Chroniques Catalanes II. La reconquista.

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Akaroizis
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par Akaroizis » 03 sept. 2019, 22:46

À tous ceux que la redoutée "longueur" de cette fanfic rebute ; et ben vous ratez quelque chose. :tongue:
J'aime toujours autant, et, avec la fic collective, c'est en (petite) partie ce pourquoi je ne suis pas reparti de sitôt de ce merveilleux fofo'!
Ça nous offre une alternative très complète aux saisons BS. C'est d'ailleurs sa force ; si j'oserai comparer ces deux fics, celle qui pourrait faire le plus office de suite à la S3 serait celle-ci.
Mais la fic' collective exploite un autre gisement, un autre point de vue, d'autres thématiques ; j'adore, et chacunes pour leurs qualités. ;)

Enfin bref, tout ça pour dire que je patiente patiemment pour une nouvelle publication. o/

Et pour revenir aux derniers extraits...
Âmes sensibles, s'abstenir...
J'espère que Remingo... n'a pas
engrossé... 8-x
cette prude et innocente Elena !
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

Saison 1 : 18.5/20
Saison 2 : 09/20
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 » 03 sept. 2019, 23:02

Merci pour ce petit texte. :-@
Quelques mots d'encouragement font toujours plaisir à lire.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!

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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par yupanqui » 03 sept. 2019, 23:55

Je m’incline devant les paroles d’Akar auxquelles je consonne complètement.
Je n’aurais pas dit mieux.
C’est exactement ça.
C’est pour ça que je suis le forum... en attendant éternellement la suite et fin des MCO.
Merci à nos artistes talentueux.
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:

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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 » 08 sept. 2019, 16:01

Suite.

La longue pointe de terre de couleur ocre avançait dans l'océan au sud de Barcelone comme le doigt noueux d'un géant. À l'extrémité de ce promontoire, la falaise boisée et sauvage de Montjuïc descendait vers la baie. En s'y promenant, on pouvait entendre le bruit des millions de coquilles de moules que la houle frottait les unes contre les autres. Les sentiers et les clairières à l'ombre de la tour à signaux étaient le lieu des rendez-vous amoureux de la jeunesse de la ville, où bien des virginités avaient été perdues.
Une bonne vingtaine d'années auparavant, Mendoza avait été l'un de ces jouvenceaux hésitants. Et voilà qu'il reprenait ces mêmes sentiers, sans trop savoir quelle impulsion l'avait amené là.
En attendant la levée du ban, qui autorisera le coup d'envoi des vendanges, il était sorti dans l'intention de se promener sur le port. Mais ses pas l'avaient conduit jusqu'ici.
Le capitaine prit un étroit sentier, fine ligne droite s'enfonçant dans la végétation épaisse. Au bout de quelques toises, le sentier débouchait sur une petite clairière. Sur un côté, la falaise était à pic, couverte de mousse et de plantes grimpantes. Sur les trois autres, un feuillage dense empêchait de voir la mer, bien que l'étrange murmure des coquilles dans les vagues trahît la proximité de la côte. Des barres de lumière tombaient en diagonale à travers le feuillage, illuminant des taches d'herbe.
Les souvenirs revinrent en foule lorsqu'il regarda autour de lui. Celui d'un après-midi de mai 1519 notamment, rempli de mains nerveuses, de halètements. La nouveauté de la chose, ce sentiment exotique de s'aventurer en territoire adulte, avait été grisant. Il chassa cette image, surpris de voir combien un événement si lointain pouvait encore le troubler. Cela s'était passé trois mois avant qu'il ne se décide à quitter le nid familial pour se rendre à Séville afin de rejoindre l'expédition de Magellan. Celui-ci pensait qu'il pourrait gagner par l'ouest les îles aux Épices qu'il avait déjà approchées lors de son séjour à Malacca en 1511-1512.
Plus que tout autre, Carlota, une damoiselle qui avait succombé aux avances du jeune novice, avait accepté qu'il parte. Elle avait pris Juan-Carlos Mendoza tel qu'il était, avec ses sautes d'humeur, ses soucis et le reste, lui qui avait perdu son père bien trop tôt.
Comment cet endroit pouvait-il encore exister? Le Catalan aperçut un flacon vide sous un rocher. Les lieux abritaient visiblement toujours les mêmes activités. Il s'assit sur une pierre en humant l'herbe odorante. C'était une superbe matinée d'automne, et il avait la clairière pour lui tout seul...
Sans pouvoir s'en rassasier, il repensait à Francesca.
:Mendoza: : J'avais besoin d'elle comme on a besoin de nourriture et de sommeil. Comme je l'avais pressenti avant de l'embrasser, elle était ma jeunesse retrouvée, ma revanche sur le temps... (Pensée).
Mais le marin n'avait pas voulu lui sacrifier sa famille. Cependant, sa vie était devenue une condamnation, fade et pesante. Même ses incursions à la taverne de ses amis n'avaient plus la même saveur...
Il porta alors la main à son aumônière, en sortit une feuille de papier qu'il déplia et commença à lire.

Te souviens-tu de cette colline, cette butte émergeant au-dessus de la plaine littorale, à proximité du port de Barcelone? Nous y étions venus en automne, l'année dernière. Il n'y avait personne. Seulement nous, les oiseaux et la nature. Je t'avais attendue patiemment et tu m'avais rejoint affolée en me disant qu'il ne fallait surtout pas rester ici. Nous avions dévalé ces pentes, main dans la main, et tu accélérais chaque fois que tu croyais voir une ombre dans les fourrés, prête à nous sauter dessus. Bon Dieu, Francesca, tu étais plus jeune que moi, et tu courais bien plus vite!

Mendoza releva le nez de sa lettre avec un sourire. Il écarta la mèche insolente que le vent rabattait au-devant des ovales noirs, humides et bombés, qui scrutaient par intermittence à travers la végétation, la masse sombre d'un navire sur le fil de l'horizon, et finissaient par se rabattre sur la nuée d'oiseaux aussi vifs qu'une poignée de cristaux jetés au ciel. Il se sentait bien ici, à des années-lumière de l'Angleterre, du lazaret ou du monastère des Hiéronymites, et si loin de l'obscur désordre de ses pensées. Francesca se tenait à présent devant lui. Elle avait froid, mais elle ne disait rien parce qu'il n'avait jamais été dans ses habitudes de se plaindre. Juan serra son crayon de bois, pinça sa feuille et, de cette blanche limpidité qui s'écoulait de ses souvenirs, poursuivit le voyage.

... Ce jour-là, après cette cavalcade, on s'était assis dans une clairière pendant que la nuit tombait. On avait regardé la marée descendre de quelques mètres, les rochers où s'accrochaient des milliers de moules de Méditerranée et les pêcheurs de crevettes avec leurs grandes épuisettes. C'était à cet endroit que tu avais posé ta main sur ma poitrine, que tu avais senti battre mon cœur. Tu m'avais avoué avoir pensé que jamais tu n'arriverais à détruire les sentiments que j'avais pour ma femme. Amnésique ou pas, tu savais que je ne détacherais jamais mon esprit d'elle et jamais je ne t'appartiendrais. Tu m'avais dit que mon cœur était trop fort...
À présent, chaque fois que je me couche et que je l'entends battre, je repense à cet instant, et à tes mots que le vent a portés loin vers le ciel et que les cris des goélands me ramènent là maintenant. Ces si jolis mots...


En contrebas, sur le sable, un homme promenait son chien, sans doute un terrier, vu la manière effrontée dont il reniflait et creusait le sable. Peut-être avait-il repéré un couteau, ou une coque parce qu'on les ramassait à pleines brassées dans le coin. Plus loin, un cerf-volant dessinait des arabesques avec une grâce de danseuse. L'introduction de cet engin volant en Europe remontait à la fin du XIIème siècle. Marco Polo avait rapporté aux occidentaux comment les Chinois étaient capables d'en faire des assez grands pour emporter un homme. Mendoza n'arrivait pas à discerner son pilote que par intermittence dans les moutons d'écume, les œufs de raie et les éponges sèches qui roulaient au vent. Il se disait que ce lucaniste était un artiste.

...J'ai mal de toi, Francesca. Une douleur lancinante qui n'est pas celle du manque. Non, c'est autre chose qui me tord le ventre et me rend un peu plus malade chaque jour. Un démon qui, si je le laisse faire, va me détruire.
Je ne peux plus m'accrocher à ton fantôme ni à l'ombre noire de mon passé. Je dois vivre, je dois vivre parce que j'ai encore des choses à accomplir sur cette Terre et je veux pouvoir revenir ici en pensant à toi comme étant l'une des plus belles personnes qu'il m'ait été donné de rencontrer...


Le vent forcit, emmêla les chevelures feu des oyats et faisait chanter les chétifs arbousiers. L'écume monta au ciel. Des essaims de coquilles digérées par les siècles s'arrachaient des dunes et montaient jusqu'à la colline, venant grésiller sur la lettre comme autant de bâtons de pluie. Une partie de l'esprit du capitaine savait que rien de tout cela n'était normal, une autre se convainquit que cette brutale agitation des éléments résultait d'une coïncidence, comme si Francesca tentait de lui manifester sa présence. Il souffla sur le sable qui revint aussitôt, planta sa plume sur le papier et s'efforça d'aller au bout.

☼☼☼

Tandis que son époux profitait de cet instant de solitude au grand air, le premier depuis fort bien longtemps, Isabella marchait le long de la route qui la ramenait chez elle.

20.PNG

Elle songeait à la manière la plus appropriée d'interroger sa fille, quand elle s'entendit appeler.
Parvenue à la hauteur de l'hacienda, elle atteignait les maisonnettes adossées aux chais.
Sur le pas de sa porte, elle aperçut Elvira qui la hélait. Tournant court, elle franchit le pontet enjambant le fossé surmonté de palissades qui fortifiait le domaine, et poussa le portail bas donnant accès aux dépendances.
Elvira: Si vous avez un moment, señora, j'aimerais bien vous entretenir.
:Laguerra: : À condition que ce ne soit pas trop long... (Pensée).
Elle opina.
:Laguerra: : Bien sûr!
Le sol en terre battue de la petite salle où entra Isabella était jonché d'herbe fraîche. La plus grande propreté régnait dans l'étroit logis.
Elvira: Vous prendrez bien un peu de poiré?
Une fois assises devant la table placée auprès du lit, les deux femmes goûtèrent en silence le liquide cuivré que la ventrière avait versé dans leurs gobelets de buis.
Elvira: Je ne sais pas trop par où commencer, señora, vous me voyez bien ennuyée d'avoir à vous apprendre ce que j'ai à vous dire, mais je dois le faire. C'est un devoir.
:Laguerra: : Par tous les saints, Elvira, de quoi s'agit-il?
Elvira: De votre Elena.
Isabella pressa ses mains l'une contre l'autre. Elle attendit le coup en se disant que la sage-femme semblait plus concernée par l'adolescente que par son veuvage.
Elvira: Hier, elle est venue me voir. Elle voulait savoir quelles herbes il fallait employer pour faire passer un enfant... Une de ses amies qui est en peine. Je n'en sais rien, mais j'ai préféré vous avertir.
Assommée, l'aventurière était incapable de répondre. L'horreur montait en elle comme une marée grise. Au bout d'un moment, elle répéta:
:Laguerra: : Faire passer un enfant! Tuer son enfant! Dieu! Ma fille, ma fille à moi, a pu y songer!
Sans chercher à cacher ni même à essuyer ses larmes, elle se mit à pleurer. C'était comme une blessure ouverte soudain dans sa chair et qui saignait.
Elvira: Señora... Ce n'est peut-être pas pour elle...
Isabella secoua la tête, se leva, alla vers la porte et sortit.
L'air doux et blond de l'automne, un peu moite, alourdi d'odeur de pommes mûres et de feuilles mourantes, l'enveloppa comme un suaire douceâtre.
Elle se dirigeait vers les chais. Juan devait certainement y être. La vue brouillée, elle croisa Modesto sans même le remarquer. Celui-ci, tête baissée, se faisait saigner, acharné sur une longue écharde qui s'enfonçait dans la chair de son pouce. Il suivait la sente sinuant entre les écuries et le domicile de la ventrière, à travers champs, vergers, prairies.
Le jeune homme s'arrêta un instant en percevant les plaintes étouffées de l'aventurière qui s'éloignait, puis il reprit sa marche.
En parvenant chez la physicienne, il demanda:
Modesto: Par tous les diables, que se passe-t-il donc ici, Elvira?
Elvira: Hélas, Modesto, hélas! Il nous advient encore un grand malheur...
Isabella avait continué sa route jusqu'au cellier de son mari. D'instinct, c'était vers lui qu'elle se tournait...
À l'intérieur, avec des gestes vigoureux, énergiques, Estéban, Tao, Matéo et Diego frottaient les parois intérieures d'une série de tonneaux à l'aide de brosses de chiendent. Les fûts devaient être nettoyés à fond afin d'éviter d'altérer la nouvelle cuvée à venir. Quand l'aventurière entra, tous levèrent des yeux surpris en constatant qu'elle était plus déboussolée qu'à l'ordinaire.
:Esteban: : Doux Jésus! Que se passe-t-il encore, Isabella?
:Laguerra: : Je te le dirai plus tard. Pour l'instant, je désire m'entretenir avec Juan. Où est-il?
Estéban se redressa tout à fait et, s'adossant au mur derrière lui, joignit les doigts de ses deux mains, traçant dans l'espace une sorte de pyramide à laquelle il appuya son nez, comme quelqu'un qui réfléchit profondément.
:Esteban: : Je crois qu'il est parti flâner... soit vers les quais, soit du côté de Montjuïc... Veux-tu que je t'accompagne?
:Laguerra: : Non, je préfère que tu restes ici!
L'élu n'insista pas. Il savait qu'il était inutile de discuter avec l'aventurière quand elle employait un certain ton. Pour en atténuer le côté péremptoire, elle ajouta gentiment:
:Laguerra: : Sois sans crainte, tu sauras tout. Je t'expliquerai à mon retour.
Puis, sans plus attendre, elle quitta le cellier.
Connaissant l'addiction de son époux pour les lieux calmes, Isabella se dirigea tout d'abord vers la colline. Elle était certaine de le trouver là...
Quand elle arriva enfin au pied de la butte, elle se mit à la gravir en se faufilant à travers la végétation sauvage. Elle allait lentement, un pas après l'autre, écartant les branches de ses mains gantées de cuir épais et les jambes bien protégées par ses bottes souples qui lui montaient jusqu'aux genoux. Un bruit de fuite dans l'herbe l'immobilisa, le cœur arrêté, mais un miaulement aigu vint la rassurer presque aussitôt: c'était un matou que les approches du déjeuner mettaient en émoi.

21.PNG

Alors qu'elle continuait son ascension, Mendoza, toujours assis sur son rocher, relisait les derniers mots qu'il avait couché sur le papier.

... La lettre que je vais écrire juste après celle-ci me déchire le cœur, mais je dois me lancer. Cette lettre, à travers les horreurs qu'elle relate, va me permettre de ne garder que le meilleur de toi, c'est là tout son paradoxe. C'est aussi sa force. Tu vas quitter ma tête comme un enfant quitte le ventre de sa mère, dans la douleur et les cris, mais tu seras toujours là, près de moi, comme un ange qui veille, un ange posé sur mon épaule et qui me veut du bien. Je t'ai aimée, Francesca, aussi fort et intensément qu'on puisse aimer une amie, mais il est temps de ranger cet amour interdit dans le coffre du passé.
Adieu Francesca. Au revoir ma compagne de voyage...

Juan-Carlos.


Une larme mêla son sel invisible à celui plus clair qui tapissait ses joues, et y creusa un sillon courbe rabattu vers les lèvres par le vent. Mendoza la récolta avec la pointe de la langue. Elle avait le goût d'une mer tiède forcément lointaine, une mer qui reculait et s'éloignait, et qui ne reviendrait pas.
Au loin, la silhouette du navire avait disparu.
Il plia soigneusement la missive pour ne pas l'abîmer et se leva pour finalement se mettre à genoux. Il se retrouva nez à nez avec un crabe géant aux yeux exorbités et délirants, dessiné par un anonyme sur la paroi d'un autre rocher. La surface aux odeurs d'algues sèches protégeait la flamme que venait de produire une allumette. L'iode ne devait pas être étranger à la légère couleur verte qu'elle prenait à la base, avant de virer à l'orange pâle jusqu'à sa pointe frémissante.
Le marin ne se souvenait pas avoir regardé une flamme de cette façon, belle et meurtrière telle une gloriosa. Il hésita, il savait, au fond de son cœur, que la guérison devait s'opérer maintenant, que s'il n'allait pas au bout de son geste, les angoisses et les cauchemars reviendraient comme les vagues en face de lui. La flamme s'impatienta, le crabe l'épiait, le vent sifflait autour de lui.
L'instant d'après, des papillons noirs s'envolaient, tourbillonnaient, et les mots qu'ils emportaient sur leurs ailes venaient s'accrocher dans le ciel telles de petites étoiles allumées pour l'éternité.
Juan retourna s'asseoir. Un bruit derrière lui le fit revenir à la réalité. Quelqu'un gravissait le sentier. Il se retourna brusquement. Le Catalan se sentit brûlant puis glacé. Comment ne pas reconnaître ses pas?
Revêtue de son accoutrement habituel, pénétrant dans la clairière, son épouse apparut devant lui. Elle arborait une triste mine; amaigrie, la chevelure terne, emmêlée, son regard voilé, souligné de cernes violacés, sa bouche figée en un pli maussade.
Le cœur meurtri de son homme se serra un peu plus quand elle vint vers lui.
:Laguerra: : Juan! Par pitié, aide-moi! J'ai tant de chagrin!
Elle se laissa tomber aux pieds de son mari et, posant son front sur ses genoux, elle s'abandonna à sa peine.
D'un mouvement aussi précautionneux que celui qu'il avait pour ses plants de vigne, il caressa la tête secouée de sanglots qui roulait sous ses doigts.
S'arrachant à sa propre méditation morose, il demanda:
:Mendoza: : Au nom du Christ, qu'as-tu, Isabella? Que t'arrive-t-il? Tu te contiens mieux, d'ordinaire.
Du haut de sa taille, il considéra son épouse dont les admirables yeux se levaient sur lui, chargés d'incertitude, de crainte même. Jamais elle n'avait été aussi belle. Son visage avait la délicatesse d'une fleur de camélia et son cou délicat une grâce infinie.
Son corps, mince et nerveux, semblait s'être poli, adouci, et dégageait cette involontaire sensualité qui, jointe à une exceptionnelle beauté, composait ces femmes rares capables de changer la face d'un royaume.
D'une voix hachée, avec des mots maladroits, l'aventurière parla. Elle dit ce qui était arrivé à Elena, ce que la sage-femme venait de lui apprendre, sa propre détresse.
:Laguerra: : Tu te rends compte? Un enfant! Un enfant envoyé par Dieu et condamné à périr par celle-là même qui était chargée de lui donner la vie!
Les yeux baissés, Mendoza garda le silence mais il l'attira doucement à lui. En lui tapotant doucement l'épaule, il souffla:
:Mendoza: : Chut!
Les pleurs d'Isabella se calmèrent, et il sentit l'odeur de pomme fraîche de ses cheveux. Sa joue était douce contre la sienne et alors qu'elle marmonna des paroles indistinctes, il sentit la goutte chaude d'une larme toucher ses lèvres.
Il la lécha.
Lorsque l'aventurière se tourna vers lui, le marin recula la tête de ce qu'il fallait pour que leurs bouches se frôlent. Il l'embrassa légèrement, puis plus fougueusement en enfonçant ses doigts dans ses cheveux.
L'étrange bruit de la houle, l'air doux de la clairière parurent s'évanouir dans le néant. L'univers s'arrêta à leurs corps enlacés. Les battements de son cœur s'accélérèrent lorsque son épouse se serra contre lui. Mendoza songea vaguement qu'adolescents, Carlota et lui ne s'étaient jamais embrassées avec ce genre d'abandon. Peut-être parce qu'ils ne savaient pas faire. Il se pencha davantage vers sa femme, lui caressant la nuque d'une main, tandis que l'autre glissait dans l'échancrure de sa chemise, effleurait sa poitrine. Isabella se mit à gémir.
Embrasé par son désir, le capitaine, qui en passait enfin par ce que sa moitié espérait depuis longtemps, fut cependant repoussé par elle.
:Laguerra: : Non, Juan! Nous devons avoir une discussion avec notre fille... Sais-tu où elle se trouve?
Il secoua la tête tandis que son estomac commençait à crier famine.
:Mendoza: : Non, mais j'ai cependant une idée: l'heure du déjeuner approche... Je vais rentrer et faire mine d'avoir du travail, ainsi Elena viendra me servir...
:Laguerra: : Mais! C'est Pablo qui s'en est toujours chargé!
:Mendoza: : Eh bien aujourd'hui, tu vas lui demander d'envoyer sa grande sœur à sa place... Allez, viens!

À suivre...
Dernière modification par TEEGER59 le 11 sept. 2019, 23:54, modifié 2 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!

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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par Akaroizis » 08 sept. 2019, 20:52

Aïe! Même à l'époque, la confrontation père-fille en seul à seul était redoutée... :lol:

Aussi, oublié de le mentionner ; j'ai bien aimé le mini flashback mémoriel sur Francesca, et Carlota. ^^
Espérons que c'est un véritable adieu, et pas un au revoir... :x-):
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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 » 10 sept. 2019, 23:02

Suite.

L'entremetteuse.

Une fois parvenu dans le cellier, Mendoza alla s'asseoir sur un petit baril. Le couple n'avait plus qu'à attendre la venue d'Elena. Ils ne patientèrent pas longtemps car cinq minutes plus tard, la porte s'ouvrit et l'adolescente entra. Elle portait dans un panier le repas que son père prenait souvent sans quitter la cave, quand il avait en effet trop d'ouvrage.
:Mendoza: : Te voici donc, ma fille! Tu tombes bien! Oui, par la Sainte Croix, tu tombes bien!
La jeune fille posa son fardeau sur un tonneau. Son regard allait de son père à sa mère. Celle-ci leva un visage meurtri. En manière d'explication, elle lui dit:
:Laguerra: : Je suis passée chez Elvira, plus tôt dans la journée.
L'expression d'Elena se durcit. Sans laisser paraître autre chose que de la contrariété, elle déclara:
Elena: Je voulais justement te mettre au courant de ce qui m'est advenu.
Isabella implora:
:Laguerra: : Dis-moi, je t'en conjure, dis-moi que tu allais garder ton enfant! Oh! Dis-le-moi!
La jeune fille secoua la tête.
Elena: Non! Je ne pourrais jamais aimer le rejeton d'un garçon sans honneur et sans foi. Je serais même capable de le haïr! Son félon de père m'a promis le mariage, puis m'a rejetée quand il a obtenu ce qu'il voulait! Il s'est servi de moi comme d'une catin!
Mendoza grondait.
:Mendoza: : Si je savais où le trouver, j'irais jusqu'au bout du monde chercher ce cadet puant et je le tuerais!
D'un air farouche, Elena lança:
Elena: Remigio est un lâche! Après m'avoir abusée, et dès qu'il a été informé de mon état, il s'est enfui le plus loin possible d'ici, pour ne pas avoir a affronter la vengeance de ma parentèle!
Isabella alla vers sa fille et la prit dans ses bras.
:Laguerra: : Laissons-le à son triste destin. De toute façon, il s'est déshonoré et recevra sa punition dans ce monde ou dans l'autre... Ce n'est plus lui qui importe. C'est bel et bien le petit être dont tu es à présent responsable. Son sort dépend de toi, de toi seule...
Elena: Je n'en veux pas. Je ne l'ai jamais désiré! Je n'en ai que faire!
L'aventurière reprit gravement:
:Laguerra: : Il ne s'agit pas de savoir si tu souhaites ou non cet enfant. Il est là, dans ton corps! Il s'agit maintenant de porter à terme, de donner le jour à une créature qui t'a été confiée par le Seigneur afin que tu la mettes au monde où sa place est déjà marquée! T'y refuser est un péché mortel!
Mendoza approuva sombrement.
:Mendoza: : Ta mère est dans le vrai. Te soustraire à ce devoir sacré serait un manquement irréparable au premier commandement: "Tu ne tueras pas". Ce serait une forfaiture.
Avec amertume, Elena jeta:
Elena: Croyez-vous donc que je n'ai pas assez subi d'épreuves, avec mon physique? Qui, à ma place, pourrait souhaiter accoucher d'un monstre à ma ressemblance?
Isabella accusa ce nouveau coup. Elle ferma un instant les yeux, demeura immobile, tremblante, aux abois. Après avoir pris une profonde aspiration, elle parvint cependant à dire:
:Laguerra: : Tu n'es pas un monstre, ma petite salamandre. Tu n'aimes pas la couleur de tes cheveux, certes, mais ils sont magnifiques! Et nous ne savons pas si ton enfant héritera de cette teinte...
Elena: Tu as peut-être raison, maman, mais peu importe. Je n'ai pas su me garder de Remigio, je saurai me garder de sa progéniture... Parce que j'ai cessé de me méfier, il m'est arrivé malheur. On ne m'y reprendra pas car je ne désarmerai plus. Pas même devant celui ou celle qui ne serait jamais qu'un bâtard!
:Mendoza: : Les bâtards, ma fille, trouvent place dans toutes les familles! Regarde-nous! Ta mère et moi sommes des enfants adultérins... Et vois plutôt autour de toi: il y en a je ne sais combien! Ta tante Marguerite n'est-elle pas, Dieu me pardonne, l'héritière, elle aussi, d'une lignée illégitime? Cela n'empêchera pas ton grand-père de la choisir comme régente des Pays-Bas si Marie de Hongrie venait à mourir.
:Laguerra: : Chacun élève ses enfants naturels sans façon, avec les autres marmots de la maisonnée. Tant qu'une fille n'est pas mariée, elle est libre de ses actes. Nul ne peut lui reprocher une naissance hasardée, dans la mesure où, justement, elle n'a rien fait pour la supprimer. Seule l'épouse chrétienne doit se montrer irréprochable. Ce n'est pas ton cas.
Isabella, en joignant les mains, assura:
:Laguerra: : Sur mon âme, rien ne t'empêche de conserver, de mettre au monde, puis d'élever ton petit. Tu auras là un nouvel être à aimer, qui sera à toi, à toi uniquement! Il t'accompagnera tout au long de ton existence. Il restera près de toi, alors que ton père et moi serons retournés au royaume de Dieu! Ma fille, ma chère fille, au nom de la tendresse que je te porte, je t'en supplie: reviens sur ta décision!
Opposant à ses parents un visage buté, Elena répéta:
Elena: Je ne veux pas de ce bébé! Je ne l'aurai pas!
:Laguerra: : Si tu supprimes cette semence qui germe dans ton sein, c'est comme si tu perçais à coups de dagues ta sœur ou un de tes frères que tu chéris tant! C'est un meurtre, tout comme c'en serait un de tuer Pablo, Joaquim, Paloma ou Javier!... Encore que celui-ci représente pour toi bien davantage! Il est la chair de ta chair! Y as-tu songé?
En dépit des larmes qui continuaient à la suffoquer, Isabella s'exprimait avec une force singulière. Sa conviction était si puissante qu'elle la portait au-delà de la douleur.
Elena parut enfin touchée. Sans mot dire, elle s'essuya les yeux d'un revers de main. Sa mère continua:
:Laguerra: : Cet innocent demande à vivre. Il a droit à la vie... et toi, qui l'a conçu, tu n'as pas le droit de le priver de ce don de Dieu qui permet à une âme de s'incarner dans ton corps. Comment peux-tu seulement imaginer te dresser contre le plan de la Création?
Mendoza écoutait sa femme avec respect et approbation. Manifestement, il faisait cause commune avec elle et louait sa résistance. Quand Isabella se fut tue, il ajouta:
:Mendoza: : Ta mère ne te parle pas du châtiment que tu encoures en plus de la part de la justice humaine. Tu n'es pas sans savoir, ma pauvre enfant, comment sont jugées et exécutées les femmes qui se font avorter.
En relevant son visage, Elena jeta:
Elena: Je n'ai pas peur!
:Mendoza: : Nous connaissons ton courage, mais tu ferais mieux de l'employer à ne pas fuir la première de toutes les responsabilités qui te sont offertes: celle de transmettre la vie. Y failliras-tu?
À bout de nerf, la jeune fille protesta:
Elena: Personne n'a besoin de moi pour sauver l'espèce! Il ne manque pas de poules pondeuses sous la calotte des cieux! Si je vous écoutais, je gâcherais les pauvres années de jeunesse qui me restent!
Retournée auprès de son époux, Isabella se tenait à présent derrière lui, les mains posées sur ses épaules.

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:Laguerra: : C'est, de ta part, un égoïsme mal compris, ma fille. Le gâchis consisterait, au contraire, à condamner à mort l'enfant qui, par sa présence, te procurera soutien et tendresse! Ah! Que ne puis-je le porter à ta place! À défaut de le faire, je l'élèverai si tu ne souhaites pas lui donner tes soins. Je te déchargerai de ce souci. Dans cette maison, un petit de plus ou de moins ne changera pas grand-chose, et je me sens déjà prête à l'aimer.
Elena: Non! Non! J'ai dit non! Ce sera non! J'en ai assez, assez!
Comme une folle, Elena s'élança vers la porte et sortit du cellier en courant. Son père gronda:
:Mendoza: : Par le sang du Christ! Elle est perdue! Elle sera damnée!
:Laguerra: : Faut-il, mon Dieu, qu'elle soit malheureuse pour agir de la sorte? Blessée dans son amour comme dans son amour-propre...
L'aventurière se tenait toujours debout derrière son mari. Celui-ci se retourna vers elle et posa ses mains sur les siennes.
:Mendoza: : Tu t'es bien battue, princesse!
Reprenant, pour la première fois depuis son retour, une appellation qu'il lui donnait autrefois, il ajouta:
:Mendoza: :Oui, sur ma vie, tu as vaillamment lutté et as dit tout ce qu'on pouvait dire!
:Laguerra: : Hélas, non, puisque je ne suis pas parvenue à convaincre Elena.
Juan secoua la tête avec obstination. Sans tenir compte de l'interruption, il continua:
:Mendoza: : Tu es une bonne et noble femme. En t'écoutant défendre avec tant d'ardeur un petit être encore en germe, contre celle-là même qui le porte, je me disais que, décidément, tu auras toujours été traitée sans pitié par ceux à qui tu donnes le plus d'amour... Tu ne mérites pas les mécomptes ni les déceptions que nous t'avons tous infligés... Malgré les apparences, vois-tu, c'est un de mes sujets quotidiens de réflexion. Je ne cesse de me répéter qu'il y a grande honte pour moi à t'avoir tant fait souffrir...
:Laguerra: : Juan!
Sous ses doigts, le capitaine sentait trembler ceux d'Isabella. Il s'empara d'une des mains abandonnés sur ses épaules et la baisa doucement. D'une voix assourdie, il dit enfin:
:Mendoza: : Si on n'en crève pas, les pires plaies finissent, un jour ou l'autre, par se refermer. Je te demande encore un peu de patience...
On frappa à la porte.
:?: : Señora!
Se faufilant dans la pièce, Miranda dit:
Miranda: Señora, Paloma vient de s'écorcher les genoux en tombant dans la cour. Elle ne veut pas que je la soigne. Elle vous réclame.
:Laguerra: : Je viens.
Isabella se pencha vers Juan, l'embrassa sur la bouche, puis sortit sans se soucier de sa mine défaite ni des traces humides qui marbraient ses joues.
Elle ne savait plus bien où elle en était. Un malheur pouvait-il porter le bonheur en croupe?
Dehors, elle trouva le naacal berçant entre ses bras sa demi-sœur qui geignait pour se faire plaindre.
:Laguerra: : Tu feras un bon père, Tao.
Elle le remarqua simplement, en se chargeant à son tour de sa petite fille. Du côté du couple chocolat-vanille, au moins, la fin de grossesse de Jesabel paraissait se dérouler à merveille.
Restait Elena.
L'adolescente ne se montra pas de la journée.
Le soir, à l'heure du souper, elle fit dire par Carmina à ses parents que, souffrant d'une forte migraine, elle demeurait couchée.
Paloma, qui partageait avec son aînée la chambre des filles, confirma l'état dolent de sa sœur. Regardant son épouse d'un air de connivence, le capitaine dit:
:Mendoza: : Je me souviens de quelqu'un d'autre qui a utilisé de prétendus maux de tête pour pouvoir ruminer en paix dans son cellier. Il ne faut pas la laisser ressasser seule ses pensées.
:Laguerra: : Dieu t'inspire, mon chéri.
Puis, s'adressant à tous, elle annonça:
:Laguerra: : Soupez sans moi, je vais aller tenir compagnie à Elena.

☼☼☼

Lovée au creux de son lit, l'adolescente avait les yeux rougis et cernés de mauve. Elle considéra avec méfiance sa mère qui entrait et venait s'asseoir près d'elle.
Posant une main fraîche sur le front fiévreux de sa fille, elle demanda:
:Laguerra: : Comment un événement qui ne devrait apporter avec lui que joie et espoir peut-il nous conduire toutes deux à nous faire du mal? L'arrivée d'une nouvelle créature ici-bas demeure, en dépit des circonstances de sa venue, signe de bénédiction. C'est une bonne nouvelle. Pourquoi ne pas l'accepter humblement, sans vouloir écouter la voix de l'orgueil, qui est aussi celle de l'Adversaire?
Provenant de la salle proche, de l'autre côté de la cloison, on entendait un bruit confus de conversations. Les chevaux hennissaient dans l'écurie. Perché sur le faîte du jacaranda, un ramier répétait sans fin son roucoulement monotone.
Isabella assura à sa fille:
:Laguerra: : L'enfant sera bien chez nous. Ainsi que je te l'ai proposé, je l'éduquerai et le soignerai, s'il en est besoin. Je pense à lui comme s'il était déjà parmi nous.
Elena: Il n'y est pas! Non, par ma foi, il n'y est pas encore!
:Laguerra: : Les païens pouvaient tuer leurs filles, parfois même leurs fils, si cela leur convenait. Pas nous. Le Christ nous a enseigné le respect de la vie d'autrui. Avant tout autre chose...
Isabella parlait bas, d'une voix émue, par moments défaillante.
:Laguerra: : Le jour où tu es née, quand ton oncle Miguel t'a mise entre mes bras, le premier sentiment que j'ai ressenti avant même l'amour maternel, ce fut du respect. Un respect infini pour la petite chose fragile que tu étais, sortie à la fois de mon ventre et du néant, et qui, par la grâce de Dieu, allait vivre, vivre... pénétrer dans le grand mystère de l'existence, pour y participer... Depuis, à chaque naissance, j'ai retrouvé ce sentiment révérentiel devant le nouveau venu à qui il m'était permis de donner une chance inouïe: celle de faire son salut, afin de connaître, plus tard, la Vie Éternelle...
Elle se pencha un peu plus vers sa fille et, en appuyant sur les mots, répéta:
:Laguerra: : Sans passage sur terre, point d'éternité. A-t-on, en conscience, le droit de priver une âme de ses chances de paradis?
Elena fit la moue.
Elena: Tout ce que tu me dis là est bel et bon, maman. Je pense que c'est vrai. Mais j'ai été trop à même de mesurer combien une figure masculine compte dans une famille pour en priver celui dont tu prends si bien la défense. Il n'a pas besoin que d'une mère, mais aussi d'un père. Je ne veux pas d'enfant à demi orphelin!
:Laguerra: : Tu accepterais donc d'épouser le jeune homme qui se présenterait pour endosser cette paternité?
Elena: Sans doute. Je m'engagerais envers lui avec reconnaissance. De toute façon, je ne puis espérer faire un mariage d'amour... l'expérience dont je sors me l'a bien prouvé...
:Laguerra: : Ma chère fille! Ma chère fille, que je te suis reconnaissante de te montrer si raisonnable! Voyons... redis-moi que tu garderas ton petit si tu étais en mesure de lui donner un protecteur...
Elena partit d'un rire amer.
Elena: J'y consentirais certainement, mais il reste à découvrir celui qui sera capable de se mettre sur les bras une fille repoussoir encombrée d'un bâtard!
:Laguerra: : On trouve bien des remplaçants pour effectuer des pèlerinages en lieu et place, pourquoi ne se présenterait-il pas un suppléant dans un cas comme celui-ci?
Isabella avait dit ces mots, mais, au fond de son cœur, elle mesurait les difficultés d'une entreprise si singulière. Julio refusait toujours obstinément sa proposition.
Avec son habituelle et implacable lucidité, Elena remarqua:
Elena: Ce sera donc une question d'argent! Ma pauvre maman, il te faudra dénicher un acheteur... Je crains bien que tu auras du mal à y parvenir... Encore que je ne voie pas d'autre moyen de sortir de l'impasse, tant pour ton futur petit-enfant que pour moi...
Elle rit de nouveau, mais avec davantage de tristesse.
Plus tard, quand Isabella eut quitté sa fille endormie pour rejoindre Juan dans leur chambre, elle mit son époux au courant de ce qui venait d'être dit.
:Laguerra: : Je me rendrai demain à Barcelone pour la fête des vendanges. Ton frère y sera entouré d'un tas de gens. Il a l'habitude d'inviter toute la vallée à défiler chez lui ce jour-là. Parmi ses convives, je verrai si je ne peux rencontrer celui que nous cherchons.
:Mendoza: : Quel jeune homme un peu droit se prêterait à un tel marchandage? Il est navrant de livrer notre pauvre enfant, comme une pouliche à vendre, contre monnaie sonnante et trébuchante... Ce projet de me plaît pas.
Sans trop y croire elle-même, Isabella murmura:
:Laguerra: : Peut-être existe-t-il quelque part un brave garçon que les malheurs d'Elena sauraient émouvoir... Avons-nous, d'ailleurs, une autre échappatoire?
Comme chaque soir, elle regardait son mari ôter ses bottes. Gravement, celui-ci soupira:
:Mendoza: : Plus j'avance en âge, plus je perçois que Dieu nous laisse, ainsi que des fruits, mûrir sur l'arbre jusqu'à ce que nous ayons atteint l'exact degré de maturité nécessaire à l'accomplissement de nos destinées. Pour certains, il faut très longtemps, ce sont des fruits tardifs. Pour d'autres, la fleur est si belle qu'il semble préférable de la cueillir avant que sa promesse risque de se voir gâtée. Pour tous en revanche, patience et solidité sont indispensables afin de lutter contre les intempéries et le vent mauvais qui secouent tronc et branches. Pour tenir, il faut se cramponner...
Au milieu de la pièce, Isabella se sentit soudain glacée de l'intérieur. Elle fixa les bougies, comme hypnotisée. À quoi pensait-elle? Puisqu'elle ne bougeait pas, Mendoza l'appela.
:Mendoza: : Isabella?
Elle était encore sous le coup de l'émotion. Tremblante, des traces noires coulaient sur ses joues. Elle se colla à lui et pleura.
Il l'enlaça, lui aussi, et son cœur s'emballa dans sa poitrine. Il n'avait pas étreint sa femme avec une telle intensité depuis cette fameuse nuit dans le cellier.
Au creux de son épaule, elle murmura:
:Laguerra: : Serre-moi plus fort, mon chéri.
L'aventurière lui paraissait toute cassée, brisée de l'intérieur. Juan avait déjà connu ça: la perte de contrôle dans un moment de fragilité, le tourbillon qui vous entraîne dans un flux d'émotions incontrôlables, comme pour vous isoler de la fureur du monde.
Dehors, il pleuvait à verse. De pâles lueurs brillaient par les fenêtres des autres logements qui composaient l'hacienda. C'était à la fois triste et beau. Au bout d'un moment, il demanda:
:Mendoza: : Ça va mieux?
Elle ne lui répondit pas et alla cueillir ses lèvres. Mendoza aurait aimé attendre encore un peu, lui dire que c'était le désespoir qui la poussait dans ses bras, mais il n'en eut pas la force ni l'envie.
Elle était là, et elle l'embrassait pour fuir le monde. Elle répétait "Juan", et c'était tout ce qui comptait. Cette scansion résonnait comme la plus belle des musiques.
Le Catalan répondit alors à son baiser avec la même ardeur. Leurs langues s'étaient mêlées, aussi avides l'une que l'autre.
:Mendoza: : Oui, je la veux, elle, et tout ce qu'elle m'apporte. (Pensée).
Plus de doutes en lui. Plus rien d'autre que ce désir qu'il avait trop longtemps refusé, trop longtemps dénié ou jugulé.
Le moment était venu. Isabella était là devant lui, à portée de main, parfaitement réelle et tellement émouvante. Elle le regardait comme jamais quelqu'un ne l'avait fait auparavant. Le capitaine pouvait reconnaître la noblesse de son âme, la pureté de ses sentiments, sa force et son honnêteté.
Il leva sa main et la lui tendit.
La jeune femme y posa la sienne et se laissa attirer contre lui. Leurs bouches se trouvèrent à nouveau et ils furent emportés, l'un comme l'autre, par un embrasement qui était bien plus que de la passion et qui ne cesserait plus jamais de brûler.
Il n'y eut aucun préliminaire car ils les avaient consommés, en quelque sorte, dans ces longs baisers.
Mendoza souffla sur les bougies et seul le reflet argenté des étoiles esquissa leurs silhouettes.

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Comme une créature des abysses, il cherchait l'obscurité et, dans sa fougue, il entraîna sa princesse vers le lit, sous le brasier de ses caresses et le froissement des vêtements qu'on ôte. Il n'y eut plus de mot échangé. Parler, c'était réfléchir. Et aucun d'entre eux ne le voulait.
Enlaçant toujours son épouse, l'Espagnol posa ses mains sur ses hanches. Isabella pouvait sentir leur rugosité parcourir sa peau nue et, lentement, il s'immisça dans sa pénombre, forçant délicatement ses chairs douces.
Le marin s'abandonna aux ténèbres, une nuit profonde, froide et sans lune, dans laquelle il interdisait à Francesca de pénétrer. Pourtant, il la sentait là, penchée sur son épaule, mais, cette fois, l'envie d'aimer surpassait l'angoisse de sa présence fantôme. Les hormones se distillaient telle une drogue dans ses artères, des poussées délirantes, des vagues de plaisir si intenses que, dans l'étreinte, il s'accrocha à sa moitié avec la force du boa qui prive sa proie d'oxygène.
Et plus il serrait, plus Isabella serrait de son côté, comme deux parties d'un soufflet, les doigts contractés dans son dos, deux corps brûlants roulés dans les draps, qui s'épousaient harmonieusement, elle dessous, lui dessus, ou inversement.
À aucun moment ils ne distinguèrent leurs visages, ne découvrirent leur expressions, parce qu'il ne pouvait y avoir de lumière cette nuit-là, ni dehors ni dans leurs cœurs, et que faire l'amour au milieu de toute cette eau, c'était un retour aux origines du monde, de leur monde, et sans doute le seul moyen de rester en vie quand la mort flottait tout autour.
Oublieux de l'humanité entière et de ses réalités, mari et femme, sans se presser, laissaient s'épanouir la houle exquise qui les faisait monter de plus en plus haut.
L'aventurière chevauchait à présent son homme en lui tournant le dos. Mendoza ferma les yeux, se laissa porter par le mouvement de va-et-vient qu'elle imprimait avec rythme. Les décharges l'arrachaient du lit, l'emmenaient à la limite de l'extase, comme autant de vagues violentes. Profitant d'une accalmie, il se redressa, plaqua sa joue trempée de sueur contre le dos de sa femme et fit glisser ses mains sur ses seins en pointe. Instantanément, il sentit une pression sur chacun de ses poignets.
Il résista, elle le repoussa sur la couche et se tourna vers lui mais Juan la fit rouler sur le côté et lui maintint les mains derrière la tête, l'écrasant de tout son poids. C'était devenu un combat, une lutte pour le plaisir. Leurs poitrines se levaient en même temps, leurs sueurs se mélangeaient, leurs souffles heurtés s'entremêlaient.
Sous les assauts du capitaine qui se déhanchait frénétiquement, Isabella ondulait. Elle ondulait et se donnait sans la moindre entrave.
:Laguerra: : Juan, Juan!
Elle soufflait son nom à voix haute, ce mantra délicieux qui balayait tout. il lui semblait que ses sens s'étaient décuplés à l'unisson des siens, que son corps allait exploser de plaisir. Elle voulait que cet instant béni dure à jamais.
:Mendoza: : Isabella!
Mendoza scandait son nom, lui aussi, douce musique, refrain d'éternel.
Dans un sursaut de plaisir, la jeune femme rejeta la tête en arrière et vit un tas d'images défiler sous son crâne, comme dans un rêve éveillé. Son mariage, ses enfants qui grandissaient, un navire qui s'éloignait, du sable soufflé par le vent. Sa fille aînée qui pleurait.
Son cœur tambourinait contre ses côtes, assourdissant, se débattant comme un diable en elle. Elle pleura et rit en même temps, heureuse, malheureuse, alors que Juan s'ancrait en elle, plantant ses ongles dans sa chair.
Soudain, d'un naturel confondant, inéluctable, le raz de marée la submergea. Merveilleusement parfait.
:Laguerra: : Oui!!!
Elle vit alors un grand soleil blanc qui se transforma en un tourbillon de couleurs et de sensations, et de petites lumières qui se réverbéraient en elle à l'infini. L'aventurière cria, emportée par une félicité que jamais elle n'aurait imaginée retrouver, son être morcelé en minuscules fragments d'extase puis recomposé en une béatitude plus grande encore, tellement immense.
Son homme vint également, à l'unisson dans un grondement rauque d'abandon, après avoir senti cette flamme particulière, inimitable, libératrice, naître au creux de ses reins. Sa volonté d'endurance fut balayée par cette exigence rageuse et conquérante, ce geyser indomptable qui fusa à travers son corps, à travers ses muscles parcourus de spasmes, pour jaillir de lui...
Il grogna son plaisir, inondé de ce feu infernal qui saturait les sens, les révolutionnait l'espace d'un temps fugace, durant lequel il savoura un avant-goût de condition divine.
Et sa jouissance à lui provoqua en elle une nouvelle explosion, encore plus extraordinaire que la précédente, qui l'emmena encore plus loin, plus haut, dans un univers éclairé d'un arc-en-ciel de plénitude et d'extase.
Mendoza se laissa choir à plat ventre sur le matelas et tenta de reprendre son souffle.
Isabella se tenait lovée contre lui. Elle ne parlait pas, elle le caressait, sa petite main chaude contre son flanc.
Il se tourna vers elle, l'embrassa tendrement avant de lui murmurer:
:Mendoza: : Je t'aime...
Elle ne répondit pas. Son souffle contre sa peau gardait sa chaleur fauve, ses caresses transpiraient d'intensité. Par la fenêtre, les lumières du domaine tanguaient, des oranges, des jaunes se mêlaient en touches subtiles aux teintes plus foncées à la surface des flaques d'eau. Au-dessus de leurs têtes, la pluie crépitait sur le toit. Leur corps étaient épuisés. Il fallait dormir mais Mendoza éprouva le besoin de caresser la chevelure d'Isabella qui elle, s'abandonna au sommeil. Il lui semblait effleurer un nuage. Il n'arrivait pas à saisir que ce moment était réel, qu'une femme, sa propre épouse dont il retombait amoureux, se tenait là, dans leur lit. Il existait, enfin...

☼☼☼

Le lendemain matin, jour de la Saint-Remigio, après que toute la maisonnée eut défilé dans l'étuve, et comme chacun s'apprêtait pour la messe des vignerons, Elvira arrêta Isabella sous le flamboyant bleu qui commençait à perdre ses feuilles.
Elvira: Señora, j'ai quelque chose de fort important à vous confier.
:Laguerra: : Je dois habiller Javier et Paloma. Je n'ai guère le temps...
Elvira: Ce ne sera pas long. Il s'agit toujours de votre fille.
L'aventurière dévisagea la sage-femme avec appréhension.
:Laguerra: : Par le ciel, qu'y a-t-il encore?
Elvira: Voilà. Modesto vous a croisée hier comme vous me quittiez. Il a voulu savoir la cause de votre peine. Je n'ai pas su me taire et lui ai tout raconté.
Assez nerveusement, Isabella lâcha:
:Laguerra: : Peu importe! Tout le monde sera bientôt au courant.
Elvira: Sait-on...
:Laguerra: : Je ne comprend pas.
Elvira: Ce jeune homme est devenu comme fou quand il a su ce qui arrivait à Elena. Au bout d'un bref moment de conversation avec lui, j'ai deviné la nature de ses sentiments: il semble être épris de votre fille. Je lui ai donc posé la question et il m'a avoué qu'il l'aimait depuis longtemps mais qu'il n'aurait jamais songé à lui en parler tant il demeurait persuadé qu'elle ne pourrait en aucune façon s'intéresser à un serviteur.
:Laguerra: : Le fils de Miranda, amoureux de...
Elvira: Oui! Et je crois me souvenir qu'elle s'était entichée de lui, il fut un temps. C'était lors de vos dernières relevailles, si ma mémoire ne me fait pas défaut... Bref, ces deux-là partagent le goût de la musique et il leur est arrivé de chanter ensemble. Pour Modesto, Elena ressemble à un ange. Un ange avec une voix de cristal...
Isabella resserra autour de ses épaules l'ample voile qui lui enveloppait la tête et le buste. Elle soupira:
:Laguerra: : L'amour de ce garçon ne change rien au sort de ma pauvre fille. Elle se refuse à mettre au monde un enfant sans père.
Elvira, dont la large face s'éclaira soudain, s'écria:
Elvira: Justement! Un père, Modesto va vous en proposer un: lui-même. Il sait à quoi s'en tenir sur l'état d'Elena et s'offre à la prendre en charge, avec son fardeau. Il m'a assuré qu'il s'estimera comblé s'il pouvait sauver l'honneur de sa belle, lui servir de soutien, l'entourer d'affection et l'aider à élever son enfant.
Sans se soucier de son pantalon fraîchement lavé et repassé, Isabella se laissa tomber sur le banc de planches qui ceignait le tronc du jacaranda. Elle murmura:
:Laguerra: : Sainte Vierge!
Et elle se mit à rire convulsivement, tandis que des larmes jaillissaient de ses yeux.

À suivre...
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!

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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par Akaroizis » 10 sept. 2019, 23:38

Isabella aurait-elle totalement reconquis le cœur de son amant et mari ? Elena trouvera-t-elle un époux, accepterait-elle ce modeste Modesto ? Et surtout, Tao serait-il un bon père ? (oui, car j'adore le couple chocolat-vanille ! :x-):)

Vous le saurez dans la suite de la Reconquista de Tiger. O/
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par yupanqui » 11 sept. 2019, 23:46

Vraiment magnifique.
Quelle femme cette Isabella !
Tu as vraiment le sens des rebondissements, des retournements de situation, l’art du suspens et un profond génie pour les descriptions (paysages, sentiments, portraits physiques et psychologiques, etc.)
Mention spéciale pour le plaidoyer argumenté pour la Vie.
Bien sûr le développement sur l’union des époux retrouvés...
Dernière modification par yupanqui le 12 sept. 2019, 00:03, modifié 1 fois.
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:

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Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 » 11 sept. 2019, 23:59

Merci Yupanqui.
(Pour l'analyse et pour la correction).
Les trois fautes ont disparu. ;)
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!

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