FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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nonoko
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

TEEGER59 a écrit : 08 mai 2022, 20:03
nonoko a écrit : 08 mai 2022, 18:56 Bientôt, bientôt, tout est relatif!
:cry: OUIN !!!
Afin d'écourter votre temps d'attente, nous vous demandons de bien vouloir patienter. Un conseiller répondra peut-être à votre appel dans les plus brefs délais. Nous nous efforçons de réduire le temps d'attente. Si vous êtes pressé, tapez sur la touche étoile. Si vous n'êtes pas pressé, tapez sur la touche dièse. Si vous n'avez pas de touches, tapez sur quelqu'un. Si vous n'avez personne, tapez sur quelque chose. Nous déclinons toute responsabilité en cas de dommage corporel ou matériel. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le temps d'attente. En raison des conditions actuelles, nous estimons votre temps d'attente à 86400 secondes minimum, 604800 secondes maximum, 1841400 secondes grand maximum, sans garantie. Merci de renouveler votre appel ultérieurement.
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Aurélien »

nonoko a écrit : 10 mai 2022, 21:32
TEEGER59 a écrit : 08 mai 2022, 20:03
nonoko a écrit : 08 mai 2022, 18:56 Bientôt, bientôt, tout est relatif!
:cry: OUIN !!!
Afin d'écourter votre temps d'attente, nous vous demandons de bien vouloir patienter. Un conseiller répondra peut-être à votre appel dans les plus brefs délais. Nous nous efforçons de réduire le temps d'attente. Si vous êtes pressé, tapez sur la touche étoile. Si vous n'êtes pas pressé, tapez sur la touche dièse. Si vous n'avez pas de touches, tapez sur quelqu'un. Si vous n'avez personne, tapez sur quelque chose. Nous déclinons toute responsabilité en cas de dommage corporel ou matériel. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le temps d'attente. En raison des conditions actuelles, nous estimons votre temps d'attente à 86400 secondes minimum, 604800 secondes maximum, 1841400 secondes grand maximum, sans garantie. Merci de renouveler votre appel ultérieurement.
Ca c'est du grand art ! Tu l'as apris par coeur ou quoi ? :lol:
Les Mystérieuses Cités d'or

Die geheimnisvollen Städte des Goldes

The mysterious cities of gold

Las misteriosas ciudades de oro

As cidades misteriosas de ouro
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nonoko
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Non Aurélien, je ne l'ai pas appris par coeur, c'est l'expérience....certaines minutes vous marquent à vie....

Comme je suis magnanime, je vous propose un peu de lecture dès ce soir, c'est assez consistant pour tenir un moment et rendre l'attente moins insoutenable. ;)

Partie 3.

Gonzales était de fort bonne humeur après l’exploit de son fils. Ce dernier était ravi de plaire à son père. Le trajet pour rejoindre la maison où ce dernier l’avait conduit la veille passa en un éclair. Il ne sentit la fatigue qu’une fois confortablement installé devant un bon repas, qu’il ne put finir tant il était copieux. Il craignait d’être grondé. Son grand-père n’aimait pas le gâchis, et ne lui servait que de chiches portions. Mais son père écarta ses craintes d’une phrase, s’étonnant toutefois qu’il n’ait pas plus d’appétit après son aventure et sa longue course à travers la ville.
G : Il faut prendre des forces. Nous allons repartir bientôt.
Y : Où ? Tu as d’autres surprises à faire à tes amis ?
G : Non. Nous allons rejoindre ta grand-mère.
Y : Dans sa maison ?
G : Non, loin d’ici. Nous quittons Barcelone. Souviens-toi qu’elle n’habite plus ici.
Y : Oui.
Cela restait confus dans l’esprit de l’enfant. Il repensait à la conversation devant la belle demeure, d’où sa grand-mère avait été chassée, et se demandait si son grand-père l’avait chassée de chez lui elle aussi, puisqu’il ne l’avait jamais vue. A quoi pouvait-elle bien ressembler ? Il n’avait eu pour veiller sur lui qu’une nourrice âgée, qui l’avait protégée tant qu’elle avait pu des colères de son grand-père. C’était la seule figure féminine qu’il connaissait, à part la cuisinière qui elle ne le portait pas dans son cœur, car elle avait dû s’occuper de lui après le décès de la nourrice, en plus de la cuisine et des corvées ménagères. Il commençait déjà à oublier le visage de Magdalena, la nourrice qui le berçait en chantant et lui racontait qu’elle s’était aussi occupée d’un autre petit garçon, autrefois, dont elle ne prononçait jamais le nom, mais qui lui ressemblait. Yuma avait parfois été jaloux de ce garçon, tant elle en parlait avec affection, et il protestait, cherchait à obtenir lui aussi l’assurance d’être aimé, plus que l’autre. Magdalena était la seule à lui prodiguer des marques de tendresse. Sa grand-mère serait-elle comme cette femme douce ?
G : J’ai encore quelques affaires à régler. Attends-moi ici, ne sors surtout pas. Tu peux rester dans la bibliothèque, je vais te montrer où elle est. Tu sais lire, au moins ?
Il savait lire, oui, c’était bien la seule chose en lui qui plaisait à son grand-père, la seule qualité qu’il lui reconnaissait : il avait vite appris, et il y prenait plaisir, contrairement aux exercices violents qui étaient supposés l’endurcir. Sa faiblesse, sa maladresse étaient source constante d’irritation chez le vieil homme. Son père revint en fin d’après-midi, et lui enjoignit aussitôt de se préparer à partir.

Ils sortirent un peu avant le crépuscule. Yuma regrettait déjà le lit douillet, d’autant plus qu’il s’était mis à pleuvoir. Les rues étaient presque désertes, mais son père marchait plus lentement que dans la journée ; il semblait prêter attention au moindre bruit. Le petit garçon aurait préféré se presser. Après son exploit, il n’avait plus ressenti la crainte de perdre la main qui le tenait, il pensait qu’il réussirait à se faufiler parmi la foule pour retrouver facilement la main de son père, comme il s’était faufilé pour échapper à l’ami de son père. Mais dans l’obscurité naissante, s’il lâchait cette main, il sentait qu’il serait aussitôt happé par les ténèbres qui se formaient à chaque coin de rue. Ils quittèrent la ville, et ses façades qui semblaient cacher d’innombrables dangers, après avoir pris mille précautions. Tantôt ils s’arrêtaient dans un recoin, tantôt ils pressaient le pas, comme si son père savait par avance quand il convenait de progresser, et quand faire une halte pour éviter un danger. Ils franchirent des portes immenses. A chaque fois, son père s’arrêtait bien avant, et lançait quelque chose en direction des hommes qui se tenaient devant la porte. Ils attendaient un peu, puis passaient au milieu des corps à terre. Son père lui avait murmuré qu’ils dormaient, tout en lui enjoignant de conserver le silence absolu auquel il l’avait contraint dès le départ. Yuma était de plus en plus inquiet. Il n’avait pas imaginé sa nouvelle vie ainsi. Les délices des premières heures de liberté s’éloignaient et il tremblait à nouveau comme dans la maison de son grand-père. Il avait honte d’être ainsi terrorisé, il craignait que son père ne s’en aperçoive et soit déçu de lui. Peut-être le laisserait-il alors au milieu de nulle part, dans cette campagne sombre qui paraissait sans fin. Il était pourtant presque sûr que cela n’arriverait pas. L’homme qui le menait ainsi à travers la nuit était tout aussi effrayant que son grand-père, mais son grand-père ne l’aurait jamais tenu aussi fermement, comme s’il craignait de le perdre. Yuma sentait qu’il pouvait lui accorder une confiance totale, malgré sa peur. Son père le protégeait, son père était capable de plonger dans le sommeil des hommes pour qu’ils puissent passer en toute sécurité les portes de la ville, son père était aussi puissant qu’un magicien. Ils marchèrent longtemps, jusqu’à ce le jeune garçon n’en puisse plus. Alors son père le porta sur son dos, et il finit par s’endormir, la tête appuyée contre son épaule. Quand il se réveilla, il crut être revenu dans le lit douillet. Il faisait chaud, les draps étaient doux. Quelqu’un respirait près de lui. Il tourna la tête et reconnut son père, paisiblement endormi. Il en profita pour graver l’image de son visage dans son esprit. Combien de temps resterait-il auprès de lui ? Peut-être disparaîtrait-il bientôt, trop tôt, comme Magdalena dont il oubliait déjà les traits ? Pour vérifier qu’il gardait bien l’image en tête, il ferma les yeux, se tourna de l’autre côté, se concentra, puis ouvrit à nouveau les yeux, tentant de faire surgir l’image de son père. Mais quelque chose vint troubler son expérience. A quelques centimètres, il voyait une main, fine ; son cœur se mit à battre plus fort ; il ferma les yeux, et l’image de la main surgit à la place du visage de son père. Il sursauta. On lui touchait le front. Il n’osait rouvrir les yeux.
H : Pas de fièvre…
La voix était douce.
H : Tu n’as pas faim ? J’ai confectionné une culeca pour fêter ton arrivée…normalement, c’est pour Pâques, mais aujourd’hui, c’est aussi un renouveau…
Yuma ne bougeait toujours pas. Il était fasciné par la voix. Cela faisait si longtemps qu’on ne lui avait pas parlé ainsi.
H : J’ai quelque chose pour toi. Cela appartenait à ton père, mais on le lui a pris. Il est grand, maintenant, alors je te le donne.
L’enfant sentit qu’on lui soulevait la main. Il se raidit, mais ne la retira pas, et ne serra pas le poing non plus. Il sentit qu’on déposait un petit objet sur sa paume ; on lui replia délicatement les doigts pour que l’objet ne tombe pas. La curiosité le dévorait à présent.
H : Allez, regarde, tu en meurs d’envie….
Il choisit d’obéir à la voix, la curiosité était trop forte. Il ramena sa main vers son visage et l’ouvrit. Il découvrit un pendentif en forme de petite main rouge.
H : C’est une main de corail rouge…une amulette contre le mauvais œil. Un cadeau de naissance pour ton père.
Cela appartenait à son père, et maintenant à lui.
H : Cela te protégera, tu comprends ?
Il acquiesça. Oui, il en était certain, la main de son père ne le lâcherait jamais, elle l’empêcherait de se perdre, et ils ne seraient plus séparés.
H : Bien. Je te laisse. Si tu as faim, n’oublie pas la culeca. C’est un excellent gâteau. Tu aimes les gâteaux ? Tous les enfants aiment les gâteaux….
Il n’osa la contrarier et acquiesça à nouveau. Son grand-père n’aimait pas les gâteaux, aussi la cuisinière n’en confectionnait pas.
H : Je serai en bas, il suffit de descendre les escaliers, et tu me trouveras.
Elle n’avait pas mentionné son père. Mais elle avait raison, il pouvait la rejoindre tout seul. Il était maintenant certain d’être arrivé dans la maison de sa grand-mère ; il n’avait rien à craindre.
Quand Gonzales se réveilla à son tour, Yuma n’était plus là. Il le trouva, comme il s’en doutait, attablé dans la grande salle du rez-de chaussée, en compagnie d’Hava. Le visage du petit garçon s’illumina à son arrivée. Il brandit dans sa direction un morceau de gâteau qu’il était en train de dévorer.
Y : La culeca !
Gonzales sourit. Son fils avait l’air en pleine forme. La veille, quand ils étaient arrivés, passablement trempés, il avait craint qu’il n’ait pris froid, à dormir sans bouger sur son dos. Il l’avait porté pendant plus de trois heures avant d’arriver à la ferme fortifiée de Cardedeu. Il s’attabla à son tour.
G : Tu as de la chance, cela fait longtemps que ta grand-mère n’en a pas fait. Et ce n’est pas la saison…
Y : Oui, c’est pour Pâques ! Mais aujourd’hui, c’est un jour spécial aussi ! Et regarde !
Il lui montrait l’amulette qui pendait maintenant à son cou.
Gonzales fronça les sourcils en la reconnaissant.
G : Comment as-tu eu ça ?
H : Je l’ai gardée toutes ces années.
G : Je croyais qu’il l’avait jetée…
H : Je l’ai retrouvée, et je l’ai gardée. C’était mon unique lien avec toi. Quand tu es revenu, tu étais grand, tu savais te défendre…je n’ai pas voulu raviver les souvenirs de ce jour…et quand j’ai appris que tu avais un fils…
G : Tu l’as gardée pour la lui donner.
H : Oui, c’était mon espoir.
Y : Je peux la garder ?
G : Ta grand-mère te l’a donnée, alors elle est à toi. J’aurais dû t’en donner une à ta naissance, c’est la tradition.
Yuma parut soulagé par cette réponse.
H : Bien dormi ? Tu avais l’air épuisé.
G : Je ne m’imaginais pas que Yuma pesait si lourd, il est si fluet…
H : N’importe qui pèse lourd, quand tu dois le porter pendant des heures. Qu’est-ce qui t’a pris de partir comme ça, à pieds ? Avec un temps pareil ? Tu pensais sérieusement que le petit pouvait suivre ta cadence ?
G : J’avais hâte de quitter la ville.
H : Tu aurais pu au moins récupérer le cheval que tu avais laissé aux abords de la ville. J’ai dû envoyer Manuel ce matin.
G : J’ai dû faire des détours pour sortir, ça aurait encore rallongé ma route. Cela a été plus compliqué que prévu. Les gardes ont été renforcées à certaines portes. On dirait qu’ils se préparent à limiter les déplacements.
H : Je vois…Tant mieux, c’est que ça progresse.
G : Je ne voulais pas risquer de rester plus longtemps. Le vieux…il est alité, mais…
H : Je sais.
G : Et puis, si jamais Yuma avait…
H : Aucun risque à ce stade, tu le sais pourtant. Et j’ai vérifié. Il n’a pas de fièvre. J’ai l’impression que tu ne me dis pas tout. Comment s’est passée la mission que je t’ai confiée ?
Gonzales esquissa un sourire, puis se tourna vers son fils.
G : Tu devrais demander ça à Yuma.
Le garçon suivait avec intérêt la conversation à laquelle il ne comprenait pas grand-chose. Il retenait surtout qu’ils discutaient de choses importantes et semblaient avoir de grandes responsabilités. Et voilà qu’il partageait lui aussi ces responsabilités, puisque son père l’avait fait participer à la mission qu’Hava lui avait confiée. C’était tout de même étrange, il avait vraiment cru que c’était un jeu. Leur course dans les rues désertes de Barcelone à la tombée de la nuit lui revint en mémoire. Cela, ça n’avait pas l’air d’un jeu pourtant. Son père l’encouragea d’un regard. Il n’eut pas le temps de parler. Il fut surpris par la voix d’Hava, coupante.
H : Ne me dis pas que tu l’as mêlé à ça ?
Gonzales ignora délibérément sa mère et s’adressa à son fils.
G : Tu t’en es très bien sorti, pas vrai ? Un vrai fils de chef.
Le garçon n’osait pas répondre. Son père l’encouragea d’un signe de tête. Voyant son hésitation, Hava se radoucit. L’enfant n’y était pour rien. Elle règlerait ça plus tard.
H : Vraiment ? Raconte, que je sois fière de toi moi aussi.
Il obéit. Hava l’écouta attentivement, sans laisser paraitre aucune émotion, et le félicita à la fin.
H : A présent, tu peux aller jouer dehors, je dois parler à ton père. Reste dans la cour, n’entre pas dans les autres bâtiments.
Il n’avait aucune intention de risquer de déplaire à sa grand-mère en désobéissant. La cour en question était un vaste espace entouré de bâtiments sur trois côtés, et fermé sur le quatrième par un mur de bonne hauteur, au-delà duquel on pouvait apercevoir des collines boisées. Quelques arbres poussaient au pied du mur, sans atteindre encore le sommet. Il n’y avait personne à part lui, mais il crut entendre des bruits venant du bâtiment de gauche, qui ne servait manifestement pas d’habitation. La façade était percée de quelques ouvertures de petite taille en hauteur, et une vaste porte en fermait l’accès. A droite, la façade était similaire, mais avec quelques ouvertures en plus en bas. Le toit semblait en mauvais état, on aurait même dit qu’il était en grande partie effondré. Il regarda derrière lui. Seul le bâtiment d’où il venait de sortir ressemblait à une maison, sur trois niveaux, mais à chaque angle le mur se terminait par une tourelle qui semblait faire la jonction avec le bâtiment adjacent. Le soleil était revenu. Il se mit à explorer son nouveau terrain de jeu, qui n’avait rien à voir avec la cour exigüe de sa maison de Barcelone.
A l’intérieur, Hava était revenue à la charge.
H : S’il s’était fait prendre ? Pourquoi as-tu pris un tel risque ? Tu accordes si peu d’importance à ton fils, que tu es prêt à le mettre en danger un jour après l’avoir récupéré ?
G : Vous exagérez, il n’y avait quasiment aucun risque.
H : Tu avais tout calculé, bien sûr…
G : Pourquoi s’alarmer alors que rien ne s’est passé ?
H : Je pensais que tu n’étais pas comme ton père.
G : Yuma est mon fils, et vous n’avez pas à vous mêler de ce qui est bon pour lui ou pas !
H : J’aurais dû m’attendre à ce genre de réponse…Et que vas-tu faire de lui ?
G : Cessez de vous moquer ! Il est en sécurité à présent, c’est tout ce qui compte, non ?
H : C’est vrai. Tu ne manqueras pas de remercier le Maître.
G : Le remercier ? Il vous a laissé vous charger d’attaquer le vieux…
H : Tu comptais en découdre avec lui toi-même, je sais, c’est ce qui était prévu ; mais j’ai eu peur qu’il te reconnaisse et se méfie. J’ai pris les devants.
G : Et moi qui attendais le feu vert du Maître…mais vous aviez déjà tout organisé dans mon dos avant de partir en Flandres…
H : Tu étais occupé, et encore convalescent.
G : Pas la peine de trouver des excuses. Que vous vous soyez inquiétée pour moi, que vous ayez pensé que je risquais de ne pas réussir ma mission, ou que vous ayez voulu vous venger de mon père, cela ne change rien au fait que ce n’est pas moi qui lui ai porté le coup.
H : Cela vaut mieux ainsi, crois-moi.
G : Vous avez voulu m’éviter d’être un parricide ?
H : Tu as une chance de retrouver une vie normale. Tu as Yuma. Il mérite d’être heureux. Ne l’entraîne pas dans nos affaires.
G : Vous regrettez donc de m’y avoir entraîné ?
H : Je ne t’ai forcé à rien.
G : C’est vrai. J’ai choisi de vous suivre, alors ne décidez pas à ma place. En ce qui concerne mon fils, c’est différent. On dirait que vous regrettez qu’il soit avec nous. Ce n’est pas mon cas. Si vous vous inquiétez pour lui maintenant, vous auriez dû vous inquiéter bien avant, au lieu de le laisser aux mains du vieux. Mais vous ne vous êtes jamais préoccupée de lui.
H : Et toi non plus. Ecoute, les conditions n’étaient pas réunies, tu le sais très bien.
G : Je me demande en quoi elles le sont davantage aujourd’hui. Vous auriez pu le récupérer plus tôt, même sans moi, au lieu de ne vous préoccuper que de votre vengeance, du Maître, vous auriez pu l’emmener avec vous à Malvoisie, ou le confier à quelqu’un !
H : Tu n’avais qu’à dire plus tôt que tu avais un fils, au lieu de cacher cela comme une honte ! Tout ça parce que tu avais honte d’avoir été faible face à ton père, et de l’avouer ! Et tu l’as laissé, toutes ces années, parce que tu as eu peur d’assumer sa charge. Tu te crois puissant, mais qu’as-tu fait pour le protéger ? Tu es responsable de son existence, et pourtant tu comptes sur les autres pour s’occuper de lui, même s’ils le font mal. Il est temps d’assumer.
G : Taisez-vous….vous ne savez pas ce que vous dites….comment aurais-je pu m’occuper d’un nouveau-né, quand je n’avais même pas dix-huit ans, aucun moyen de subsistance, aucune relation dans une ville où je remettais les pieds après des années, et que mon père m’avait quasiment estropié pour se venger ?
H : Je ne sais pas ce qui m’a pris, excuse-moi. Je rejette ma propre culpabilité sur toi, je suis injuste.
G : Moi aussi. Il nous a fallu tout ce temps, et pendant tout ce temps il a souffert. Je sais que vous ne pouviez rien, je sais que j’aurais dû parler plus tôt…
H : Nous avons manqué à notre devoir envers lui, mais nous allons rattraper le temps perdu.
G : Est-ce que cela sera possible ? Vous voulez qu’il soit heureux, qu’il ne soit pas mêlé à nos affaires. Pourquoi ne pas le confier à une famille dans ce cas ? Je l’ai observé, il est naïf, et on dirait que le temps passé sous le joug du vieux ne l’a pas endurci. Il ressemble plus à sa mère qu’à moi.
H : Nous ne t’avons pas vraiment laissé le temps de réfléchir à tout ça, c’est vrai. Le Maître t’a accaparé avec les dernières mises au point, sans te préciser quand tu retrouverais ton fils.
G : Vous avez débarqué de Bruxelles pour m’annoncer que je devais aller le chercher à Barcelone, alors que je ne savais même pas ce que vous aviez fait au vieux, vous m’avez confié la lettre…et vous vous étonnez ensuite que je revienne ici au milieu de la nuit sans prévenir.
Elle rit doucement.
H : Chacun est libre de choisir le bon moment pour faire les choses…Mais n’en parlons plus, si tu souhaites le confier à une bonne famille, nous ne manquons pas de choix.
G : Depuis le début vous aviez cela en tête !
H : Je ne savais pas comment tu prendrais la chose…mais tu te rends compte toi-même que c’est une bonne solution ; tu viens à peine de le retrouver, mais nous avons une mission à mener à bien. Et si nous l’éloignons de Barcelone, de ton père, ce n’est pas pour que tu lui fasses prendre des risques inutiles.
G : J’ai compris !
H : J’aimerais que tu puisses rester avec lui, arrêter la mission…
G : Je ne vais pas vous abandonner. Nous en aurons bientôt fini, je saurai être patient.
Ma : Ah, mes amis ! Regardez qui j’ai trouvé dehors, à chercher des lézards !
Le Maître était entré sans qu’ils le remarquent. A ses côtés se trouvait Yuma, guère rassuré par sa proximité avec cet inconnu dont le visage était en partie dissimulé par la capuche de son ample costume, et qui portait des gants. Ce dernier l’avait surpris dans la cour ; il était apparu derrière lui comme par magie, et l’avait interpellé du même ton jovial qu’il avait eu à l’instant pour lui demander ce qu’il faisait. Comme l’enfant ne répondait pas, il avait insisté en ajoutant qu’il n’allait pas le manger, et cela lui avait rappelé les ruses de son grand-père pour l’amadouer avant de lui infliger une punition. Il avait donc répondu d’une voix blanche, incertain du sort qui l’attendait. Mais l’inconnu n’avait fait que rire avant de lui ordonner de le suivre.
Ma : Je n’ai pas voulu vous déranger hier soir, Gonzales. Alors, mon gaillard, content d’avoir retrouvé ton père et ta grand-mère ? Ils t’envoient déjà tout seul dehors pour parler de leurs affaires tranquillement, mais tu es assez grand pour comprendre et donner ton avis, non ? et puis, tu n’as pas assez mangé, regardez comme il est maigrichon ! Allez, retourne t’asseoir, on va causer un peu tous les quatre.
Il le poussa un peu, alors il fila s’asseoir sans chercher l’approbation de son père. L’inconnu s’approcha lui aussi de la table, s’assit et enfourna un morceau de culeca avec désinvolture.
Ma : Excellent ! Chère Hava, vous avez décidément tous les talents !
H : Yuma, as-tu remercié le Maître ? C’est grâce à lui que tu es ici.
Ma : Laissez, Hava, il me suffit de vous savoir réunis ! Et puis, je n’ai rien fait !
H : Vous êtes trop modeste…sans vous….
Ma : Laissons cela ! Alors, mon garçon, comment tu te plais ici, avec nous ? Tu n’as pas envie de repartir ?
Yuma secoua la tête vivement, craignant qu’une absence de réponse conduise à son retour à Barcelone. Sa grand-mère avait appelé l’inconnu Maître, c’était donc lui qui devait décider de tout. Son père n’avait encore rien dit, cela l’étonnait et l’inquiétait.
Ma : A la bonne heure ! Vous voyez, ce serait cruel de l’envoyer loin de vous, Gonzales, loin de son père, loin de sa famille enfin retrouvée.
H : C’était mon idée…
Ma : Je comprends, je comprends, un instinct de protection très naturel. Mais où serait-il plus en sécurité qu’avec nous ?
H : Dans une famille, il pourrait avoir des compagnons de jeu de son âge, connaître une vie normale…
Ma : Des compagnons de jeu ? Une vie normale ? Qu’est-il besoin de cela, quand on peut avoir le monde comme terrain de jeu, et une vie pleine d’aventure ? Vous me décevez, Hava…Alfonso, n’ai-je pas raison ?
Il recommençait avec ses familiarités déplacées. Gonzales aurait voulu lui donner tort uniquement pour lui faire sentir qu’il n’appréciait pas son comportement et sa façon de décider à leur place, mais il devait reconnaître qu’il était d’accord avec lui. Il doutait que Yuma soit fait pour ce genre de vie, mais s’il lui offrait tout de suite une vie paisible, au sein d’une famille à laquelle il s’attacherait, ne perdrait-il pas toute chance de forger de véritables liens avec son fils ? S’il fallait rattraper le temps perdu, ne valait-il mieux pas ne perdre aucun précieux moment ?
G : Veuillez excuser ma mère, elle pensait uniquement au bien de mon fils. Elle a sans doute raison, et elle m’a presque convaincu…si vous nous précisiez vos intentions pour la suite de notre mission, il serait probablement plus aisé de prendre une décision.
Ma : Je vois…tu es libre en effet de décider toi-même ce qui est bon pour ton fils, et lui aussi a son mot à dire. Après tout, c’est votre affaire, et nous ne faisons que donner des conseils, n’est-ce pas, Hava ? Ecoute, Alfonso, pour l’instant nous n’avons plus grand chose à faire ici, à part attendre que Mendoza se décide à appareiller. Quand ce sera le cas, nous le suivrons, en espérant qu’il nous mène à ses amis, et à la statuette. Alors, nous pourrions avoir besoin de ton fils, tu ne crois pas ?
H : Comment ça ?
Ma : Vous avez échoué une fois, ce ne sera pas facile…ils vous connaissent, ils sont sur leurs gardes. Utiliser la force ne garantit pas la réussite, alors…
G : C’est ça que vous aviez en tête quand vous m’avez proposé de récupérer mon fils ? Vous comptiez l’utiliser ?
Ma : Ne te fâche pas, évidemment que nous avons agi pour son bien, nous n’allions pas le laisser à Barcelone ! Mais maintenant qu’il est avec nous, ne crois-tu pas qu’il puisse nous rendre service ? C’est peut-être notre plus grand atout. Il est illusoire d’essayer de le laisser en dehors de nos affaires. Plus tôt il saura, mieux ce sera. Tu ne comptes pas en faire un lâche ?
G : Certainement pas…
Ma : Parfait ! Tu vois, mon garçon, dans la vie, plus tôt on sait les choses, mieux c’est.
Il s’adressait à Yuma. Ce dernier avait arrêté de manger et suivait la conversation avec appréhension ; toutes ces personnes qu’il ne connaissait pas il y a deux jours étaient en train de s’entendre pour décider de son avenir, sans même savoir qui il était vraiment, ce qu’il aimait ou non, ce qui l’effrayait, quels étaient ses rêves et ses cauchemars.
Ma : Et ce n’est pas parce que tu es jeune que tu ne peux pas comprendre, ni agir. J’ai connu des enfants qui ne s’en laissaient pas compter, et qui étaient capables de grandes choses. On ne doit jamais sous-estimer les capacités des plus jeunes que soi. Et toi, tu dois croire en toi. Mais plus que tout, tu dois savoir ce qui est important dans la vie. Vois-tu, moi, j’ai mis très longtemps à le savoir, parce que personne autour de moi ne le savait, tout le monde se trompait, et je suivais les autres sans me poser de questions. Cela ne m’a pas réussi, et ma vie est allée de mal en pis, alors que j’avais de grandes ambitions. Je suis tombé très bas, j’étais mal en point, j’étais loin de chez moi, j’étais sans argent, je mourrais de faim. J’avais avec moi quelques livres dont je ne savais que faire, et j’ai décidé de les vendre. La première personne à qui j’ai essayé de les vendre m’a regardé d’un air triste et m’a dit : « Dans quelle misère tu dois être si tu es prêt à vendre ces trésors ! Viens avec moi, je vais t’aider. » Cet homme s’appelait Aaron Afia, c’était un grand savant. Grâce à lui, je suis sorti du gouffre où j’étais en train de sombrer, mais surtout, j’ai compris que j’avais passé ma vie à suivre le mauvais chemin, j’ai compris ce qui était vraiment important. Tu veux savoir ce que c’est ?
Yuma acquiesça, cette fois non par peur, mais par vraie curiosité.
Ma : Eh bien c’est en restant avec nous que le sauras. Mais il faudra travailler, étudier, apprendre ! Ton père est aussi un grand savant, et nous avons ici des tas de personnes qui se feront un plaisir de t’instruire. Mais pour l’heure, retourne observer les lézards, j’ai à parler encore avec ton père et ta grand-mère, et tu risques de trouver ça ennuyeux.
Yuma était déçu, mais ne le montra pas, et s’empressa de filer, non sans avoir quêté d’un regard l’approbation de son père. Dès qu’ il eut quitté la pièce, Gonzales attaqua.
G : Qu’avez-vous exactement en tête ? Je n’ai pas l’intention de vous laisser vous servir de mon fils, ni de décider de quoi que ce soit le concernant à ma place !
Ma : Bien entendu, mais vous savez que j’ai raison. Je voulais simplement que vous entendiez autre chose que le discours de votre mère, avec tout le respect que je vous dois, chère Hava.
H : Si vous comptez utiliser cet enfant pour récupérer la statuette, je m’y oppose ! Il y a certainement d’autres moyens !
Ma : Certainement. Mais si nous étions forcés d’utiliser ce moyen ? Pensez-vous vraiment que cela fasse courir un risque à l’enfant ? Ils ne lui feront jamais de mal, vous le savez aussi bien que moi, Gonzales. Bien sûr, je ne dis pas que nous allons forcément avoir besoin de lui. Disons que cela dépend beaucoup de vous deux.
G : C’est une menace ? Dans ce cas, je cesse toute collaboration avec vous.
Ma : Et que ferez-vous ?
G : Je crois ne manquer ni de talents ni de volonté pour réussir dans la vie.
Ma : Je le crois aussi. Mais je ne vous menace pas, je vous rappelle simplement que vous devez mettre ces talents et cette volonté au service de notre cause, tout comme votre mère. A moins que vous n’ayez une approche plus égoïste, dans ce cas permettez moi de vous apprendre qu’Isabella Laguerra, pardon, Mendoza, se trouve actuellement à Bruxelles, chez ce bon Charles Quint. N’avez-vous pas envie de la revoir ? N’aviez-vous pas le projet de la prendre en otage pour exiger qu’on nous donne la statuette ? Voilà un des moyens possibles d’obtenir ce que nous voulons, mais cela n’est pas simple…Depuis que votre mère m’a appris la nouvelle en rentrant de Bruxelles, j’ai eu beau imaginer mille plans, j’ai bien peur qu’aucun ne soit réalisable. Mais vous aurez peut-être une autre idée. Ecoutez plutôt : elle va et vient à sa guise dans tout le palais, et sort même dans les jardins à la nuit tombée, malheureusement, des gardes veillent sur elle à chaque bosquet. Les mettre hors d’état de nous nuire n’est pas compliqué, mais comment repartir avec notre otage en toute discrétion, telle est la question…nous ne pouvons atterrir au beau milieu du jardin, il nous faudrait mener l’opération à pieds…Et même si nous réussissons, rien ne nous garantit qu’on voudra bien nous livrer la statuette, à moins qu’on nous donne un faux. S’en emparer nous-mêmes reste la meilleure option. Tâchez de réfléchir à la question.
G : Vous voulez dire que vous n’avez pas de plan ?
Ma : Eh non, pas tant que nous ne savons pas où ils se trouvent ! Quand pensez-vous que Mendoza va appareiller ?
G : Il doit retourner chez Roberto aujourd’hui, et il s’est rendu chez ses amis hier soir. S’il repart en mer, ce ne sera pas dans l’immédiat. S’il repart…la période de navigation va très bientôt prendre fin.
Ma : Hum, avec lui, on ne peut être sûr de rien. La galère est prête à le suivre dès qu’on nous aura signalé son départ. J’espère que cette fois il nous mènera à la statuette, sinon nous nous rabattrons sur la carte Bruxelles.
H : L’accouchement approche. Il ira sûrement la rejoindre, et leurs amis ne manqueront pas de venir saluer la naissance. Nous pourrions attendre ce moment, ils ne seront pas sur leurs gardes.
G : Cela nous laisse un peu de temps, en effet. De quoi terminer la mise au point du remède. Je sais aussi qu’Esteban et Zia doivent se marier prochainement. S’ils envisagent que Mendoza et Isabella soient présents, cela sera sûrement avant l’accouchement.
H : A Bruxelles ?
G : Ou ailleurs…
Ma : Pourquoi pas…nous aviserons en fonction des événements. Rien ne nous garantit non plus qu’ils auront la statuette avec eux. Ils ont très bien pu la déposer quelque part en lieu sûr, et puisque nous ignorons où ils sont allés…
Il se leva.
G : Pas si vite ! Je veux des réponses claires ! Je veux que vous vous engagiez à ne pas vous servir de mon fils !
Ma : Vous m’avez vraiment cru tous les deux ? Je voulais simplement connaître les limites de votre loyauté. Quant à prendre un engagement…je n’en prends jamais, de peur d’être obligé d’y renoncer à cause d’une raison indépendante de ma volonté. Qui sait de quoi demain sera fait ?
G : C’est trop facile !
Ma : Allons, cesse de faire l’enfant rebelle, et profite de l’instant présent ! Maintenant, vous m’excuserez, j’ai à faire.
Gonzales était prêt à bondir pour l’arrêter, quand Hava le retint d’une main ferme. Le Maître sortit sous le regard furieux du jeune métis, dépité de n’avoir pas su tenir tête une fois de plus à ce personnage qui avait le don de l’irriter et de percer son cœur à jour.
G : J’aurais dû lui dire que Mendoza avait déjà vu Yuma !
H : Mais tu ne l’as pas fait. Pourquoi ? Cela aurait réglé le problème. Je ne suis pas sûre qu’il ne faisait que nous tester. S’il lui prend l’envie de se servir de Yuma…
G : Mendoza ne sera pas toujours là !
H : Ah….écoute-toi ! on dirait que tu envisages déjà la possibilité d’envoyer ton fils récupérer la statuette ! ne laisse pas ton orgueil l’emporter… j’ai l’impression que tu serais prêt à tout pour prouver au Maître ta valeur. Mais tu n’as rien à prouver. Ce n’est pas ton père. Et Yuma n’est pas un autre toi-même. C’est ton plus précieux trésor, ne l’oublie jamais.
G : Un trésor, ou un fardeau ?
Peu lui importait de choquer sa mère. Il était profondément irrité contre lui-même, il doutait de sa capacité à prendre les bonnes décisions pour son fils, il se sentait pieds et poings liés par ses nouvelles responsabilités. Sans un mot de plus, il quitta la pièce. Hava soupira.
H : Un fardeau dont on ne veut pas se défaire, car c’est notre raison de vivre…
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Partie 4

Yuma ne trouvait maintenant plus aucun intérêt à observer les lézards. Il avait la tête pleine de la conversation des adultes, et il avait hâte de découvrir les secrets qu’ils semblaient lui cacher. Il regarda plus attentivement les bâtiments, prêta attention aux bruits étouffés qui lui parvenaient. Il avait cru que le toit était effondré, il avait désormais l’impression qu’il n’avait pas été construit. Il se demandait comment il pouvait confirmer cette impression, en cherchant un point un hauteur pour mieux voir, et s’apprêtait à grimper dans un des arbres quand il vit le Maître traverser la cour en sa direction. Il n’alla toutefois pas jusqu’à lui mais l’invita d’un signe de la main à le suivre : quelques secondes plus tard, Yuma le rejoignit devant la vaste porte du bâtiment de gauche.
Ma : Viens, je vais te faire faire le tour du propriétaire.
L’intérieur avait tout l’air d’un atelier, alors que ce devait être autrefois une grange. Yuma comprit d’où venaient les bruits. Quelques hommes s’affairaient autour d’une carcasse métallique ; Yuma n’avait aucune idée de ce que cela pouvait être, mais son guide s’empressa de le renseigner.
Ma : Regarde bien, ces hommes sont en train d’assembler une machine extraordinaire, qui peut permettre de gagner une guerre efficacement, c’est-à-dire en faisant le moins de morts possibles. C’est une sorte de canon sur roues, qui avance tout seul ; le canonnier à l’intérieur est protégé par une carapace quasiment indestructible, et bien sûr, son canon est bien plus sophistiqué que ceux qui existent actuellement, il ne risque en aucun cas de faire exploser la machine, ou d’asphyxier le canonnier. C’est merveilleux, n’est-ce pas ?
Yuma n’avait guère d’idée sur la façon dont fonctionnaient les canons, mais il comprenait parfaitement l'avantage d’une telle machine. Ce qu’il comprenait moins, en revanche, c’était pourquoi on fabriquait une telle chose ici. Ils étaient en train d’observer les différentes étapes d’assemblage quand une voix ironique retentit derrière eux.
G : Pourquoi lui montrer ça ? Vous comptez en faire un canonnier ?
Ma : Pas sans votre autorisation, bien sûr…
G : Si vous voulez qu’il s’instruise, montrez-lui plutôt la bibliothèque. Il a passé l’après-midi d’hier dans celle de la demeure de Gonzalo Pérez à Barcelone.
Ma : Oh, vraiment ? Je me souviens en effet que notre ami a constitué une belle collection, mais en quoi cela peut-il intéresser un gamin ?
G : Ce n’est pas parce que votre intérêt pour les livres et la science vous est venu tard que cela doit être le cas pour tout le monde…
Ma : Mieux vaut tard que jamais, comme on dit…Eh bien, mon garçon, ton père a l’air pressé de faire de toi un savant, nous n’allons pas le contrarier…Cette ferme fortifiée comporte une bibliothèque de qualité, contre toute attente. La demeure a été abandonnée pendant de longues années, suite à la dernière épidémie de peste, bien avant ta naissance, et j’ai eu l’heureuse surprise d’y trouver des ouvrages de quelque intérêt, qui n’avaient pas trop souffert du passage du temps.
G : Je ne parle pas de cette bibliothèque.
Ma : Ah ? Mais de laquelle alors ?
G : Ne vous moquez pas. Vous voulez qu’il sache, alors, pourquoi ne lui montrez-vous pas quelque chose de plus intéressant que ces machines de guerre ? Tout ou tard, il saura, pourquoi attendre ?
Ma : Et moi qui voulais ménager ma petite surprise !
G : Autant commencer par le début, ne croyez-vous pas ? Vous avez laissé Yuma sur sa faim, tout à l’heure, quand vous avez raconté comment vous vouliez vendre des livres à un certain Aaron Afia…
Ma : Ah ah ! tu aurais pu lui raconter la suite toi-même tantôt. Vois-tu, mon garçon, cette histoire, tous ceux qui sont sous mes ordres la connaissent. Je ne veux rien cacher de ce que je dois à ceux qui m’ont aidé, qui m’ont montré la voie. Je leur suis tellement reconnaissant, que je veux que tout le monde sache. Dans ce monde, si on n’est pas solidaires, on n’est rien. On doit rester soudés, et se montrer reconnaissants. On m’a aidé, et moi maintenant j’aide en retour. C’est un devoir sacré. Tous ici le savent, et personne n’oserait briser ce lien sacré, ton père le premier. Et maintenant, toi aussi tu es lié à nous, à moi par ce lien. Ne l’oublie jamais. Cela veut dire aussi que ce que tu vois ici, ce que je vais te montrer, à la demande de ton père, tu ne dois le révéler à personne. C’est un secret entre tous ceux qui m’ont aidé, que j’ai aidés, et moi. Je t’ai aidé, j’ai aidé ton père, alors c’est aussi ton secret désormais. Suis-moi !
Ils sortirent et traversèrent la cour. Yuma avait de la peine à croire que le même genre de bâtiment que celui qu’ils venaient de quitter abritait une bibliothèque secrète, d’autant plus qu’il s’agissait de la partie de la ferme fortifiée dont le toit était effondré. Au moment d’entrer, le Maître s’effaça devant Yuma et le poussa en avant, l’encourageant à avancer seul. L’enfant ne comprit pas tout de suite ce qu’il voyait, à quelques mètres de lui. Il leva instinctivement la tête pour vérifier que la lumière provenait bien du ciel, par ce qu’il imaginait être un trou dans le toit. Mais il ne vit aucune poutre effondrée ; l’ouverture était propre, comme si on avait enlevé le toit. Un peu en dessous, une sorte d’immense auvent était déployé ; il protégeait à l’évidence ce qui reposait sur le sol en terre battue, sèche sous le auvent, détrempée par la pluie de la veille tout autour. L’herbe poussait même aux quatre coins de la grange, mais Yuma se rendit compte qu’il avait posé les pieds en entrant sur une sorte de chemin dallé qui menait jusqu’au navire, car c’était bien un navire qui se dressait à quelques mètres de lui, sous le auvent, dans cette grange désaffectée. Un navire sans mât, sans voiles. Perplexe, il se retourna. Cela n’avait pas de sens. Comment ce navire avait-il pu entrer dans le bâtiment ? Pourquoi le garder enfermé ici ?
Ma : Vas-y, approche-toi. La visite continue.
Le Maître le suivit jusqu’au pied du vaisseau ; il toucha la coque, et une porte s’ouvrit ; un escalier de bois se déploya jusqu’au sol. Yuma poussa un cri de surprise. Le Maître rit.
Ma : Viens, on va visiter la bibliothèque.
Dans ce navire se trouvait donc la bibliothèque à laquelle son père avait fait allusion ? Cela n’avait décidément aucun sens, mais Yuma brûlait d’impatience et grimpa les marches sans hésiter. La découverte de l’intérieur du navire fut un émerveillement.
Ma : Eh bien, qu’en penses-tu ? Tu crois que tu pourras lire tous ces ouvrages ?
Le Maître se dirigea vers un rayonnage et en sortit un livre de petite taille, relié de cuir rouge.
Ma : Tiens, tu pourrais commencer par celui-ci. C’est un traité d’algèbre, c’est la base de tout.
Yuma prit le livre qu’il lui tendait et le serra contre lui, sans cesser de parcourir des yeux les rayonnages.
Ma : Regardez-le, Gonzales, on dirait qu’il attend que je lui en donne d’autres ! Pas besoin de l’emporter, mon garçon, tu peux rester pour lire ici, tu es chez toi désormais !
Y : Ce livre, vous vouliez le vendre à Aaron Afia ?
Ma : Non, pas celui-ci, il n’a guère de valeur, enfin, pas pour un grand savant. Mais pour toi, c’est un vrai trésor ! Il te faudra un peu de temps pour comprendre les livres les plus importants, mais je suis sûr que tu y arriveras rapidement !
Y : Les livres importants, ils sont plus importants que la Bible ?
Ma : S’ils n’étaient pas importants, crois-tu que quelqu’un aurait pris la peine de les écrire ? Tu crois peut-être qu’il ne devrait exister qu’un seul livre, et que ce livre devrait être la Bible ?
Y : Non, bien sûr, mais grand-père disait toujours que c’était le livre unique, et qu’il n’y avait pas besoin d’en lire d’autres.
Ma : Je parie que tu ne le croyais pas.
L’enfant ne répondit pas et baissa la tête. Le Maître continua.
Ma : L’ignorance est une calamité. Heureusement, désormais, personne ne te maintiendra dans l’ignorance. Voyons, que sais-tu du peuple Juif ?
Yuma ouvrit de grands yeux. Le Maître essayait-il de le tester ? Il verrait vite qu’il ne savait pas grand chose. Tout ce qu’il savait, c’était ce que son grand-père lui répétait. A contre cœur, il récita ce qu’il lui avait appris.
Y : Ils sont responsables de la mort du Christ. Nous devons les haïr pour cela.
Il remarqua que son père le regardait étrangement. Sans savoir pourquoi, il regretta d’avoir parlé.
Ma : Ta grand-mère est juive. Or dans cette religion, seul l’enfant né de mère juive est considéré comme juif. Ton père est par conséquent juif. Mais ta mère n’était pas juive, donc…
G : Laissez-le tranquille !
Ma : Ton grand-père t’avait-il dit que sa femme, que son fils étaient juifs ?
L’enfant secoua la tête. Il était horrifié. Le Maître insista.
Ma : Il t’a dit de haïr le peuple juif, sans même t’informer que des membres de ta famille étaient juifs ? Que penses-tu de cela ? Tu devrais haïr ton père et ta grand-mère, si on en croit le raisonnement de ton grand-père.
G : Cela suffit, pourquoi parler de cela maintenant, de cette façon ?
Ma : Il a le droit de savoir.
G : C’était à moi de le lui dire ! De quoi vous mêlez-vous ?!
Ma : C’est un sujet délicat, j’en conviens, et je parie que vous ne saviez pas comment lui en parler. Je vous ai facilité la tâche. Au moins, les choses sont claires, et je parie qu’il ne veut pas pour autant nous quitter, il a bien compris où était sa place, n’est-ce pas ?
Il fixait Yuma en disant cela. Le garçon ne savait plus que penser. Tout ce qu’il découvrait le dépassait, et pourtant, il voulait en savoir plus, et il était sûr de ne jamais vouloir retourner auprès de son grand-père.
Ma : Il est impossible que tu haïsses ton père et ta grand-mère, n’est-ce pas ? Et tu veux lire d’autres livres que la Bible, n’est-ce pas ?
L’enfant hocha la tête en signe d’assentiment. Tout devenait plus clair grâce au Maître.
Ma : Ne crois jamais tout ce qu’on te dit sans avoir vérifié par toi-même, soit en lisant, soit en voyageant, soit en dialoguant avec les autres. Viens, assieds-toi, je vais te raconter la suite de mon histoire. Gonzales, vous permettez ?
Le jeune métis devait se rendre à l’évidence : son fils buvait les paroles du Maître, et malgré son trouble bien légitime face au flot d’informations, il semblait toujours désireux d’en savoir plus ; nulle crainte ne se lisait sur son visage quand il répondait au Maître.
G : Je vous en prie…
Ma : Tu seras très bien sur cette méridienne, c’est la place idéale pour une bonne séance de lecture. Bon, tu te souviens qu’Aaron Afia n’avait pas voulu m’acheter les livres ? Grâce à lui, j’ai repris du poil de la bête, comme on dit, il m’a logé, nourri, et tout le temps où je suis resté chez lui, nous avons eu des conversations fort intéressantes. Si j’avais pensé comme ton grand-père, je n’aurais jamais dû devenir ami avec ce savant juif. Sa famille avait dû fuir l’Espagne, comme des milliers d’autres, quand le roi avait décidé qu’il n’était plus supportable que sur ses terres habitent des personnes coupables d’avoir tué le Christ il y a plus de mille ans. Je te rappelle en passant que c’est un Romain qui a donné l’ordre de mettre le Seigneur sur la croix. Je te laisse aussi méditer sur l’idée d’accuser tout un peuple d’être criminel, pour toutes les générations jusqu’à la fin des temps. Personnellement, avant de rencontrer Aaron Afia, je ne m’étais guère intéressé au sort du peuple juif. J’avais mes propres préoccupations. Mais c’est en parlant avec lui que je me suis rendu compte que j’avais fait jusque-là un bien piètre usage de tout le savoir dont je disposais. Lui, un homme chassé de chez lui, continuait de s’instruire, non seulement dans but d’accroître son savoir, parce que l’esprit humain est fait ainsi, mais aussi dans le but de mettre ses connaissances au service des autres. Il s’intéresse à la philosophie, aux mathématiques, mais c’est aussi un grand médecin !
Y : Il est encore vivant ?
Ma : Bien sûr, tu le rencontreras sûrement, quand nous rentrerons sur nos terres, là où les gens sont moins hostiles envers ceux qui ne sont pas de même religion, pas comme ici ! Pour revenir à mon histoire, mon nouvel ami m’a présenté des tas de personnes aussi instruites que lui, et nous avons échangé nos savoirs. Mais ils m’ont aussi conté leur histoire, et à chaque fois c’était la même chose : quand ils pensaient être en sécurité quelque part, après avoir fui les terres catholiques qui leur étaient hostiles, ils étaient obligés de fuir à nouveau, plus loin vers l’Est. Certains s’étaient convertis, croyant échapper à la persécution, mais cela ne les mettait à l’abri de rien, en réalité. Aaron Afia est un de ceux-là, et quand il s’est rendu compte que la conversion ne le rendait pas moins coupable d’un crime imaginaire, il a compris qu’il était plus important de préserver son identité, son héritage, et pour tout dire, sa liberté. Quant à moi, j’ai commencé à me dire qu’il fallait mettre fin à ce beau gâchis qui révélait la stupidité sans nom de l’Eglise catholique : j’avais retrouvé un but dans la vie. J’ai commencé à sillonner l’Europe et la Méditerranée à la rencontre de ces hommes et de ces femmes injustement spoliés, chassés, persécutés, pour les convaincre qu’il était possible de changer leur destin, le destin de leur peuple, pour le bien de tous. C’est comme cela que j’ai rencontré ta grand-mère, chassée par ton grand-père quand il a découvert qu’elle n’avait pas complètement renoncé à sa religion malgré la conversion forcée de sa famille. Plus tard, j’ai rencontré ton père. Tous deux ont accepté de me suivre, comme beaucoup d’autres, et sont de précieux serviteurs de notre cause.
Y : Vous voulez rendre sa maison à grand-mère ? Mais que vont devenir ceux qui y habitent maintenant ? Vous allez tous les tuer ?
Ma : Moi ? Je ne vais tuer personne, rassure-toi ! Mon objectif est simplement de faire comprendre à tous les bons chrétiens qu’ils ont intérêt à vraiment aimer leur prochain, même s’il est juif, et surtout s’il est juif, car c’est en unissant ses forces, et non par la division, que l’Humanité peut se protéger de la plus grande force destructrice qui existe, la Nature, ou Dieu, si tu préfères. Tu ne t’es jamais demandé pourquoi Dieu nous envoyait des maladies ?
Y : C’est pour éprouver notre foi…
Ma : C’est surtout pour nous faire comprendre que nous devons mériter d’exister ! Les Hommes passent leur temps à s’étriper pour l’or, le pouvoir, ils se massacrent allègrement pour des idées alors qu’ils devraient mettre en commun leur intelligence, leur savoir pour surmonter les épreuves que Dieu leur envoie dans le but justement de leur faire comprendre la nécessité de l’union, de la fraternité ! Les Hommes sont trop bêtes, mais moi j’ai tout compris, et je parviendrai à leur faire entendre raison !
Y : Comment ?
Ma : En devenant la main de Dieu…Il te suffit pour l’instant de savoir que nous œuvrons pour le bien de l’Humanité.
Yuma était étourdi par ce qu’il venait d’entendre. Il n’avait pas tout saisi, mais comprenait que le Maître voulait le bien de tous, et surtout de ses amis, et cela suffisait. Ce qui intéressait particulièrement le jeune garçon, c’était que cela nécessitait d’être instruit, et il était impatient de faire la connaissance des nombreux savants qui côtoyaient le Maître. Il savait que sa vie était changée à jamais, il était émerveillé par ce savoir inconnu qui s’offrait à lui, impatient d’apprendre à maîtriser les connaissances extraordinaires que chaque livre de la bibliothèque recélait, conscient qu’un nouveau monde s’offrait à lui, un monde où il ne serait plus un souffre-douleur, mais où il pourrait prendre son destin en mains, comme le Maître, comme son père, comme sa grand-mère et comme tous ceux qui oeuvraient à leurs côtés. Des questions se bousculaient dans sa tête, sans qu’il parvienne à les mettre en ordre ou à les formuler clairement.
Ma : A présent, je te laisse explorer la bibliothèque avec ton père. J’ai à faire.
Y : Attendez ! Votre nom…vous avez un nom ?
Ma : Mon nom ? Il appartient à un monde qui n’est plus le mien.
G : Nous l’appelons tous Maître…
Y : Mais vos amis…vos amis ne peuvent pas vous appeler Maître !
Ma : Tu as raison…Gonzales, ce petit me plaît décidément ! Il me fait voir que nous ne nous sommes pas encore affranchis de ce monde pourri. Eh bien, à partir de maintenant, il faudra m’appeler l’Ami !
G : Je crains que ce ne soit difficile…l’habitude…il ne faudrait pas créer la confusion…
Ma : Bah, je crois que cela ne dérangera personne, au contraire, c’est plus que bienvenu ! Merci petit, c’est une idée de génie !
Le compliment gonfla le cœur de Yuma de fierté, au point qu’il en oublia de poser l’autre question qui le préoccupait avant que le Maître ne parte. Il se tourna alors vers son père.
Y : Dis, pourquoi la bibliothèque est dans un bateau enfermé dans une grange ?
G : Je pense que tu en as assez appris pour aujourd’hui. Et il est probable que tu aies la réponse à ta question très bientôt…je ne voudrais pas gâcher entièrement la surprise, j’ai déjà forcé le Maître à te montrer son trésor sans tarder…Il t’a fait un grand honneur, n’oublie surtout pas qu’il t’a accordé sa confiance dès le début, et si jamais nous sommes séparés, si tu n’es plus avec nous, ne raconte à personne ce que tu as vu, ce que tu as entendu ici, à personne. Jure-le.
Le ton de son père était grave. L’enfant n’insista pas malgré sa curiosité.
Y : Je le jure.
Quand vint le soir, le Maître reçut un message de Barcelone : la Santa Catalina était prête à appareiller, avec comme passagers les deux amis de Mendoza, et comme cargaison de nombreuses barriques de vin. L’hypothèse de Gonzales sur des retrouvailles en vue du mariage semblait se confirmer. Hava décida de partir rejoindre la galère. Il n’était pas question, maintenant que son fils était guéri, qu’elle manque cette dernière occasion avant la mauvaise saison de retrouver la trace de la statuette, et qu’elle laisse quelqu’un d’autre réussir cette mission essentielle. Si Mendoza prenait la mer, il était probable que le lieu prévu pour le mariage ne soit pas trop éloigné. Il serait facile de prévoir du renfort. Le Maître était moins convaincu.
Ma : Ils peuvent très bien se donner rendez-vous dans un lieu tranquille et filer tous ensemble avec le Condor avant que vous ayez pu intervenir…
G : Tout dépend si ils ont déjà récupéré Isabella à Bruxelles ou non…
Ma : En effet… Si c’est le cas, il faut les retarder, je suis sûr que vous saurez trouver quelque chose, Hava, je compte sur vous ! Si seulement nous pouvions utiliser la nef sans être repérés…
H : Ne vous inquiétez pas, je vous informerai régulièrement de ma position, et vous savez que la nef peut retrouver la galère sans problème. D’une manière ou d’une autre, je saurai quelles sont leurs intentions, et je ne les lâcherai pas avant d’être sûre que nous puissions les rejoindre, où qu’ils aillent.
G : Pourquoi ne pas partir pour Bruxelles avec la nef cette nuit de notre côté ? S’ils n’y sont pas encore, nous pourrions les y attendre…
H : Et s’ils y sont déjà passés ? Cela nous ferait perdre du temps. Il vaut mieux que vous attendiez ici de mes nouvelles.
Ma : Bien, bien, alors Gonzales et moi allons pouvoir nous consacrer tranquillement à nos petites expériences en attendant de vos nouvelles. Mais si vous constatez qu’ils ont la statuette, ne tentez rien pour vous en emparer à moins d’être parfaitement sûre de votre coup, cela deviendrait encore plus difficile ensuite. Je vous rappelle, mes amis, que si nous réussissons à la leur enlever, nous serons sans doute en mesure d’égaler, voire de dépasser leur puissance !
Ainsi c’était sa mère qui allait suivre la trace de Mendoza…Il repensa à la lettre qu’elle lui avait confié pour le marin. Il comprenait que le Maître avait besoin de lui, et Yuma était là, à présent, il valait mieux qu’il reste près de lui. Mais cela faisait une mission de plus qu’elle accomplissait, sans lui, à sa place. Elle avait eu des nouvelles d’Isabella, à Bruxelles, peut-être même l’avait-elle aperçue. Elle se permettait d’écrire à Mendoza…elle lui faisait jouer les messagers auprès de lui…Si cela n’avait tenu qu’à lui, il aurait pris la nef pour aller à Bruxelles sans se préoccuper de suivre Mendoza. Quand le Maître lui avait appris qu’Isabella se trouvait à Bruxelles, il avait feint l’indifférence, mais il ne cessait de penser à elle depuis. Et il se retrouvait obligé d’attendre ici, dans la ferme fortifiée de Cardedeu qui leur servait de base en Espagne, que sa mère donne le signal des retrouvailles, alors qu’elle-même serait dans le sillage de son amant.
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par TEEGER59 »

C'est toujours aussi délectable à lire.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

TEEGER59 a écrit : 15 mai 2022, 20:50 C'est toujours aussi délectable à lire.
Merci beaucoup, pourlèche-toi bien les babines!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Les retrouvailles approchent....bonne lecture!

Partie 5.

L’île resplendissait sous le soleil. L’automne était plutôt clément cette année. Pedro et Sancho étaient ravis de retrouver la mer dans de semblables conditions. La traversée jusqu’au port de l’Alguer avait été un enchantement, ils avaient retrouvé tous leurs réflexes de marins et s’étaient demandés comment ils avaient pu rester si longtemps à terre. Ils avaient mis un point d’honneur à montrer à Alvarez qu’ils n’étaient pas de simples passagers, et ce dernier avait dû leur reconnaître quelques talents, alors qu’il n’aurait pas parié un maravédi sur eux au départ. Ils auraient été encore plus ravis si Mendoza les avait complimentés, mais il ne leur avait pas prêté la moindre attention. Ils avaient certes l’habitude, mais ils pensaient que leur ami serait d’humeur moins maussade à la perspective de retrouver Esteban et de s’envoler pour l’Inde. La brouille avec Isabella ne pouvait durer, ils en étaient persuadés, rien ne valait une petite fête pour se réconcilier avec la vie. Une fois la cargaison de vin débarquée, Mendoza confia la Santa Catalina à Alvarez ; ils avaient convenu qu’elle resterait en Sardaigne, et personne parmi l’équipage n’avait trouvé à y redire, tant les rumeurs d’une épidémie s’étaient répandues dans les quelques jours où ils avaient mouillé à Barcelone. Il avait encore fallu louer quelques charrettes pour transporter les barriques jusqu’à Porto Conte, négocier pour garder une charrette quelques jours. Heureusement, Esteban ne s’était pas fait trop longtemps attendre. Cela faisait à peine deux jours que les trois marins s’étaient installés dans la maison quand il était apparu à la porte, au moment du dîner. Son arrivée fut fêtée par Pedro et Sancho avec de grandes tapes dans le dos : ils avaient déjà bien entamé une des barriques à force d’essayer de tirer plus de trois mots d’affilée à Mendoza pendant ces deux jours où leur compagnon n’avait pas daigné les informer sur ce qui le préoccupait. La plupart du temps, il les laissait seuls, comme s’il souhaitait rester le moins possible dans la maison. Esteban remarqua tout de suite que la présence de ses joyeux compagnons n’avait aucun effet sur l’humeur du capitaine. Cela ne le surprit pas, mais il en fut profondément peiné. En Inde, les préparatifs allaient bon train, et la perspective des réjouissances lui avait fait oublier non seulement les heures sombres vécues au Japon, mais aussi les heures terribles qui avaient bouleversé leur existence, et surtout celle de Mendoza, depuis le jour où Gonzales et Hava s’étaient manifestés.
P : Esteban ! Heureusement que tu arrives maintenant, tu vas pouvoir nous aider à finir la barrique !
S : Oui, gougou, goûte un peu, il est en en, encore meilleur que la dedernière fois, au mariage de Mendoza !
P : Et puis tu nous donneras un peu des nouvelles, Mendoza y cause pas beaucoup, si t’étais pas arrivé j’crois qu’on serait morts d’ennui !
E : Merci, les amis, je vais essayer de rester sobre cette fois, sinon je vais m’endormir tout de suite, la fatigue du voyage…un verre suffira.
P : Un verre…ou deux !
S : Ou ou ou, trois !
M : Il a dit qu’il était fatigué. Vous feriez bien de vous arrêter de boire, demain il faudra charger les barriques rescapées dans le condor, on aura besoin de tous les bras disponibles.
P : Peuh, tu crois qu’on allait se défiler ?
S : C’est pas trois verres qui vont nous nous, nous mettre à plapla, à plat !
M : Si je vous prends à faire la sieste après dix minutes de travail….
S : Boh, on a le droit de trintrin, de trinquer avec Esteban !
P : C’est vrai, allez Esteban, à ton mariage !
Esteban rit de bon cœur et vida son verre d’un trait.
E : Vous avez raison, on a tous besoin de petits moments de détente comme celui-là !
Mendoza n’insista pas. Quelques minutes plus tard, Pedro et Sancho ronflaient et Esteban finissait son troisième verre. Il avait donné quelques nouvelles, en éludant les périls encourus au Japon, et en orientant la conversation sur les préparatifs du mariage. Mendoza patienta jusqu’au moment où ils purent parler seuls.
M : Tu ne me caches rien ?
E : Si tu veux savoir si nous avons eu des nouvelles de nos ennemis, tu peux être tranquille. Nous avons juste failli être exécutés au Japon, mais tout s’est bien terminé, nous avons même mis fin à une guerre de clans. Le Daimyo Shimazu, ou plutôt son fils, qui a pris sa succession, est désormais notre ami.
M : C’est une bonne chose. Tu me raconteras ça pendant le voyage, histoire de passer le temps.
E : Et de ton côté ?
M : J’aimerais n’avoir rien à t’apprendre. Ils sont toujours là, ils nous surveillent. Peut-être nous ont-ils suivi jusqu’ici. De temps à autre, j’ai repéré un navire à bonne distance du nôtre, mais toujours trop loin pour que je puisse être sûr qu’il s’agissait de la galère d’Hava. Mais c’était toujours le même navire, il n’y a aucun doute.
E : Si c’est le cas, nous serons bientôt fixés. Je suppose que nous aurons un message d’une façon ou d’une autre.
M : C’est déjà fait.
E : Déjà ? Et que veut-elle cette fois ?
M : Rien. Elle s’amuse simplement à jouer avec nos nerfs.
E : A te voir, on dirait que ça marche ! Bon, que contenait le message exactement ?
M : Elle m’informait qu’elle était responsable de l’état de Roberto.
E : Roberto ? Ah, je vois, une vengeance. Si elle nous en a débarrassés, je ne vais pas me plaindre…
M : Il a été empoisonné, ou contaminé par une maladie, personne ne sait . Il ne va pas mourir tout de suite. Mais des rumeurs à Barcelone disent que le mal se répand.
E : Une épidémie ? Hava en serait responsable ? Excuse-moi, ça n’a pas beaucoup de sens. Quel intérêt aurait-elle à propager une maladie ? En quoi cela nous concerne-t-il ?
M : Je ne sais pas…Il y a autre chose…Le messager…le messager était un enfant.
E : Un enfant t’a apporté le message d’Hava ? Et alors, c’est un moyen comme un autre pour éviter de se faire prendre, il n’y a rien de si extraordinaire…
M : Ce n’était pas n’importe quel enfant…il ressemblait….il avait les yeux…un air si innocent…comment peut-on impliquer un enfant dans ces manigances ?
E : Tu ne t’embarrassais pas de ce genre de considérations autrefois !
Mendoza lui jeta un regard noir. Esteban s’en voulut d’avoir parlé trop vite.
E : Je ne comprends pas ce qui te trouble autant. L’enfant ressemblait…à Hava ?
M : Il était métis.
E : Je vois…mais Gonzales n’est pas le seul métis sur terre.
M : Je n’aurais pas dû te parler de ça. Ce n’est qu’un détail, sans importance. Tu es fatigué, reste dormir ici, cela nous fera gagner du temps demain matin.
E : Entendu, les trois verres m’ont achevé !
Esteban eut pourtant du mal à s’endormir. Il s’était efforcé de rester calme face à Mendoza, mais ce qu’il lui avait appris ne présageait rien de bon. Ce qui l’inquiétait le plus était cette sorte d’obsession que son ami semblait développer à propos de Gonzales et d’Hava. Pourquoi s’acharnaient-ils à se rappeler ainsi au bon souvenir de leur victime ? En tout cas, s’ils les avaient suivis jusqu’à Porto Conte, ils auraient du mal à les suivre jusqu’à Bruxelles, à moins qu’ils ne se manifestent avant.
Ce ne fut pas le cas. Mendoza et Esteban étaient restés sur leurs gardes, mais ils purent décoller pour Bruxelles sans le moindre incident. Esteban était soulagé et se détendit. Comme promis, pendant le vol il raconta ses aventures japonaises, qui firent vibrer Pedro et Sancho. Mendoza écouta en silence, sans paraître moins préoccupé que la veille. Dans quelques heures, il retrouverait Isabella, mais depuis qu’il avait reçu le message d’Hava, c’était le souvenir de cette dernière qui le tourmentait sans cesse. A Barcelone, il avait interrogé les gens du port à propos de l’enfant, sans résultat. Quand il s’était rendu compte qu’un navire suivait la Santa Catalina, il avait fait ralentir l’allure, mais la galère avait maintenu voire accentué la distance entre eux. Une fois débarqué, il s’était attendu à chaque instant à un tour d’Hava, il avait espéré qu’elle se montre aux abords de la maison, qu’elle lui fasse parvenir un autre message ; la nuit, il s’était réveillé en croyant entendre des pas à l’extérieur, il avait scruté les ténèbres pendant des heures dans l’espoir de la voir surgir ; la journée, il avait arpenté la lande, visité les criques à la recherche de la galère, en vain ; il était retourné à la tour nuragique, mais elle n’y avait laissé aucune nouvelle trace. Quand ils arrivèrent à Bruxelles, Mendoza fut presque contrarié qu’aucun incident ne les ait retardés. Hava s’éloignait. Si elle n’avait pu les suivre avec la galère, combien de temps encore devrait-il attendre avant d’avoir de ses nouvelles ?

Pedro et Sancho avaient prévu de profiter de leur halte au château de l’Empereur pour faire connaître leur vin. Ils insistèrent pour être reçus non par le maître des lieux, mais par le sommelier en chef.
P : Les affaires sont les affaires ! Vous avez les vôtres à régler, nous avons les nôtres !
S : Par concon, par contre vous ne nounous oublibliez pas pour le dîner !
P : T’inquiète, on va composer le menu en fonction de nos vins !
E : Je sens qu’on va passer une soirée mémorable dans ce cas !
M : Nous ne sommes pas là pour le plaisir.
P : Oh ben non, le commerce c’est sérieux !
S : Mais si on peut joindre l’ululu, l’utile à l’agagagré, l’agréable, alors, on va pas se priver !
Mendoza ne les écoutait déjà plus, et ils durent presser le pas pour le rejoindre. Esteban aurait bien échangé sa place avec Zia. Elle aurait sûrement été plus à l’aise que lui dans cette situation. Il était probable cependant que tout se passerait bien, chacun s’efforçant de faire bonne figure devant l’Empereur. Peut-être même la séparation avait-elle fait réfléchir Isabella, et elle serait dans une disposition moins hostile à son mari. La réconciliation était toujours possible, du moins Esteban l’espérait.
L’Empereur les reçut dès leur arrivée. Après les salutations d’usage, Esteban lui remit la lettre que Marie lui avait confiée pour son père, où elle lui faisait part de ses impressions sur son séjour au Pays du Soleil Levant et de sa confiance dans la possibilité d’instaurer des relations cordiales et fructueuses avec le Daimyo Shimazu. Charles Quint la parcourut rapidement tandis qu’on servait une collation à ses hôtes. Mendoza ne toucha à rien. Il attendait, l’air sombre. A la demande de l’Empereur, Esteban confirma les dires de sa fille, sans entrer dans les détails. Il n’était pas question de révéler les risques que la jeune fille avait pris pour ses amis. Il se contenta de vanter les qualités de leur nouvel allié. L’Empereur était ravi.
CQ : Je me réjouis d’avoir pris la décision de laisser ma fille partir avec vous. Son séjour au Japon a l’air d’avoir été une réussite totale ! Je suppose qu’il en sera de même en Inde. Elle n’écrit pas grand-chose à ce sujet, à part pour évoquer la splendeur du palais…
E : Elle préfère sans doute vous raconter tout de vive voix quand elle reviendra. Elle est assez occupée par les préparatifs, c’est à peine si elle a trouvé le temps d’écrire la lettre qu’elle m’a remise pour vous !
CQ : Dites plutôt qu’elle s’amuse trop pour songer à son devoir. Qu’elle en profite, une telle occasion est unique ! La vie lui réserve sans doute plus de soucis que de bonheurs, comme à nous tous….J’ai quant à moi des nouvelles moins réjouissantes à vous annoncer. Il s’est malheureusement passé ici en votre absence quelques événements que nous n’avons pu éviter malgré nos précautions, et cela est fort contrariant. Ne vous alarmez pas cependant, senor Mendoza, je me suis engagé à prendre soin de la santé de votre femme et…
M : Que s’est-il passé ? L’enfant…
CQ : Il n’y a plus rien à craindre pour l’instant. Mais elle devrait se montrer plus raisonnable. Enfin, je suis sans doute injuste…Tenez, lisez ceci, c’est apparemment la cause d’une émotion qui a fragilisé son état.
L’Empereur tendit à Mendoza le billet qu’Isabella avait laissé tomber avant de s’enfuir dans la nuit. Avant même de le lire, il savait. Esteban vit son ami blêmir.
CQ : Ce billet accompagnait un présent, le voici.
Il voulut lui remettre l’écrin qui contenait le rubis, mais le capitaine ne pouvait détacher ses yeux du billet qu’il tenait, aussi le souverain donna-t-il l’objet à Esteban. Le jeune homme ouvrit la boîte et lâcha une exclamation de surprise : le bijou était magnifique. Mendoza ne fit pas attention à sa réaction, et ne voulut pas même regarder le cœur de rubis qu’il lui montrait. Charles Quint observait son hôte ; il avait pensé lui demander des explications pour comprendre pourquoi son épouse avait réagi aussi violemment à la lettre, mais en constatant son attitude, il préféra s’abstenir.
CQ : L’audace et l’insolence de cette voleuse sont sans mesure, n’est-ce pas ?
Mendoza ne répondit pas ; sortant de sa torpeur, il tendit le billet à Esteban, qui cette fois poussa une exclamation outrée.
E : Elle vous a volé personnellement ?!
CQ : C’est une longue histoire…Je suis désolé que cela ait eu des conséquences si fâcheuses.
Mendoza ne disait toujours rien, son silence était aussi gênant qu’ inquiétant ; Esteban soupçonnait qu’une tempête intérieure l’agitait au point qu’il rassemblait tout son sang froid pour ne pas se décomposer devant l’Empereur. Il croisa les bras et se détourna vers la fenêtre. Esteban se sentit bien seul.
E : Elle s’en est donc pris à Isabella plutôt qu’à nous…quelle lâcheté !
CQ : J’ai sous-estimé la capacité de nuisance de cette femme, malgré les avertissements d’Isabella. J’ai voulu la tenir éloignée de mes affaires, mais j’en ai été incapable. Je suis profondément désolé de n’avoir pas su la protéger contre cette Hava, et contre elle-même. Elle a tenu à m’aider, comme la lettre vous l’indique.
E : Cela ne m’étonne pas…
CQ : Elle a reçu ce présent il y a quinze jours, un soir de pluie. Il faut que vous sachiez qu’elle avait pris l’habitude de se promener à sa guise dans le parc en évitant les heures propices à la promenade, aussi sortait-elle souvent le soir ou aux aurores, désertant sa chambre de façon déraisonnable ; bien entendu, j’avais donné des instructions pour qu’on la surveille sans la gêner, puisque personne n’avait pu la persuader de se conformer aux usages pour une femme enceinte. Elle est sortie si rapidement ce soir-là que sa suivante n’a pu l’en empêcher, et le garde posté à l’extérieur n’a pas réagi immédiatement ; il a expliqué avoir hésité à intervenir parce qu’il savait qu’elle le rabrouerait, et s’est contenté de la suivre, parce qu’il avait remarqué qu’elle marchait plus vite que d’ordinaire, et qu’elle n’était pas habillée pour sortir ; comme la pluie a soudain gagné en intensité, inquiet, il a fini par l’appeler, mais elle a accéléré le pas, jusqu’à essayer de courir. Il l’a rejointe à temps, car elle avait trébuché, et aurait pu tomber lourdement sur le sol. Fort heureusement, il a pu la retenir, mais elle a ensuite refusé d’être ramenée à l’intérieur. Il n’a pu que la faire s’appuyer contre un arbre, et est allé chercher du renfort. Le travail semblait avoir commencé quand il est revenu, et nous avons été très inquiets, mais l’alerte est passée. Pendant plusieurs jours cependant, l’état d’Isabella a continué à inquiéter les médecins. Elle reste alitée désormais, mais je soupçonne qu’elle ne se plie à cet ordre que parce qu’elle ne se remet pas de cette lettre ; elle n’a plus de goût à rien, même à mes affaires, alors qu’elle me pressait de la laisser servir la couronne malgré sa grossesse. Quand je vais la voir, elle ne parle pas. Les médecins assurent qu’elle et l’enfant sont hors de danger toutefois. Je suis certain que de revoir son mari lui fera le plus grand bien.
Il avait prononcé les derniers mots plus pour observer la réaction de ses hôtes que par conviction. L’embarras d’Esteban était visible. Son compagnon tournait toujours le dos à l’Empereur. Le jeune homme allait se décider à parler quand Mendoza se retourna et sortit enfin de son silence. Son visage était impassible, mais ses yeux brillaient d’un éclat inhabituel.
M : J’irai la voir dès que vous m’y autoriserez. Je vous suis infiniment reconnaissant du soin que vous avez pris d’elle et vous demande pardon pour le dérangement que cela a causé. C’était à moi de la protéger.
CQ : Vous ne pouviez pas savoir que les choses tourneraient ainsi. Laissez moi vous éclairer sur les agissements de cette criminelle, ou plutôt devrais-je dire des ennemis de la couronne, puisqu’il semble que je sois servi par des traîtres.
Quand il eut terminé son récit des événements depuis la visite de Gomez, Mendoza l’informa du sort de Roberto.
CQ : Voilà qui est fâcheux. J’ai fait jeter Gomez en prison, au moins il est isolé.
M : Vous feriez bien de vérifier dans quel état il est. Et comment se porte la suivante que ma femme a envoyée en mission ?
CQ : A ma connaissance, elle se remet sans problème.
M : La maladie ne se propage donc pas si facilement, à moins que cela soit bel et bien un empoisonnement. Je n’ai pas véritablement vérifié les rumeurs à Barcelone.
CQ : Prions pour qu’il s’agisse effectivement d’un empoisonnement. Je vais néanmoins faire surveiller étroitement Gomez et Liselotte.
E : Si j’ai bien compris, on a livré à votre fils un prototype de char armé, pour le paiement duquel les bijoux ont été vendus à un joailler que Gomez aurait assassiné pour lui voler les bijoux, puis Hava l’aurait poursuivi pour récupérer ces mêmes bijoux. Comme il les avait déjà revendus à Dona Gracia Nassi, elle les a rachetés, aux dires de cette dernière, puis elle a agressé Gomez pour récupérer la lettre de change qui lui aurait permis d’encaisser plus tard le montant de la transaction. Excusez-moi, mais le comportement d’Hava est vraiment étrange. D’après ce que pensent Gomez et Isabella, elle serait derrière la livraison du prototype, elle aurait donc reçu l’argent. Qu’elle ait voulu aussi les bijoux, soit, mais qu’elle les rachète ! La banquière a-t-elle vraiment dit la vérité ?
CQ : Elle s’est enfuie avant que j’aie pu la faire arrêter pour la questionner, ce qui est le signe évident de sa complicité. Nous avons toutefois retrouvé un registre mentionnant la transaction.
E : Quel intérêt aurait-elle à s’associer à Hava ? Etes vous sûr qu’elle n’a pas fui par crainte d’être accusée à tort ? N’est-elle pas une convertie ? Sans vous offenser, je sais que les juifs convertis ne sont pas toujours traités équitablement…Et puis, si elle a su que les bijoux qu’elle a revendus à Hava appartenaient à votre femme, elle a sans doute craint votre colère….
CQ : Je vous entends, mais sa fuite reste pour moi hautement suspecte !
M : Vous pensez qu’elle n’a pas vendu les bijoux à Hava, mais les a récupérés pour cette dernière? Cela paraît étrange en effet.
E : Et vous oubliez qu’Hava a fait exprès de mettre Liselotte sur la piste de Don Gracia Nassi, c’est une drôle de façon de traiter sa complice !
M : Sauf si Hava a voulu s’amuser, comme elle le dit dans la lettre envoyée à Isabella….
CQ : Vous ne connaissez pas la duplicité de ces convertis ! Il en est très peu à qui l’on peut faire véritablement confiance ! Tenez, mon ancien secrétaire, Gonzalo Pérez, que j’ai envoyé auprès de mon fils parce que j’avais toute confiance en lui, même si c’est un marrane, eh bien, n’est ce pas lui, selon Gomez, qui a assisté Philippe dans ses manigances ? Mon fils a fini par avouer qu’il avait demandé à Pérez de vendre les bijoux, parce qu’il était sûr que sa défunte mère aurait approuvé qu’il se serve de sa fortune pour le bien du Saint Empire, mais croyez-vous que Pérez m’en aurait informé avant qu’il soit trop tard ? Non ! Il a préféré obéir à Philippe ! Sans doute croyaient-ils tous les deux que je ne serais jamais au courant, ou du moins pas avant que Philippe ne me succède ! Sans Gomez, cela aurait pu être le cas…
E : Que comptez-vous faire à présent ?
CQ : Le mal est fait…Philippe triomphe, il me fait miroiter la livraison des chars, il m’assure qu’il a trouvé un financement pour mes troupes, grâce à l’exploitation de mines d’argent dans le Nouveau Monde. La même personne qui lui vend les chars lui a donné l’information, soit disant !
E : Attendez, cela signifierait que cette personne n’aurait rien à voir avec Hava…
CQ : Effectivement….il est difficile de croire que cette criminelle ait empoché l’argent de la vente des bijoux, puis volé les bijoux, pour ensuite donner à mon fils une information lui permettant de trouver un nouveau financement pour ses projets.
M : Sauf si elle ne cherche qu’à soutirer plus d’argent au prince Philippe. Elle ne peut pas exploiter les mines, mais l’Espagne le peut.
CQ : Pour moi, elle n’est qu’une voleuse, comment pourrait-elle fournir à mon fils cette arme nouvelle ?
E : Certains éléments nous font penser qu’elle n’agit pas seule.
CQ : Effectivement, Isabella m’a mis au courant de vos ennuis…
E : Elle possède probablement un navire d’une technologie avancée, et son fils a cherché à nous dérober des objets qui n’intéressent pas le premier voleur venu…
CQ : Je ne sais plus que penser…
E : Avez-vous ordonné à votre fils de cesser tout commerce en vue de la livraison des chars ?
CQ : Non…il sait que je suis au courant, que le conseil de régence est au courant…mais je me suis dit que ces armes pouvaient nous êtres utiles…et que nous pouvions peut-être arrêter ceux qui les fabriquent, et récupérer l’argent déjà versé, à défaut de récupérer les bijoux.
E : Comment comptez-vous vous y prendre ?
CQ : Philippe se croit dans une position de force vis-à-vis de moi, il est si arrogant qu’il pense que je devrais lui être reconnaissant, il est persuadé que je lui serai bientôt redevable de mes futurs succès militaires. Je vais le laisser croire cela.
E : Cela vous arrange…
CQ : Eh ! une guerre est affaire de moyens…Par contre, hors le conseil de régence, personne n’est au courant.
E : A part Gonzalo Pérez. Vous l’avez fait jeter en prison ?
CQ : Non, c’est un intermédiaire indispensable entre mon fils et son « fournisseur ».
E : je croyais qu’il avait perdu votre confiance.
CQ : Je n’ai pas dit que j’avais encore confiance en lui. Mais il nous est indispensable, et maintenant que sa faute a été découverte, il n’a aucun intérêt à nous trahir. Je me suis engagé à ne pas le faire exécuter. Il continuera son rôle d’intermédiaire.
M : Vous comptez découvrir grâce à lui qui est en affaires avec le Prince ? Et s’il n’est pas un simple intermédiaire, mais un véritable complice ?
CQ : Qu’est-ce qui vous fait penser que ce pourrait être le cas ?
M : Vous avez dit qu’il était marrane.
E : Et Hava est un prénom juif…cela fait un lien possible entre eux…mais c’est sans doute une coïncidence ! Et puis, il a servi l’Empereur, il sert le Prince, cela prouve sa loyauté envers la couronne ! Franchement, Mendoza, ne me dis pas que tu le soupçonnes simplement en raison de son origine !
M : Non, mais c’est une coïncidence à ne pas négliger. Vous-même, Majesté, vous pestiez tout à l’heure contre la duplicité des convertis.
CQ : Il est vrai…
E : Bon sang, vous envisagez qu’il soit coupable simplement sur un préjugé révoltant ! Si c’est comme ça, ne comptez pas sur moi pour vous aider ! J’ai autre chose à faire !
M : Esteban ! Ne te méprends pas….les opprimés, ceux qu’on méprise et qu’on rejette, ceux qui ont souffert, cherchent parfois à prendre leur revanche, s’ils le peuvent. Vos propos, Majesté, sauf votre respect, m’ont rappelé cela. Si vous-même dénigrez ainsi quelqu’un qui vous a servi loyalement, il est probable que Gonzalo Pérez ait eu à faire face dans sa vie, dans sa carrière, à de semblables remarques, qui ont pu nourrir un ressentiment.
CQ : Je l’ai toujours protégé, il est vrai, mais d’autres ne se sont pas privés pour médire contre lui. Tout à l’heure, je me suis laissé emporter par ma colère . Vous avez raison d’être choqué, Esteban. Je comprends ce que vous voulez dire, Mendoza, mais franchement, imaginer Gonzalo Pérez complice d’Hava pour une question de revanche…
E : Et tu crois qu’Hava est une victime qui cherche à prendre sa revanche ?
Le ton était incrédule et moqueur, mais il se rendit vite compte en voyant la tête de Mendoza que ce dernier ne goûtait pas l’ironie de sa répartie.
M : Je crois surtout qu’il est bien des choses que nous ignorons encore et que nous ne devons négliger aucune possibilité.
CQ : Eh bien, je suis de votre avis ! De toute façon, Gonzalo Pérez sait que Juan de Zuniga et Juan Pardo de Tavera, le grand Inquisiteur, le surveillent désormais. S’il nous trahit, il signe son arrêt de mort. Qu’il soit complice ou non, son seul intérêt est de nous aider.
M : A moins qu’il ne préfère servir un intérêt supérieur…
CQ : J’en serais fort chagriné. C’est un homme que j’ai beaucoup apprécié…
E : Espérons donc pour lui qu’il n’ait rien à voir avec Hava. Je n’ose imaginer le sort que vous et l’Inquisiteur lui réservez si c’est le cas, quant à Hava, s’il la trahit pour vous, je ne donne pas cher de sa peau non plus !
CQ : Espérons-le en effet…vous avez toujours votre franc-parler, jeune homme ! Je vous assure que je saurai me montrer plus magnanime que vous l’imaginez.
E : Je vous demande pardon, je n’arrive toujours pas à accepter la réalité de ce monde. Mais ce que j’ai vu au Japon m’a donné un peu d’espoir…
CQ : Vraiment ? Il faut que vous me racontiez cela plus en détail. Nous avons encore un peu de temps avant le dîner…
E : Euh…oui, je vais tâcher de vous satisfaire…
Il réfléchissait à toute allure à l’histoire qu’il allait devoir inventer pour ne pas alarmer l’Empereur sur les dangers encourus par Marie. Comme d’habitude, il avait parlé trop vite ! Il fallait qu’il invite Mendoza, qui savait la vérité, à ne rien dire . Il chercha son regard, et son ami lui fit un signe de tête entendu, avant de s’adresser à Charles Quint.
M : Si vous le permettez, je vais vous laisser, j’aimerais me rendre auprès de ma femme.
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par TEEGER59 »

nonoko a écrit : 21 mai 2022, 12:10 Le travail semblait avoir commencé quand il est revenu, et nous avons été très inquiets, mais l’alerte est passée... Les médecins assurent qu’elle et l’enfant sont hors de danger toutefois.
As-t-elle accouché ou pas? Et fille ou garçon?
nonoko a écrit : 21 mai 2022, 12:10 :Mendoza: : Si vous le permettez, je vais vous laisser, j’aimerais me rendre auprès de ma femme.
Ahhhhh!!! Vivement le chapitre prochain.
Embrassades ou réglement de compte? Telle est la question...
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Voici ENFIN la dernière partie du chapitre, j'espère qu'elle apportera des réponses satisfaisantes.
Merci de votre patience et de votre fidélité! Vous retrouverez normalement tous les personnages dans le prochain chapitre ( Zia! Zia! Tao et Indali!)
Bonne lecture.

Partie 6.

La chambre était plongée dans la pénombre. Seul un feu mourant dans l’âtre de la cheminée éclairait la pièce d’une lueur vacillante. Quand Mendoza s’était présenté dans l’antichambre, la servante n’avait montré aucune surprise, sa venue avait dû être annoncée ; en revanche, elle l’avait dévisagé longuement de façon fort déplaisante, à moins que qu’il n’ait eu cette impression que parce qu’il se sentait singulièrement mal à l’aise d’être là, ne sachant pas réellement dans quel état il allait retrouver sa femme, ni dans quelle disposition à son égard. Accepterait-elle seulement de le voir, de lui parler ? Que pouvait-il lui dire ? Il était obligé de lui rendre visite, personne n’aurait compris qu’il ne le fasse pas, mais s’il avait pu s’y soustraire, il l’aurait fait. Malgré son désir de voir Isabella, il savait qu’il n’avait plus sa place auprès d’elle, et que sa présence la ferait souffrir. Peut-être le revoir la ferait-elle au moins sortir de sa torpeur, ne serait-ce que pour l’insulter. Il s’approcha du lit où elle reposait, soutenue par d’épais coussins qui la maintenaient à moitié assise, sans qu’elle manifeste aucune conscience de cette présence nouvelle dans la chambre. La servante l’avait pourtant annoncé, avant de le laisser entrer et de les laisser seuls. Les flammes tremblantes éclairaient le visage de la convalescente. Ses lèvres pleines étaient légèrement entrouvertes ; elle respirait doucement, les paupières fermées. Mendoza la contempla un long moment, soulagé de pouvoir profiter de sa présence sans qu’elle le voie. Sous la couverture, le ventre rond attestait qu’elle n’avait pas perdu l’enfant. Leur enfant. Il s’était imaginé les protéger, tous les deux, quand il serait né. Il aurait été présent pour eux, il s’était juré qu’il ne les abandonnerait jamais, que l’enfant aurait un père à ses côtés, pour l’aider à grandir, et Isabella un mari, pour partager ses joies et ses peines. Ce rêve avait volé en éclats. Avait-il d’ailleurs jamais cru qu’il se réaliserait ? Il savait trop bien que dans ce monde, rêver ainsi revenait à s’illusionner amèrement, et qu’il valait mieux s’abstenir d’espérer trop pour ne pas passer son temps à ramasser les débris des rêves brisés. Son histoire avec Isabella avait trop mal commencé pour se poursuivre dans la sérénité ; sa vie elle-même avait trop mal commencé pour qu’il puisse espérer un jour être heureux ; la vie d’Isabella n’avait été qu’une succession de deuils et de trahisons. Elle était trop habituée à avancer seule. Elle n’avait pas besoin de lui.

Elle ne se réveillait pas. Il s’assit dans le fauteuil installé près du lit. Il avait tout son temps. Il n’était pas pressé de retourner participer à la résolution des ennuis de Charles Quint. Esteban, malgré sa maladresse, s’en tirerait fort bien tout seul. Pedro et Sancho égaieraient le dîner. Cela changerait l’Empereur des habituelles mondanités. Dans le calme de la chambre sombre, Mendoza savourait ce moment de bonheur volé à sa compagne, cette parenthèse qui lui donnait l’illusion qu’il était encore tout pour elle, et elle pour lui. Quand elle l’avait chassé, elle l’avait livré à Hava. Cette dernière hantait les jours et les nuits de Mendoza, ne lui laissant aucun répit. Auprès d’Isabella, le fantôme de l’enjôleuse le laissait enfin tranquille. Il ne pouvait détacher ses yeux du visage tant aimé, et aucune image parasite ne s’imposait plus dans son esprit. S’il pouvait la toucher sans qu’elle se réveille…
Sa main droite reposait sur la couverture, à quelques centimètres de lui. Il hésita, s’enhardit, n’y tint plus : doucement, il posa sa main sur la sienne. Ce contact le fit frissonner. Elle ne bougea pas. En d’autres circonstances, il aurait soulevé la main de sa compagne jusqu’à pouvoir déposer un baiser sur sa paume, mais il n’osa pas. Ce simple contact était un bonheur inespéré, qu’il savait ne pas mériter. Pendant de longs instants ils restèrent reliés ainsi l’un à l’autre, lui, l’enfant et elle, puis il se décida à lui parler. Qu’elle n’entende pas n’avait aucune importance, il savait qu’il serait incapable de lui parler ainsi si elle était éveillée, l’écrasant de son mépris et de sa colère jusqu’à étouffer toute parole dans sa gorge.
M : Tu as raison de me haïr. Je ne cesse de te faire souffrir. Nous avons cru pouvoir être heureux ensemble. Tu portes un enfant de moi, tu es ma femme. Tu le seras toujours, pour moi. Pour toi, je sais qu’il ne s’agissait que d’une formalité à laquelle tu t’es pliée par obligation. Je ne te demande pas de me pardonner, je suis impardonnable. Je ne souhaite que peu de choses : que tu ailles bien, que tu mettes notre enfant au monde, que tu puisses être enfin délivrée de moi. Je veillerai sur toi, sur vous deux, je ne laisserai personne vous faire du mal, encore, tant que je vivrai. J’ai juré de tuer Hava. Je l’ai promis à ton frère, mais c’est pour toi, pour moi que je veux le faire. Je le ferai, si j’en ai la possibilité. Tu n’auras plus à souffrir par sa faute, si tu ne peux pas cesser de souffrir par la mienne.

Tandis qu’il parlait, peu à peu sa main s’était crispée sur celle d’Isabella, sans qu’il s’en rende compte. Les sens de la jeune femme s’étaient mis en éveil, et la voix familière s’était frayée un chemin jusqu’à sa conscience. Un nom avait suffi à l’alerter, et Mendoza n’avait pas remarqué que son souffle s’était arrêté une seconde quand il avait prononcé le nom tant haï. A ses derniers mots, elle ouvrit brusquement les yeux, tourna la tête et les plongea dans ceux de son mari, qui avait aussitôt remarqué son réveil et la regardait, tétanisé.
I : Tue-la, c’est la seule chose que tu puisses faire pour moi.
Involontairement, il lui serra la main, submergé par l’émotion. Elle tira son bras vers elle pour se dégager, mais il ne la lâcha pas. Brusquement, il porta la main aimée à ses lèvres et l’embrassa farouchement. Isabella poussa un tel cri qu’il regretta aussitôt son geste impulsif. Il desserra son étreinte, libéra la main de son épouse qui s’abattit sur la couverture comme un oiseau blessé. Isabella ferma les yeux pour empêcher ses larmes de couler. Il était revenu, il était là, et elle ne pouvait le maudire en face comme elle l’avait fait mille fois depuis qu’elle avait reçu le présent plein de fiel d’Hava. Il suffisait qu’il la touche, qu’elle sente le contact de sa peau sur la sienne, de ses lèvres humides pleines de désir pour elle, pour que sa chaleur embrase ses sens et lui rappelle sa faiblesse : elle l’aimait toujours, mais elle le haïssait tout autant, elle le haïssait surtout pour cet amour dont ils ne pouvaient se débarrasser l’un et l’autre, un amour sali, un amour souillé par une autre, un chancre qui les rongerait jusqu’à la mort.

Désemparé, Mendoza regardait les larmes couler en silence. Isabella s’était crispée pour étouffer les gémissements qu’elle sentait gonfler dans sa gorge. La porte s’entrouvrit.
S : Monsieur, tout va bien ? Dois-je appeler quelqu’un ?
M : Non, c’est inutile. Je suis là.
S : Dans ce cas, je vous laisse, mais si vous avez besoin…
M : Je vous remercie. Laissez-nous !
L’intervention de la suivante l’avait irrité. Il était déterminé à veiller sur Isabella. Elle le repoussait mais il n’allait pas cette fois la laisser s’éloigner de lui. Il l’avait laissée seule trop longtemps, elle avait besoin de lui autant qu’il avait besoin d’elle, pour chasser le fantôme d’Hava.
M : Isabella…je ne te laisserai plus…tant que je serai près de toi, ils ne pourront pas nous faire du mal, ensemble, nous serons plus forts, rien ne pourra nous atteindre, aucune perfide parole, aucun sous-entendu ne sèmera le doute et le trouble. Je t’ai juré fidélité quand j’étais déjà parjure, mais j’ai juré aussi de te soutenir dans les joies et les peines, et je ne manquerai pas à ma parole. Tu as dû subir une épreuve terrible par ma faute. Je suis enfin là à tes côtés, pour te soutenir dans cette épreuve. Ne me repousse pas, ne me rejette pas. La vengeance sera notre consolation. Mais la vengeance ne suffit pas : notre enfant n’en a que faire, notre enfant a besoin d’une autre consolation. Il a besoin que tu le rassures, que tu cesses de pleurer, que tu le berces d’un chant d’amour et non de haine.

Tout en parlant, doucement, il reprit la main d’Isabella, la guida vers le ventre rebondi, et la maintint appuyée légèrement. Les larmes de la jeune femme coulaient toujours, mais sa gorge se desserrait. Le cauchemar dans lequel elle se débattait depuis que les mots d’Hava avaient marqué son cœur au fer rouge allait-il prendre fin ? Elle avait fui dans la nuit pour tenter de faire exploser son cœur, elle avait déliré de fièvre pendant des jours sans parvenir à oublier les mots qui résonnaient dans sa tête, répétés par une voix inconnue, elle avait espéré que la douleur des contractions noierait les mots dans un océan de souffrance, en vain. Alors elle s’était efforcé de faire en elle le vide, de ne penser plus à rien, jusqu’à se couper du monde, car dès qu’elle se laissait revenir à la réalité, elle voyait le cœur de rubis flamboyer devant ses yeux, les mots d’Hava danser dans sa mémoire. Mais depuis que Mendoza lui parlait, depuis qu’il la touchait, malgré sa présence qui l’avait tirée de sa torpeur, malgré le nom d’Hava qui avait résonné à ses oreilles, elle n’était plus entraînée malgré elle sur le chemin de cette nuit de cauchemar où elle avait failli basculer dans la folie, perdre son enfant, perdre la vie, mourir, seule, loin de lui. Au contraire, elle s’éloignait des ténèbres, guidée par la voix apaisante de son époux. Elle n’avait plus la force, plus la volonté de lutter contre cette évidence, elle se laissait porter. Il était de retour, il la sauvait d’elle-même, de sa fierté et de sa défiance, une fois de plus. Il avait raison, elle ne pouvait pas lui pardonner. Mais elle pouvait faire la paix avec elle-même, pour son bien, pour celui de l’enfant, et lui laisser le soin de les venger d’Hava.
Mendoza resta auprès d’elle aussi longtemps qu’il lui fallut pour se calmer. Il ne parla plus, ne fit pas un geste de plus. Quand il vit qu’elle ne pleurait plus, que sa respiration était à nouveau calme, il lâcha la main d’Isabella et se leva. Elle ouvrit les yeux pour le regarder partir. Comme il s’apprêtait à quitter la pièce, il entendit sa voix derrière lui.
I : Je te remercie, Juan Carlos Mendoza. Honore ta promesse, puisque tu tiens encore à moi, comme je tiens à toi. Je m’engage à prendre soin de notre enfant, mais n’attends rien de plus…
Sans se retourner, il hocha la tête pour montrer qu’il acceptait ces remerciements et ces conditions, qui allaient au-delà des ses espérances. Il avait franchi la porte de la chambre d’Isabella sans savoir à quoi s’attendre, il repartait avec ces mots précieux qui agissaient comme un talisman contre le spectre d’Hava : « tu tiens encore à moi comme je tiens à toi ».
Il traversa l’antichambre sans un regard pour la suivante qui attendait impatiemment de savoir ce qui s’était passé entre eux, et sortit prendre l’air dans les jardins. La nuit était tombée, la pleine lune éclairait les parterres parsemés de feuilles mortes. Mendoza leva la tête vers le ciel sans nuages. Les étoiles familières qu’il observait chaque nuit en mer brillaient au-dessus de lui. Peut-être Hava contemplait-elle elle aussi ce ciel étoilé quelque part, à bord de sa galère. Peut-être le cherchait-elle, comme il la cherchait. Se doutait-elle que leur prochaine rencontre serait une rencontre fatale ? Peut-être sa cruauté envers Isabella n’avait-elle d’autre but que d’attiser la haine de son amant, peut-être avait-elle elle aussi besoin d’être délivrée de ses cauchemars ?
M : Si c’est ce que tu désires, Hava, alors je le désire aussi. Où que tu sois, nous nous retrouverons, bientôt.
"On savoure mieux ce qu'on a désiré plus longtemps, n'est-ce pas Mendoza?"
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TEEGER59
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par TEEGER59 »

C'était... "bouleversifiant".
Oui, je sais, ce n'est pas très français mais je suis toute estrancinée... :x-):
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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