A la recherche de l'Empire perdu

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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

TEEGER59 a écrit :
03 juin 2017, 18:52
Ta fanfic est bien plus intéressante que la mienne!
C'est drôle... C'est exactement ce que je me dis quand je lis ta fanfic :D
"Si seulement je pouvais arriver à la cheville de Teeger..."

Je suis très flattée de lire ton commentaire :-@

smilemma a écrit :
03 juin 2017, 23:41
J'aime beaucoup, c'est très agréable à lire et l'histoire est emmenée à la perfection ! Bravo ! :D
Merci beaucoup ! :lol: Ravie que ça te plaise
La terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre (proverbe amérindien)

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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Chapitre 9. Quand Ambrosius n’y comprend plus rien

Un miroir… Il lui fallait absolument un miroir…
Il n’allait pas attendre que ses amis lui aient ramené Laguerra junior pour en avoir un à disposition… Elle était bien capable de l’avoir perdu ! Toutes les femmes qu’il avait connues jusqu’ici ne lui avaient apporté que le malheur. Et la fillette – il en était certain – n’échapperait pas à la règle.
Ambroise de Sarle descendit de sa nef sous un soleil resplendissant. L’atmosphère était encore plus étouffante que la veille. L’homme ne parvenait toujours pas à comprendre comment les autochtones pouvaient se vêtir de cette manière, sous prétexte de se protéger du soleil… Il lui semblait que leurs tuniques de lin étaient plus lourdes et plus chaudes que les vêtements des Européens. Et quelle idée de se masquer ainsi le visage !
Il se dirigea vers ce qui avait vu du haut du ponton un éclat lumineux et qu’il pensait être un étalage de verres.
Tandis qu’il franchissait une espèce d’enceinte, Ambrosius entendit des murmures s’élever derrière lui. Un individu l’apostropha dans un dialecte local, l’obligeant à se retourner. Autour d’eux, un attroupement se formait peu à peu d’où s’élevait un grondement visiblement de mécontentement. L’alchimiste fronça les sourcils.
Que racontaient-ils ? Si seulement ils ne parlaient pas tous en arabe !
Le petit homme leva les mains en signe d’incompréhension :
- Je suis désolé… je ne comprends pas…
Ambrosius n’eut pas le temps de terminer sa phrase. On lui assigna un coup derrière la tête et l’alchimiste s’effondra sur le sol poussiéreux.

Il avait l’impression qu’on lui avait fendu le crâne en deux. Un liquide chaud giclait le long de sa tempe.
Il reprit connaissance et réussit à ouvrir les yeux – qu’il referma aussitôt tant son sang coulait. Ambrosius entendit des éclats de voix au-dessus de lui. Et aussi qu’on se battait.
Où étaient donc Fernando et Athanaos ? Ils devraient être là maintenant…
Ce n’était pas eux qui parlaient au-dessus de lui. Il ne discernait aucune de leurs voix, bien qu’il y en ait deux distinctes. La première lui était totalement étrangère. En revanche, il reconnaissait très bien la seconde même si elle s’exprimait dans une langue berbère…
Il était sauvé !
Ambroise poussa un soupir de soulagement. Même s’il n’était pas certain que son défenseur lui viendrait en aide, il savait qu’il ne le laisserait pas aux mains de ses assaillants.
La voix gronda encore en arabe pour faire fuir les agresseurs, puis s’adressa plus doucement à lui :
- Maitre Ambrosius ? Est-ce que ça va ? Maitre Ambrosius !
Il essaya d’articuler quelque chose avant de s’évanouir à nouveau.

- Vous croyez qu’il nous entend ?
- Je pense.
- Il semble être revenu à lui…
On lui tamponnait le front avec de l’eau.
Allongé sur un sofa dans la nef, Ambrosius battit doucement des paupières, puis de plus en plus vigoureusement. Il regarda tour à tour les trois visages qui l’examinaient avec attention. Fernando et Athanaos étaient visiblement soulagés de le voir réveiller. La troisième silhouette, en revanche, restait impassible.
L’alchimiste remarqua alors les bandages que son bienfaiteur portait sur le corps. Il s’était blessé en volant à son secours… Ambroise de Sarle esquissa un pâle sourire et murmura faiblement :
- Merci Isabella…

Il se sentait à présent beaucoup mieux, même si la tête lui tournait encore. Il était désormais près à reprendre la route, même si son esprit était ailleurs depuis son agression.
Ambrosius devait se l’avouer : la fille de son ami l’intriguait de plus en plus. Elle possédait des connaissances que lui-même n’avait pas, elle savait se battre… Mais qui était-elle ? Plus le temps passait et plus il commençait à se demander si le Docteur ne l’avait pas emmenée avec eux à sa demande.
Pendant qu’Athanaos l’aidait à se remettre sur pieds, l’alchimiste avait saisi quelques bribes de conversation entre les deux Laguerra :
- Où as-tu déniché cette rapière ? J’ai cru comprendre qu’on n’avait pas voulu t’en vendre une.
Fernando comprit lorsqu’il vit sa fille hésiter. Elle l’avait volée ! Il préféra toutefois ne pas la réprimander. Après tout, elle avait sauvé la vie d’Ambroise. Il ne doutait pas que le corps de son ami serait très certainement en miette à l’heure qu’il était si elle n’était pas intervenue.
- Je suis fier de toi ma fille ! Être venue à bout de trois hommes solidement armés…
- Je n’ai aucun mérite… Je me suis entrainée en cachette avec des soldats au Portugal… Je n’ai fait qu’appliquer les leçons…
Son père poussa un sifflement admiratif.
- Et je n’étais pas toute seule, rajouta Isabella.
- Tu n’étais pas toute seule ? Pourtant, lorsqu’on est arrivé, il n’y avait que toi à côté de lui…
- Un nomade m’a aidée. C’est aussi qui m’a conseillée de partir de la madrasa.
- Mais tout de même, à sept ans…
Ambrosius les interrompit :
- Nous allons mettre les voiles. Êtes-vous prêt à partir pour Aqaba ?
Le Docteur fronça les sourcils.
- On va à Aqaba ? Mais…
- Je croyais qu’on allait à Myos Ormos ? le coupa sa fille qui voyait son rêve le plus cher s’envoler.
- Changement de programme ! Demandez à Athanaos. Je n’ai rien compris… Une histoire d’ibis et de cigognes, ou quelque chose comme ça…, fit Ambroise en haussant les épaules.
Il s’apprêtait à remonter l’échelle de sa nef quand il s’arrêta net.
Quelque chose clochait… Pourquoi elle avait dit ça ?
- Une minute, toi ! rugit-il. Comment sais-tu qu’on devait partir pour Myos Ormos ?
Isabella rageait.
Bravo ! Elle avait tout gagné ! La phrase de trop, comme d’habitude… Il n’y avait pas un proverbe qui disait qu’il fallait tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler ? Maintenant, elle pouvait dire adieu à la reconnaissance d’Ambrosius…
Jusqu’à présent, son plan avait fonctionné à merveille. Comme prévu, elle était arrivée au moment où Ambroise de Sarle s’était trouvé en mauvaise posture – une chose qui devait bien arrivée à un moment donné.
Elle voulait à tout prix les accompagner dans leur quête de Mu. Aussi, le seul moyen qu’elle avait trouvé était justement de remonter dans l’estime de l’alchimiste – jouer la carte de la divine providence en quelque sorte pour lui montrer qu’elle était indispensable. Mais ça, elle pouvait l’oublier maintenant…
Elle avait bénéficié de l’aide inespérée de Rachid pour faire fuir les assaillants trop nombreux à son goût.
En revanche, elle n’y était pour rien si Ambrosius était entré dans l’iwan de la mosquée interdite aux profanes et s’était attiré les foudres des musulmans. Il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même !
- Parce qu’elle était dans la nef depuis trois jours. C’est bien ça Isabella ? demanda Athanaos, descendu quand il avait entendu son ami hurler. C’est comme ça que tu es arrivée si vite quand Ambrosius a crié ?
Devant sa lucidité habituelle, la jeune fille, penaude, ne put que hocher la tête :
- J’étais cachée dans la coque…
Fernando manqua de s’étouffer.
Cela faisait plusieurs jours qu’il se faisait un sang d’encre, et il apprenait seulement maintenant que sa fille, qu’il croyait ne jamais revoir, était deux étages sous lui !

Ambrosius ne pouvait s’empêcher de rire intérieurement.
Isabella était peut-être la fille de Fernando, mais question caractère, ils ne se ressemblaient pas du tout. Loin de là. Elle était prête à tout pour parvenir à ses fins, quoi qu’il en coûte. Au fond, elle était exactement comme lui…
Regardant devant lui, ses mains gantées posées sur le gouvernail, il tendit l’oreille. Peut-être que cette fois-ci, il comprendrait quelque chose…
Athanaos réexpliqua la raison pour laquelle il voulait se rendre à Aqaba :
- La nuit où il y avait la pleine lune et avant qu’Ambroise nous réveille avec la lumière, j’ai fait un rêve…
Il leur parla de l’ibis d’Aah, du bélier de Knoum et de la cigogne Benu. En revanche, il se garda d’évoquer le chien rouge du désert. L’alchimiste en avait déduit qu’il s’agissait d’un avertissement. Un avertissement déjà donné par la bohémienne rencontrée deux ans plus tôt.
C’était aussi la raison pour laquelle il ne s’était pas opposé à ce qu’Isabella soit internée à Ormuz. L’éloigner d’Ambrosius et de Fernando lui avait paru la meilleure solution, et il commençait à regretter qu’elle soit parvenue à rester auprès d’eux. Si le fameux traitre aux cheveux roux était Laguerra, le Grec savait qu’il n’avait aucun souci à se faire : jamais Fernando de Lagurra ne toucherait à sa fille. En revanche, si c’était Ambroise de Sarle…
- Dans la composition de l’Être dans l’Ancienne Égypte, l’ibis représentait l’akh, le bélier symbolisait le ka et la cigogne personnifiait le ba, murmura Isabella pour elle-même. Akh-Ka-Ba… Aqaba !
- Qu’est-ce tu espères trouver là-bas ?
- Comment veux-tu que je sache ? Je ne suis pas encore prophète Fernando ! rétorqua Athanase d’Éphèse, blessé dans son amour-propre.
- Ne te vexe pas. C’est juste que j’aurai préféré aller en Égypte…
- Moi aussi, renchérit sa fille dans une moue.
- Mais on va y aller ! Les prochaines étapes sont Éléphantine et Alexandrie, annonça leur ami.
- Éléphantine, c’est à cause de la gazelle et de l’antilope ? demanda Laguerra.
- Oui. La gazelle représente la déesse Satis et l’antilope sa fille Anoukis. Si on y ajoute le dieu Knoum, on obtient la triade d’Éléphantine.
- Évidemment ! C’est d’une limpidité…, fit Fernando qui ne pensait pas un mot de ce qu’il disait.

Et plus elle avait compris le charabia du Grec !
Décidément, il allait de surprises en surprises...
Ambrosius laissa Athanaos prendre la barre et descendit dans la pièce principale, un lieu qu’il chérissait plus que tout au monde. Là étaient rangés ses livres, encyclopédies et autres ouvrages qu’il jugeait utile à leur quête. C’est-à-dire plus d’une centaine d’écrits. Là aussi se trouvait l’antique Livre des Sept Langages que Fernando avait réussi à déchiffrer.
Son regard se posa sur les deux nouveaux venus. La pyramide et la boussole. Qu’allait-il bien pouvoir faire d’elles ? La boussole en orichalque était petite, de la même taille que les boussoles habituelles utilisées par les marins. Rien de plus simple que de la glisser dans une poche de sa chemise.
Mais le cône bleuté ? Il était plus encombrant et l’alchimiste craignait de le voir se briser s’il venait malencontreusement à basculer sur le plancher. Peut-être lui faire une place entre deux œuvres ?
Oui, ce serait le mieux… mais le problème restait le même : s’il prenait un livre avec maladresse, la pyramide tomberait. C’est pourtant ce qu’il fit en attendant de trouver une autre solution.
- Platon, Virgile, marmonna-t-il en séparant le Timée et les Géorgiques, je vous confie mon trésor… Prenez soin de lui.
Si quelqu'un l'avait entendu, il serait passé pour un fou. Mais au fond, ne l'était-il pas déjà ?
Satisfait de lui, Ambrosius s’approcha de la boussole, qu’il n’avait osé toucher jusque là. Elle était magnifique ! Finement ciselée, elle portait en son centre l’emblème de l’Ordre du Sablier, d’où partaient des rayons, semblables aux rayons du soleil.
Seize rayons… Athanaos et Laguerra devraient pouvoir me dire ce que ça signifie…
Ambroise de Sarle éprouvait un pincement de jalousie. Athanaos et Laguerra. C’étaient toujours eux qui trouvaient la réponse à une énigme qui leur barrait la route. Jamais lui.
L’alchimiste l’ouvrit. Les quatre coins cardinaux y étaient figurés avec une aiguille de direction s’alignant sur le champ magnétique. Rien de plus normal pour une boussole ! Mais il fut fortement intrigué par l’absence de l’aiguille d’inclinaison… Et à quoi pouvait bien servir les roues dentées qui étaient sur le cadran ?
Il referma l’objet et grimpa quatre à quatre l’escalier qui menait sur le pont, bien décidé à avoir une explication. Des éclats de rire fusaient. Le Grec tenait toujours le gouvernail à l’avant de la nef, tandis que Fernando et Isabella plaisantaient sur le château arrière.
Ambrosius rouvrit l’appareil de mesure et s’avança vers Athanaos.
Non. La question allait attendre…
L’alchimiste ne comprenait pas… Comment est-ce qu’un objet en orichalque pouvait pointer un être humain ?
Il se déplaça sur le bateau. Une hypothèque s’était échafaudée dans son esprit. Tantôt elle était vérifiée, tantôt elle était controversée. Comment se faisait-il que lorsqu’il approchait d’Athanaos, l’aiguille montrait son ami, alors que lorsqu’il s’en éloignait, elle désignait Laguerra ?
- On peut savoir ce que tu fais ? s’enquit le Docteur.
Ambrosius leva la tête devant trois paires d’yeux ahuris.
- Rien, répondit-il précipitamment.
- Tu ferais mieux de redescendre te reposer. Ils ont dû te donner un sacré coup, décréta Athanaos.
Regardant leur ami rejoindre l’étage inférieur, les trois autres échangèrent un regard intrigué.
- C’est normal qu’il faisait des va-et-vient ? interrogea Isabella.
- Je ne pense pas, fit son père dans une moue dubitative.

Ambroise de Sarle était incapable de mettre un nom sur ce qu’il ressentait.
Était-ce simplement le désespoir de ne pas savoir interpréter ce qu’il se passait ? Ou alors la colère de savoir qu’il était tenu dans l’ignorance ? Alors que les autres semblaient être liés par un secret ? Ils étaient trois à être à la recherche de l’empire de Mu et de ses savoirs perdus, Athanaos l’avait lui-même rappelé quelques jours auparavant. Pourtant, il était seul dans un flou le plus total.
Dans les deux cas, il était furieux. Il leva les yeux vers le trio au-dessus de lui.
Le trio…
L’alchimiste fronça les sourcils.
L’aiguille avait pointé Athanaos en premier, c’était indéniable. Mais vers qui s’était-elle tournée ensuite ?
Vers Laguerra père ? Ou Laguerra fille ?
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par nonoko »

J'ouvre les paris: vers Laguerra fille, cette gamine de sept ans est beaucoup trop avancée pour son âge: soit elle n'a pas vraiment sept ans, soit elle est tombée dans une potion d'orichalque quand elle était petite....
"On savoure mieux ce qu'on a désiré plus longtemps, n'est-ce pas Mendoza?"
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Merci nonoko pour le fou rire que tu m'as donné avec Isabella tombée dans une potion d'orichalque !
Obélix, sors de ce corps !!!
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Chapitre 10. L’alchimiste

Ormuz, colonie portugaise, automne 1517

La mélancolie ne quittait plus Ambrosius.
Il commençait à regretter sa résolution. Après sa découverte des fonctions de la boussole, il avait choisi de laisser opérer le temps, espérant que l’un de ses amis énonce une hypothèse – qu’il saurait fausse – quant à son fonctionnement. Mais voyant qu’aucune explication ne venait, il avait finalement dû se résigner à son malheur de l’ignorance.
À bord de la nef, l’humeur de ses camarades n’étaient guère meilleure.
- Si cela continue ainsi, nous allons finir comme les Atlantes et les Muens, soupira Fernando qui regardait la pluie, sa tête posée entre ses mains.
- Solon a dit que les deux continents ont été engloutis en l’espace d’un jour et d’une nuit…, marmonna le Français en haussant les épaules.
- Dans ce cas, encore cinq jours et tu pourras comparer ta nef à l’arche de Noé !
- Pour ça, il vous faudrait des animaux ! claironna Isabella.
Elle ravala ses paroles en voyant les regards sombres que lui envoyaient Ambroise et son père. La fillette était la seule à se réjouir du mauvais temps qui les obligeait tous à rester dans la pièce principale.
Depuis plusieurs semaines en effet, Laguerra junior arpentait la précieuse bibliothèque du navire. Elle n’avait pu résister à l’envie de découvrir une grande partie des ouvrages. C’était au tour d’Utopia de Thomas More lorsqu’Athanaos lui avait proposé une leçon d’alchimie.
- C’est bien. À présent, rajoute le basilic.
La plante fut jetée dans un récipient en ferraille qui leur servait de casserole. S’ensuivit une explosion qui fit sursauter Ambrosius, hors de lui :
- Seigneur ! Mais à quoi vous jouez tous les deux ? Si vous voulez mettre le feu à ma nef, vous êtes bien parti !
- Arrête de ronchonner. C’est juste une expérience…
- J’espère quand même qu’ils ne sont pas en train de nous préparer le repas. C’est leur tour, cette semaine…
Fernando se tut quand il vit ce que sa fille tenait dans les mains.
- C’est tout simplement… immonde. Heureusement qu’on ne va pas boire ça !
Il considéra une nouvelle fois les fioles contenant un liquide – si on pouvait appeler cela un liquide – d’un ton terre de sienne avec une grimace de dégoût. Il reprit, livide, quant il aperçut les regards amusés de son ami et d’Isabella :
- Rassure-moi Athanaos… tu ne vas tout de même nous faire avaler ce… cette potion ?
- Bien sûr que si, répondit l’intéressé, qui dut faire de son mieux pour ne pas éclater de rire lorsqu’il vit un nuage nauséeux passer sur le visage de Laguerra.
Isabella ferma les flacons avec un bouchon et les secoua énergiquement d’une main experte. Ambrosius la regarda faire avec un mélange d’impression et d’admiration. Elle semblait savoir ce qu’elle faisait et cela ne le laissait sans une certaine inquiétude.
Où avait-elle appris à faire cela ? Une chose était certaine : ce n’était pas au Portugal.
- C’est Ambroise qui nous a donné l’idée, expliqua Athanaos.
- Moi ? Je ne me souviens pas d’avoir suggérer quelque chose…
- Oui. Enfin non : c’est l’idée d’Isabella.
- Lorsque vous vous êtes attiré les foudres des musulmans, vous n’avez pas compris ce qu’ils vous disaient…
- Exact, confirma le Français qui ne voyait pas très bien où elle voulait en venir.
- Cette potion vous permettra – à tous les deux, reprit-elle en regardant son père, de comprendre les langues du monde.
- Les langues du monde ? Toutes les langues ? demanda Fernando, ahuri.
- Toutes, confirma Athanaos.
- Impossible… Cela n’existe pas ce genre de potion…, murmura Ambrosius.
- Eh bien mon ami, nous avons le plaisir de t’annoncer qu’Isabella et moi vous avons concocter une nouvelle recette… À qui l’honneur ? dit-il en leur tendant une des deux fioles.
Laguerra et Ambroise de Sarle échangèrent un regard.
- Vous dites qu’il s’agit d’une de vos inventions…, commença le Docteur, hésitant.
- Lequel de vous l’a essayée ? demanda Ambrosius, formulant à voix haute les pensées de son ami.
- C’est qu’on n’a pas vraiment envie d’être empoisonnés…
Merci pour l’encouragement, père…, pensa Isabella pour qui il s’agissait du premier apprentissage.
Elle échangea une œillade embarrassée avec le Grec. Devaient-ils leur révéler leur don ?
- Vous me faites confiance en tant qu’alchimiste ? répondit simplement Athanaos.
- Oui…
- Fernando la boira le premier.
- Hein ? Pourquoi moi ?
- Parce c’est ta fille qui a préparé la solution et je doute fort qu’elle laisserait son père s’intoxiquer…, affirma le Français.
Le Docteur lui jeta un regard noir, prit la petite bouteille de verre et but cul sec.
Contrairement à ce qu’il s’attendait, il ne perçut qu’un vague arrière-goût…
- C’est normal que je sente de la cacahouète ? demanda-t-il au bout d’un moment.
- De la cacahouète ? Ça a un goût de cacahouète ? s’exclama Ambroise.
- Oui. La cacahouète doit t’évoquer quelque souvenir qui t’est cher… Pour Ambrosius, en revanche, ce sera certainement un autre parfum.
Celui-ci fronça les sourcils. Hormis son nom, il n’avait rien compris de ce que visiblement devait être une explication. Son regard s’illumina soudainement : la potion marchait !
- En quelle langue ? interrogea-t-il, les yeux brillants d’excitation.
- Chinois, fit malicieusement Isabella.
Ambroise de Sarle lui arracha la deuxième fiole qu’elle tenait entre les mains et la vida d’un trait. Il pensait se délecter avec de la cacahouète salée. Au lieu de cela, il se retrouvait avec une saveur qu’il espérait ne plus jamais sentir dans sa bouche.
- Épinard.
- Épinard ? Qu’est-ce que tu pouvais bien te souvenir qui soit en relation avec des épinards ? s’étonna Laguerra.
Ambrosius sourit.
- L’année dernière, j’ai eu l’immense honneur de rencontrer le grand Leonardo da Vinci dans son manoir du Cloux à Amboise. Il m’a invité à partager son repas avec lui. Comme vous le savez, il est végétarien, donc nous avons été servi avec des épinards…
Il continua, perdu dans ses souvenirs :
- Homme, si vous êtes vraiment, comme vous le décrivez, le roi des animaux, – j’aurais dit plutôt le roi des brutes, la plus grande de toutes ! – pourquoi prenez-vous vos sujets et enfants pour satisfaire votre palais, pour des raisons qui vous transforment en une tombe pour tous les animaux ? La Nature ne produit-elle peut-être pas en abondance des aliments simples ? Et si vous ne pouvez pas vous contenter de tels aliments simples, pourquoi ne préparez-vous point vos repas en mélangeant entre eux ces aliments de façon sophistiquée ? Ah ! Un grand homme, vraiment…
- Principe que tu suis bien sûr à la lettre…, ricana Fernando.
- Et toi ? La cacahouète ?
- Le jour où j’ai rencontré Kamala…, fit-il tendrement, laissant à ses amis le soin d’imaginer d’où venait ce parfum.

- Si on ne peut pas obtenir les plans de ta future invention, nous pourrions peut-être prévoir nos déplacements à venir, suggéra Athanaos. À la lueur d’une bougie, on devrait pouvoir lire les cartes… Isabella le fait bien avec ses livres.
- Oui, au moins on ne perdra pas de temps, renchérit Fernando. On doit bien trouver une piste pour notre quête de Mu…
- Chut ! Pas devant elle ! coupa sèchement Ambrosius.
- Pourquoi, pas devant elle ? Je le lui ai dit, si c’est ça qui t’inquiète…
- Qu… Com… Pourquoi Athanaos ? balbutia le Français.
- Rappelle-toi ce que nous a dit maitre Orang : le premier Ordre du Sablier a disparu car il n’en restait aucun membre. On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir Ambrosius, alors je préfère qu’Isabella connaisse le Secret et soit son quatrième Gardien…
- Autant le crier sur tous les toits, ronchonna Ambroise de Sarle.
Mais il devait bien se l’avouer, son ami avait raison. Mais tout de même…
- C’est une fille !
- Évidemment que c’est une fille. Ne me dis pas que tu ne l’avais pas encore remarqué !
- Fernando, je crois que le problème n’est pas que ta fille soit une fille, mais plutôt qu’Isabella est une femme… C’est bien ça Ambrosius ?
Ce dernier se contenta de hausser les épaules. Inutile de cacher…
- Eh bien oui ! Les femmes doivent rester à leur place. C'est-à-dire à la maison, élever les enfants et tenir le ménage !
- Mais quel misogyne ! siffla Laguerra entre ses dents.
- Dans l’Antiquité, bon nombre de femmes ont occupé une place importante dans la société, à l’image d’Hypatie. D’ailleurs, je ne serais pas étonné qu’elle ait été un membre de l’Ordre…

Ambroise de Sarle laissa ses amis plancher sur les cartes maritimes. Athanaos leur avait montré un parchemin qu’il avait obtenu à Séville par l’intermédiaire d’un jeune garçon. Le Docteur et lui avaient échafaudé bon nombre d’hypothèses quant aux lieux où ils pourraient trouver des indices.
Mais le Français se moquait pas mal de savoir où ils passeraient. Il ferait comme à son habitude : les laisser se fatiguer à parler entre eux, leur demander la route à suivre au dernier moment et le tour était joué !
Pour l’heure, il se devait de contenter son ego. Athanaos avait évoqué une femme. Bien qu’il eusse fait semblant de connaître ce nom – surtout pour ne pas passer pour un imbécile devant Fernando –, il brûlait de savoir de qui il s’agissait.
Il regarda sa bibliothèque. Dans quel livre chercher ? Il se maudit de ne pas avoir penser à faire un index des sujets évoqués dans les ouvrages.
Ambrosius prit les Histoires d’Hérodote. Il le feuilleta rapidement avant de le refermer et de le reposer sur l’étagère. Trop tôt. L’Histoire Auguste de Marius Maximus connut le même sort.
Ses yeux s’attardèrent sur la silhouette d’Isabella, assise dans un fauteuil et esquissa un sourire. Il savait qu’elle avait lu la moitié de la bibliothèque durant les dernières semaines. Avec un peu de chance…
- Dis-moi… Le nom d’Hypatie t’évoque-t-il quelque chose ?
La fillette leva la tête vers lui.
- Hypatie ? Bien sûr ! Hypatie d’Alexandrie est mon personnage antique préféré !
Ambroise lui fit signe de baisser la voix. La jeune fille comprit la demande muette et continua :
- Elle était une mathématicienne et une philosophe de l’Égypte grecque qui a vécu au Vème siècle. Elle a été assassinée par les chrétiens pour paganisme selon certains. Hypatie a dirigé l’école néoplatonicienne d’Alexandrie et aurait découvert l’orbite elliptique de la Terre.
- Merci.
Le petit homme n’en croyait pas ses oreilles. C’était une femme qui avait souligné ce point crucial du système héliocentrique ! Vème siècle, Alexandrie, chrétiens… Il comprenait mieux pourquoi Athanaos pensait qu’Hypatie était membre de l’Ordre.
Au moins j’ai fait une économie de temps et d’énergie, songea-t-il.
Modifié en dernier par Xia le 08 sept. 2017, 20:40, modifié 1 fois.
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Ra Mu »

Hypathie! :-@
Cela me rappelle le film Agora.
Une savante oubliée, comme beaucoup femmes, hélas.
Et même au XVI siècle, c'est un temps bien dur pour une fille comme Isabella.

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Akaroizis
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Akaroizis »

J'adore ton univers. 8)
La potion a-t-elle marché, finalement ? ^^
Et c'est bien, tu n'as pas laissé tombé ta fic.

Je précise que grâce à toi, j'ai découvert Hypathie. Merci ! ;)
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

Saison 1 : 18.5/20
Saison 2 : 09/20
Saison 3 : 13.5/20


Ma présentation : viewtopic.php?f=7&t=80&p=75462#p75462

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Xia
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Merci !
Oui Ra Mu : c'est en revoyant Agora que l'idée m'est venue de faire d'Hypatie un membre de l'Ordre... :D
La terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre (proverbe amérindien)

Ma fanfic sur la préquelle des Mystérieuses Cités d'or, c'est par ici

MCO 1 : 20/20
MCO 2 : 14/20
MCO 3 : 15/20
MCO 4 : … /20

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miami27270
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par miami27270 »

J'adore cette fanfic !!!! Elle est géniale !!!!❤️❤️Continue comme ça !
Moi j'aime les épées ,les pistolets et le tir à l'arc .


Saison 1 : 15/20
Saison 2 : 12/20
Saison 3 : 19/20


Perso ppréféré : Mendoza
Couple préféré : Mendoza et Laguerra

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Xia
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Merci beaucoup miami ! Ravie que ça te plaise ;)
La terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre (proverbe amérindien)

Ma fanfic sur la préquelle des Mystérieuses Cités d'or, c'est par ici

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