant la demeure du coupable! Ainsi en a décidé l'assemblée des maîtres du métier, qui est souveraine.
Un silence auquel se mesurait l'art du conteur. Hochant la tête, celui-ci reprenait:
Guillem: Dans la tannerie comme dans la bourrellerie la patience est de règle. Vous savez, petit, c'est une œuvre longue et minutieuse que le tannage.
Joaquim calait son dos contre le montant de bois qui passait derrière lui. Le frère agité et moqueur qui irritait Paloma si souvent prouvait, chez Guillem, qu'il savait aussi être attentif.
Comme s'il était question de la Génèse, l'artisan fit:
Guillem: Au commencement... Au commencement, on doit saler les peaux et les faire sécher pour leur éviter de se détériorer pendant qu'on les transporte...
L'homme timide, effacé, sans rien de remarquable, qu'était le bourrelier, devenait prolixe, volontiers doctoral, quand il décrivait les cuves énormes où on laissait macérer les peaux, où on les foulait pour les rendre imputrescibles. Il parlait aussi avec minutie de la fabrication des tanins à partir de certaines écorces, ou d'huiles de poisson. Il comparait les mérites de l'huile de pied de bœuf avec ceux de l'huile de pied de mouton pour assouplir le cuir... Il aimait communiquer son expérience d'ancien apprenti, de compagnon, puis de maître.
En matière de conclusion, il finissait par dire:
Guillem: Tout ce qui rapporte aux chevaux est d'importance.
Mais aujourd'hui, il ne désirait pas s'attarder outre mesure et abrégea son exposé. Dans un mouvement de bonne foi fort éloigné de son habituelle loquacité, il admit:
Guillem: D'ailleurs, vous savez déjà tout cela, mon jeune ami.
Il posa près de lui le collier de poitrail réparé.
Guillem: Voilà, j'en ai fini pour aujourd'hui. Je vais aller me laver les mains et passer une tenue propre. Attendez-moi. Je n'en ai pas pour longtemps.
Sur sa cotte de toile, il portait un large tablier de cuir qui enveloppait son corps râblé.
Joaquim: Dépêchez-vous! Je ne voudrais pas manquer l'arrivée du cortège.
L'enfant se leva, marcha jusqu'à la porte de l'échoppe ouverte sur la venelle. Au-dessus de Sant Joan Despí, le ciel changeait. Comme s'ils avaient voulu s'associer à ce jour, le plus triste et le plus sombre de la chrétienté, des nuages bossus et hargneux cavalaient et dégringolaient en bouchant l'horizon.
Y-aurait-il de l'orage en soirée? Joaquim respira l'air de ce début d'après-midi.
Il vit Sancho et Pedro passer en courant devant la maison du bourrelier.

39.PNG

Une marée humaine disparate et compacte se pressait dans la rue principale. Les habitants du vallon et des coteaux; des paysans de leur ferme et des Barcelonais arrivés du matin chez des parents ou des amis; tout ce qui comptait dans le village était rassemblé: les Arts majeurs comme les Juristes, les Apothicaires et les Pelletiers, chacun avec sa bannière particulière, puis les Arts mineurs: bouchers, forgerons, cordonniers, charpentiers, cabaretiers, tanneurs, marchands d'huile, sel et fromages, armuriers et enfin boulangers qui formaient la corporation la moins prisée parce que la plus accessible... Tout ce petit monde se dirigeait maintenant en silence vers l'église, située au bout de la rue.
Surgissant de l'arrière-boutique où il logeait, le bourrelier assura:
Guillem: Me voici devenu présentable. Je ferme les volets et nous partons.
Il avait enfilé un surcot gris clair qui, du point de vue de Joaquim, lui allait moins bien que le tablier de cuir de son état. Sans faire part à Guillem de sa remarque, l'enfant se contenta de dire:
Joaquim: Dépêchons-nous! Dépêchons-nous!
Le vieil homme protesta:
Guillem: Du calme, petit, du calme! Ce n'est vraiment pas pour rien qu'on vous a nommé Joaquim: vous êtes toujours debout*, sur le qui-vive!
Il se prit à rire discrètement de sa plaisanterie, ce qui eut pour effet d'aplatir un peu plus son large nez camus qui semblait avoir été oint des mêmes graisses que ses cuirs, et de découvrir des mâchoires où ne demeuraient que quelques chicots. Cet homme trapu, disgracié de nature, au dos courbé, au crâne parsemé de rares cheveux gris, soigneusement dissimulé, il est vrai, sous un chaperon de feutre, aux sourcils hérissés et aux yeux vairons, n'avait rien d'attirant. Il trouvait pourtant le moyen de susciter la sympathie et l'amitié de beaucoup. La vénération qu'il portait à son métier, la qualité de son travail, la connaissance parfaite qu'il avait de son art et de ses secrets, jointes à une honnêteté sans faille, à une gentillesse, à une urbanité peu courantes et à une réserve sur laquelle on savait pouvoir compter, faisait du bourrelier de Sant Joan Despí un homme qu'on aimait bien.

40.PNG

Il y avait, naturellement, quelques esprits fielleux pour prétendre qu'il était en réalité un fieffé égoïste, plus préoccupé de sa tranquillité que de tout autre chose, que son amabilité était une façon de se mettre à l'abri du jugement d'autrui, et que ce n'était pas tant par timidité qu'il ne s'était pas marié que pour sauvegarder une paix à laquelle il avait allégrement sacrifié sa promise, mais on ne les écoutait guère.
Les volets clos, Joaquim prit Guillem par la main et l'entraîna.
Comme ils parvenaient aux abords de la place envahie par la populace, ils aperçurent la famille et les amis du jeune garçon qui leur faisaient signe. Non sans mal, ils se dirigèrent vers le groupe qui s'était rassemblé sur le parvis.
On salua le gentil artisan.
Manolo et Amparine, les fermiers voisins des Mendoza, sortirent soudain de la presse. Ils se mêlèrent à la famille de Juan, où se trouvait leur fils Josep-peau-de-serpent, parlèrent de la chaleur qui amènerait la sécheresse si elle continuait comme elle avait commencé puis s'éloignèrent.
Les mouvements de la foule faisait surgir des connaissances, bientôt remplacées par d'autres avec lesquelles on reprenait les mêmes phrases.
Si la prière du vendredi saint s’articulait d’abord autour du grand Office de la Passion célébré traditionnellement à quinze heures, on aimait souvent ce jour là, se retrouver dans la maison du Seigneur en deuil pour entrer plus avant dans le mystère du Christ souffrant.
À l'intérieur, il n'y avait aucune ornementation. Après la Messe In Cena Domini de la veille, les autels furent dépouillés de leurs nappes, les tapis furent enroulés, et tout ce qui était beau ou superflu fut retiré ou caché. Suite à l’Office des Ténèbres, la croix et les chandeliers furent enlevés de la table de cultes, qui se retrouva sans nappe et sur laquelle il n'y avait aucun objet. Outre l’autel dépouillé et la crédence avec ses deux tabourets, le sanctuaire n’était meublé que d’un siège en bois nu pour le prêtre et le diacre, et de l’ambon sans parement. En dehors du reposoir, aucun cierge ni lampe de dévotion ne brûlait et il n’y avait pas de fleurs. L’orgue, les instruments de musique et les cloches restèrent silencieux; les bénitiers étaient vides et on se contentait du strict minimum d’éclairage artificiel. Il était manifeste aux privilégiés pénétrant dans l’église, qu’il se passait quelque chose de très grave.
Tout le monde savait que, suite au jugement du Christ, le Portement de Croix aurait lieu à travers les rues du village. Cet acte dévotionnel, qui actualisait symboliquement le parcours de la via dolorosa par le Christ, représentait pour les fidèles, un moment de prière, de réflexion et un chemin de pénitence.
Certains pouvaient déjà déterminer le trajet de sorte que la douzième station, le moment où Jésus mourait sur la Croix, aurait lieu au calvaire près de l’église. La treizième se déroulerait à la porte, et la quatorzième, symbolisant la mise au tombeau, s'achèverait un peu plus loin, devant le pré communal.
Mais pour le moment, on n'en était pas encore là.
L'Office commença sans salutation au peuple: il n’y avait donc aucune possibilité de faire une monition au début. Là où on ne pouvait vraiment pas s’en passer, c’était avant la procession d’entrée que le prêtre devait la faire.
Quand le cortège se présenta, il se rendit à l’autel en silence total, sans cloche à la porte de la sacristie, sans jeu d’orgue et sans aucun chant ni commentaire, dans l’ordre suivant: d’abord les servants, sans croix, ni chandeliers, ni encensoir; puis les membres du clergé en habit de chœur, les moins dignes en premier; enfin, le diacre en dalmatique rouge et le prêtre en chasuble de la même couleur. Tous avancèrent les mains jointes. Les servants et le clergé se rendirent à leur place, où ils se tenaient debout en attendant l’arrivée du prêtre. Les livres saints indiquaient qu’on devait saluer l’autel dépouillé, par l’inclination profonde.
Lorsqu’ils cheminèrent devant l’autel, seuls le prêtre et le diacre, à sa droite, firent la prosternation, en s’allongeant face contre terre. Tous les autres membres du clergé, ainsi que les servants et les fidèles, se contentèrent de se mettre à genoux. Après un temps de prière, le prêtre se releva, et toute l’assistance avec lui. Il se rendit au siège avec le diacre. Immédiatement, sans salutation, sans ajouter Oremus ni quoi que ce soit, l'homme d'église étendit les mains et chanta l’une ou l’autre des deux collectes marquées au missel. Puis tout le monde s'assit pour écouter les lectures, tandis qu’un servant ôta les coussins.
L'oraison continua avec la liturgie de la parole (la Prière universelle), l’adoration de la Croix, et la Sainte Communion, que séparaient, inévitablement, deux temps de silence.
À l'extérieur de l'église, parmi les badauds qui n'avaient pu entrer faute de place, les conversations allaient bon train. Mais dès la sortie du premier "paso", celui du mont des oliviers, tout le monde se tut.
Ici, on n'était pas du genre à se mettre à chanter. Le respect primait car on avait là l'histoire d'une mère dont on avait tué le fils! Aucune personne présente ne pensait qu'il y avait là de quoi se réjouir.
Une sorte d'énorme soupir s'échappa de toutes les poitrines quand apparut un homme couvert d'un linge blanc autour duquel les lances des soldats Romains, commandés par le centurion Longinus, formaient comme une grille. Le personnage interprétant le Messie portait une énorme croix. Elle était lourde et sa couronne d'épines authentique. On s'agenouillait sur le passage de la procession qui s'était mise en marche.
Dans la foule, une femme se signa lentement et murmura d'une voix étranglée d'émotion:
:?: : Pauvre Sainte Vierge! Comme il est jeune! Comme il est beau!...
Pétrifié, les yeux agrandis et la gorge soudain séchée, Paloma regardait l'homme s'avancer vers la mort. Il était bien jeune, en effet.
Le ciel parut soudain plus gris à la petite fille, comme s'il venait de perdre une part de sa lumière.
Au moment où le Fils unique de Dieu passait devant lui, Joaquim demanda:
Joaquim: Pourquoi un si grand crucifix, maman?
:Laguerra: : Parce qu'en regardant la Croix de son Seigneur et Époux, l’Église se souvient qu’elle est née du côté du Christ endormi sur la Croix et que sa mission est d’étendre à la totalité des peuples les heureux effets de la Passion, qu’elle célèbre aujourd’hui en rendant grâce pour ce don ineffable.

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Derrière l'homme barbu, le cortège, comme le voulait la tradition, était modeste: le bedeau, vêtu d'une longue robe rouge de sa charge, ornée, sur la manche gauche, d'une plaque en argent gravée à l'effigie de saint Joan Batista, patron de l'église, allait en tête. Puis des diacres et les sous-diacres, les enfants de chœur et, enfin, fermant la marche, le curé du village, toujours vêtu d'une chasuble rouge, brodée d'une large croix d'or.
Il n'y avait pas de musique, pas de chant mais, tombant du ciel gris où couraient les nuages, où passait le vol rapide des hirondelles, le glas accordé de toutes les cloches des environs.
La station du chemin de croix avec Simon de Cyrène et les autres furent scrupuleusement respectées. Fervents, éclairés par la foi, tous ceux qui étaient venus d'un peu partout, et qui se trouvaient réunis là, souhaitaient recevoir la grâce de communier intensément aux souffrances du Christ, Sauveur des hommes.


À suivre...
*Le prénom Joaquim vient de l’hébreu yehoyagim, "Iahvé (Dieu) met debout".
Dernière modification par TEEGER59 le 16 déc. 2019, 23:21, modifié 1 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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